Une histoire du spectacle militant (1966-1981)

Sous la direction de Christian Biet et d’Olivier Neveux
samedi 2 février 2008
par  CP
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Revenir aujourd’hui sur l’histoire du spectacle militant des années 1960 et 1970 apparaît comme une démarche nécessaire. C’est-à-dire revenir sur les choix, sur les idées, les élans, les esthétiques qui, s’inscrivant à
contretemps de l’existant, ouvraient alors des pistes nouvelles d’expression et dynamisaient la parole de celles et de ceux qui généralement ne l’avaient guère.

Dans ces temps de conformisme convenu et de révolution stérile, le retour au jaillissement des années 1960-1970, tant au cinéma qu’au théâtre, redonne le goût d’une autonomie créatrice et de la réappropriation instinctive. Tout devient possible, même sans être un expert ou une experte assermenté-e et médiatisé-e.

On sort de la Star’ac et autre surgelé du divertissement télévisuel, et l’on découvre Les Katangais d’Armand Gatti, le cinéma de Carole Roussopoulos…

Autrement dit cela donne l’envie de prendre la caméra et de filmer ce que l’on ne montre pas ailleurs, ce que l’on censure sur les canaux contrôlés.
Cette Histoire du spectacle militant (1966-1981) , travail collectif, stimule l’imagination et ouvre bien des portes, souvent closes ou barricadées.

Partant des actes d’un colloque sur le Théâtre et [le] cinéma militant, Olivier Neveux et Hélène Fleckinger ont inclus les entretiens d’acteurs et actrices de cette parenthèse théâtrale et cinématographique étroitement liée aux mouvements sociaux et aux revendications pour une autre société. Ces entretiens ajoutent un facteur vivant et une mise en perspective des événements d’alors et, surtout, du phénomène de création.

Cet ouvrage est un pavé dans la gueule du conformisme.

Des exemples :
« Oser lutter contre l’oppression d’où qu’elle vienne. Oser vaincre le robot
ou le flic que le capitalisme a voulu faire de chacun ou chacune de nous. Réapprendre à aimer, à jouir, à être ensemble, à créer notre vie, à faire
la révolution par tous les moyens.
 »
Ou encore :

« Il n’est pas question de séparer notre lutte sexuelle et notre combat quotidien pour la réalisation de nos désirs, de notre lutte anticapitaliste, de notre lutte pour une société sans classes, sans maître ni esclave. »

Les paroles se succèdent, fortes, simples, logiques : il faut « attaquer la société bourgeoise par la toiture » sans pour autant « nier la nécessité de s’attaquer également aux fondations ».

Le cinéma, la vidéo, le théâtre sont des outils de lutte dans les mains de celles et ceux qui revendiquent : « Il faut que le cinéma aille plus vite que les mœurs, que les femmes inventent leur propre futur, en modifiant leur propre représentation ».

Et pour s’emparer de sa propre image, la démarche du cinéma militant féministe et homosexuel est de « faire prendre conscience, en donnant
la parole à des gens qui ne l’ont pas eue, de choses dont on ne parle pas
 ».
« Donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas eue », c’est ce que
dit encore Carole Roussopoulos :
« Le terme militant, si je ne le renie pas du tout, est restrictif me concernant. Si j’essaye encore et toujours de donner la parole à des personnes qui transforment les choses, à titre individuel ou collectif, mon travail n’a pas du tout la prétention de régler un problème ou d’en donner une analyse exhaustive. Ce sont des moments de sincérité qui dénoncent parfois mais qui mettent en lumière le courage et la générosité d’individus qui font l’histoire, une autre histoire. »

Les Chroniques rebelles en compagnie d’Hélène Fleckinger et Olivier Neveux

Une histoire du spectacle militant (1966-1981)
Ouvrage sous la direction de Christian Biet et d’Olivier Neveux (L’Entretemps)

Sommaire

Christian BIET, Olivier NEVEUX, D’un art ignoble. Préface

HISTOIRES

Entretien avec Philippe IVERNEL, « Mobiliser le passé à partir de l’inquiétude contemporaine » (Olivier Neveux)

Isabelle MARINONE « Y en a pas un sur cent mais pourtant ils existent. » Les films militants anarchistes français : Un cinéma invisible mais effectif

Emmanuel WALLON, « Tout est politique, camarade, même l’esthétique ! ». L’extrême-gauche et l’art en France dans les années soixante-dix (quelques équivoques d’époque)

Anne CUISSET, Quel théâtre militant aux Etats-Unis ?

Jean-Marc LACHAUD, Théâtre et rue en France des années soixante-dix à aujourd’hui

Julie de FARAMOND, En marge : le théâtre militant dans la revue Travail théâtral

Frédérique MATONTI, Le PCF face au théâtre et au cinéma militants

ÉVÉNEMENTS

Laurent VERAY, Loin du Vietnam (1967) : une conception créatrice et collective du cinéma politique

Sébastien LAYERLE, À l’épreuve de l’événement. Cinéma et pratiques militantes en Mai 68

Bernard FAIVRE, Une belle aventure. La Jeune lune tient la vieille lune toute une nuit dans ses bras (Théâtre de l’Aquarium)

Geneviève CLANCY, Philippe TANCELIN, Revisite du Théâtre militant pour une conscience « émeutière »

Entretien avec Alain BADIOU, « Du côté d’une didactique lisible » (Olivier Neveux)

PRATIQUES

André BENEDETTO, — Moi engagé ? — Mais oui ! — Ah bon…

François ALBERA, Le cinéma des Straub milite-t-il ?

Julian BOAL, Origines et développement du Théâtre de l’Opprimé en France

Jean KERGRIST, Le rire en bandoulière (De l’artillerie lourde de la décentralisation dramatique à l’infanterie légère des scènes imaginées)

Claude ALRANQ, « Lo teatre de la Carriera » : un théâtre de libération occitane et internationale

Olivier MAILLART, D’une maladie l’autre : Bernardo Bertolucci entre deux idées d’un cinéma révolutionnaire

Ariel CHENOT, Christian NOUAUX (Théâtre du Levant), Le Théâtre du Levant : au fil du mouvement social

Entretien avec François TUSQUES, « Je n’ai jamais su jouer du piano  » (David Faroult)

REPRÉSENTATIONS

Hélène RAYMOND, La scansion du montage dans les Cinétracts de 1968

Entretien avec Carole Roussopoulos, « Donner la parole à celles et ceux qui ne l’ont pas eue. » (Hélène Fleckinger)

Hélène FLECKINGER, «  Y a qu’à pas baiser ». La représentation des corps sexués dans le cinéma militant féministe et homosexuel (France, années 1970)

Entretien avec Lionel SOUKAZ, « Il y a de la pensée dans le sexe et du sexe dans la pensée » (Hélène Fleckinger et Olivier Neveux)

Olivier NEVEUX, Apparition d’une scène politique. Le théâtre révolutionnaire de l’immigration

Gérard LEBLANC, Quelle avant-garde ?

David FAROULT, Nous ne partons pas de zéro, car « un se divise en deux » ! (Sur quelques contradictions qui divisent le cinéma militant)

LES KATANGAIS

Olivier NEVEUX, « La révolution nous brûle ». Pour situer Les Katangais , scénario inédit d’Armand Gatti

Les Katangais – Scénario d’Armand Gatti (1974)

Émission rediffusée le 3 mai 2008.


De 1966 à 1981, de nombreuses expériences théâtrales et cinématographiques, inscrites au cœur des mouvements sociaux et politiques, ont revendiqué un clair dessein militant.
Qu’elles soient l’œuvre d’artistes reconnus ou de collectifs, ces formes soumettant leur origine et leur finalité à une autre inspiration que celle de l’Esthétique ont souvent été contestées, caricaturées, rejetées en raison du simplisme et de l’amateurisme supposés de leur expression. Longtemps, cette caricature a masqué tout un pan de l’histoire théâtrale et cinématographique, et occulté la singulière expérience sensible, politique et artistique qu’induisent de telles manifestations. Cet ouvrage, publié à la suite du colloque Théâtre et cinéma militants (mai 2003), et coordonné par Christian Biet et Olivier Neveux, se propose de revenir sur cette histoire et ces esthétiques.