Cinéma, livres, musiques…The Rose de Mark Rydell, Mille et une nuits de Miguel Gomes, Douceur de l’aube Souvenirs doux-amers d’un Parisien dans la Chine de Mao d’Hervé Dénes, etc.…

samedi 11 juillet 2015
par  CP
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Cinéma, livres, musiques…

The Rose

Film de Mark Rydell

Sortie en copie restaurée le 29 juillet.

Avec Marc Olry (Lost Films)

Les Mille et une nuits : l’Enchanté

3ème volume du film de Miguel Gomes

Sortie nationale le 26 août

LE RÉVEIL SONNE : PREMIÈRE HUMILIATION DE LA JOURNÉE

144 raisons d’abolir le travail salarié

Ouvrage collectif (L’Insomniaque)

Douceur de l’aube

Souvenirs doux-amers d’un Parisien dans la Chine de Mao

Hervé Denès (L’Insomniaque)

Le Crime du Bengale

La Part d’ombre de Winston Churchill

Madhusree Murkerjee (Nuits rouges)

Lire la première phrase du Capital

John Holloway (Libertalia)

Des revues, Réfractions, CQFD, et quelques livres…

The Rose, un film mythique s’il en est, qui a eu quelques rebondissements de production avant sa réalisation et sa sortie en 1979. Plusieurs réalisateurs, et non des moindres, furent pressentis à partir de 1973, mais le premier scénario proposé était trop proche d’un biopic sur Janis Joplin, morte trois ans auparavant.

L’intérêt de The Rose, s’il s’inspire, entre autres artistes, de l’itinéraire de la grande Janis Joplin et est souvent considéré comme un biopic « déguisé », l’intérêt est qu’il crée un personnage de légende : the Rose. Où est la réalité ? la fiction ? Au public de se prononcer. Il faut dire que Bette Midler contribue largement à la légende, en incarnant The Rose, incroyable de puissance, de naturel, de violence et de fragilité.

The Rose, qui ressort en copie restaurée le 29 juillet prochain dans les salles, est une expérience à ne pas manquer, tant du point vue dramatique et du témoignage d’une époque, que pour la qualité des concerts filmés à l’occasion du film, que pour l’étude d’un milieu dévastateur et épuisant pour ses protagonistes. Si beaucoup l’ont payé de leur vie dans les années 1960 et 1970, on peut dire qu’il n’y a guère eu de changement de ce côté, l’exemple tragique du destin de la chanteuse britannique Amy Winehouse, morte elle aussi à 27 ans, en est la preuve. Il est d’ailleurs intéressant que la sortie de The Rose de Mark Rydell soit presque conjointe à celle du documentaire de Asif Kapadia, Amy.

L’impression d’une corde qui se tend jusqu’à rompre est admirablement rendue par Bette Midler, qui réussit dans The Rose un double exploit, celui d’une chanteuse quelque peu déjantée qui revit sur scène et celui d’une femme à bout, à la fois généreuse, sans cesse en demande et auto destructrice. Et maintenant, ladies and gentlemen : The Rose !

Les Mille et une nuits : l’Enchanté

Film de Miguel Gomes

Sortie nationale : 26 août

Où il est question d’une danseuse indienne, d’un fantôme et du Vizir qui converse avec sa compagne défunte croyant la reconnaître partout, mais cela Schéhérazade l’ignore. En fait, Schéhérazade s’ennuie avec son tyran sanguinaire à qui elle doit raconter chaque nuit des histoires pour survivre et — cela devait arriver —, elle doute de son pouvoir de conteuse… Elle rêve d’ailleurs, de fleurs odorantes, de mer, de fonds marins, de bateaux et de trésors engloutis, de pêche et de brigands…

« Comment c’était de l’autre côté du monde ? » demande l’enfant. En fait, c’est une ville à l’envers dans une moitié d’image, un autre monde la tête en bas… Qui sait si l’escapade de Schéhérazade, en quête d’enchantement, lui apportera l’inspiration pour de nouveaux récits. En chemin, elle croise des marchands et achète leur marchandise en montrant ses bagues précieuses, puis un homme aux deux cents enfants lui déclare son désir. Mais sur fond de nostalgie de la samba, elle dit adieu au parfait reproducteur, le laissant avec ses enfants : « Va procréer avec d’autres, fils du soleil ! » lui lance-t-elle alors qu’une bagarre éclate.

Elle peine à se débarrasser d’un génie du vent qui la tourmente, trouve la fameuse lampe magique d’Aladin et la balance dans la mer. « Eh, c’est pas une poubelle ! » crie un baigneur. L’escapade est alors interrompue par un message de son père le Vizir qui lui donne rendez-vous dans la grande roue. Et là se pose la question de comment naissent les histoires.

« Ô roi bienheureux, quarante ans après la Révolution des Œillets, dans les anciens bidonvilles de Lisbonne, il y avait une communauté d’hommes ensorcelés qui se dédiaient, avec passion et vigueur, à apprendre à chanter à leurs oiseaux… » Et là commence la très longue histoire des pinsonneurs et des pinsons captifs. « Les types [explique le réalisateur] qui élèvent des pinsons dans les bidonvilles de la périphérie de Lisbonne et les entraînent pour des concours de chant [sont] des personnages très rock’n’roll, avec qui nous avons mené près de cent cinquante heures d’interviews et qui me donnaient l’impression d’être dans un film de John Carpenter. Ils me faisaient entrer dans un monde codé, secret et clandestin, puisque leur pratique est illégale. Ces personnages m’évoquent le rock de Springsteen et les livres de Borges. Ils vivent en marge de la société, personne ne sait qu’ils existent. » On peut dire qu’ils rejoignent en cela le personnage de sans tripes du deuxième volume.

Trop long ? Peut-être. La fascination de Miguel Gomes, pétri d’idées visuelles et narratives, semble vouloir laisser vagabonder le film au gré des rencontres, des situations et des personnages… Tout comme dans les Mille et une nuits. Il a capté le processus des Nuits et construit lui-même une vaste fable sur la crise sociale et les remèdes technocrates et drastiques des «  hommes qui bandent » : c’est-à-dire l’austérité.

Tiens ça rappelle quelque chose !

Les Mille et une nuits, ce sont des aller-retours entre la réalité la plus crue et l’imagination la plus foutraque. La Schéhérazade de Miguel Gomes serait à la fois conteuse, observatrice et rebelle. L’Inquiet, Le Désolé, L’Enchanté… Trois films, trois volumes de l’histoire d’un peuple mécontent, qui n’a pas oublié la lutte et la révolution après quarante ans.

Les Mille et une nuits : l’Inquiet est actuellement sur les écrans, le second volume, le Désolé, sort le 29 juillet, et enfin, l’Enchanté, troisième volume, le 26 août.

LE RÉVEIL SONNE : PREMIÈRE HUMILIATION DE LA JOURNÉE

144 raisons d’abolir le travail salarié

Ouvrage collectif (L’Insomniaque)

Des citations qui déplorent, dénoncent, vitupèrent, critiquent, raillent le joug que portent les femmes et les hommes de ce temps, à savoir le travail salarié, sa monotonie, son iniquité, sa pénibilité, son néant.

Voici le parfait résumé de ce petit livre qui offre 144 citations collectées en illustrant la philosophie populaire. Elles sont ordonnées pour décrire d’abord la pesanteur du système salarial — racine du mal —, puis les vicissitudes de l’esclavage quotidien — opposé à la saine paresse —, et enfin le refus — la révolte contre le travail —, et l’utopie d’un monde sans salariat.

De belles et simples formules glanées chez des auteur-es, dans les textes, les chansons — Prévert, Claudel, Marx, Nietzsche, Vaneigem, etc., qui expriment le regret de la servitude volontaire et le refus d’un travail aliénant. Serait-ce l’avant-goût d’une résistance possible ?

« Ceux [et celles] qu’on assassine lentement dans les abattoirs mécanisés du travail, les voici qui discutent, chantent, boivent, dansent, baisent, tiennent la rue, prennent les armes, inventent une poésie nouvelle… » (Raoul Vaneigem)
À tous ceux et toutes celles qui ne communient pas dans le culte du turbin.

Douceur de l’aube

Souvenirs doux-amers d’un Parisien dans la Chine de Mao

Hervé Denès (L’Insomniaque)

Automne 1964, un étudiant de chinois se voit proposer un poste d’enseignant de français à l’Université de Nankin. Après un voyage compliqué, il découvre le monde bureaucratique chinois, une société sclérosée par la peur qu’inspirent le Parti et sa police. Il est alors confronté à une vie de caserne au sein de l’université, au puritanisme des mœurs, à la surveillance, à la délation, à l’interdiction de voyager librement, enfin aux relations hypocrites avec les prétendus « amis étrangers », considérés généralement comme des espions potentiels. Il va cependant nouer une relation amoureuse, évidemment clandestine, avec l’une de ses élèves, Douceur de l’aube.

Au printemps 1966, le pays est à la veille du déclenchement de la « révolution culturelle », gigantesque manipulation orchestrée par Mao, et la situation des deux amants devient intenable. Tous deux prennent alors la décision de ne plus cacher leur liaison, et Douceur de l’aube disparaît à tout jamais. Le jeune homme est contraint de quitter la Chine sans l’avoir revue. Et cinquante ans après, l’auteur devenu écrivain et traducteur de chinois, n’a rien oublié de cette période douloureuse.

L’ouvrage s’adresse aux lecteurs et aux lectrices qui ne connaissent de la Chine que le « miracle » économique provoqué par l’ouverture au marché mondial et l’invasion de la marchandise. Il rappelle les fondements de cette société, basée sur l’exploitation forcenée de la paysannerie, transformée en une couche de migrants « sans-papiers » dans leur propre pays, une exploitation exercée par une bourgeoisie rouge qui impose un pouvoir implacable à toute la population.

Hervé Denès a été professeur de français en Chine, interprète de chinois pendant de longues années en France. Il compte parmi les rares connaisseurs francophones de la Chine qui ont critiqué le régime despotique chinois au temps de la maolâtrie de l’intelligentsia parisienne. Il est le coauteur (sous le pseudo de Hsi Hsuan-wou) avec Charles Reeve de Bureaucratie, Bagnes et Business (L’Insomniaque), de China Blues (Verticales) et des Mots qui font peur (L’Insomniaque).

Le Crime du Bengale

La Part d’ombre de Winston Churchill

de Madhusree Murkerjee (Nuits rouges)

Inconnue en Europe ou du moins sous-estimée, la grande famine du Bengale de 1943 est l’une des tragédies, l’un des grands crimes, de la Seconde Guerre mondiale.

Selon l’auteure, elle engage la responsabilité du gouvernement anglais, dirigé à cette époque par Winston Churchill, qui a causé 3 millions de victimes. Cette terrible famine est due principalement aux réquisitions massives des ressources alimentaires et des moyens de transports du Bengale opérées par le colonisateur, qui, d’une part, ne voulait rien laisser aux Japonais s’ils l’envahissaient, et, d’autre part, voulait nourrir en priorité les troupes britanniques opérant au Moyen-Orient ainsi que la population de la Grande-Bretagne. 

Fondé sur de nombreux témoignages oraux et l’étude exhaustive de la littérature et des archives relatives à ce sujet, bien accueilli aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne, cet ouvrage sur « l’holocauste oublié » révèle « un aspect de la personnalité de Churchill largement ignoré par l’Occident, et qui ternit considérablement sa réputation ».

Madhusree Murkerjee est une journaliste scientifique. Elle tient un blog sur le site anglais du Huffington Post. Elle entre autre sur le nucléaire et le changement climatique.

Lire la première phrase du Capital

John Holloway (Libertalia)

Suivi de Crise et Critique

La théorie peut-elle être une pratique permettant d’en finir avec le capitalisme ? C’est ce que suggère l’auteur de Changer le monde sans prendre le pouvoir (Lux/Syllepse) et de Crack Capitalism (Libertalia) :

« La révolution ne consiste pas à détruire le capitalisme mais à refuser de le fabriquer. La présenter comme la destruction du capitalisme, c’est partir perdant, c’est ériger un grand monstre en face de nous, si terrifiant que, soit nous renonçons par désespoir, soit nous en concluons que notre seule façon de tuer le monstre est de construire un grand parti avec des dirigeants héroïques qui se sacrifient au nom de la révolution [ainsi que ceux et celles qui les entourent]. Nous partons à nouveau perdants, cette fois en élaborant une grande fable d’héroïsme, de direction, de sacrifice, d’autorité et de patience, une fable peuplée de saints – Lénine, Trotski, Rosa, Mao, le Che, Marcos ou qui vous voudrez – qui reproduit ce que nous voulons détruire. Présenter la révolution comme la destruction du capitalisme, c’est la mettre à distance de nous, c’est la reporter dans le futur. La question n’est pas dans le futur. Elle se pose ici et maintenant : comment cessons-nous de produire le système par lequel nous détruisons l’humanité ? »

Pour John Holloway, il convient « d’ouvrir » et de « casser » les concepts classiques de l’économie politique qui se présentent comme neutres et homogènes. C’est derrière cette façade qu’apparaît un monde d’insoumissions et d’antagonismes. Quand la théorie se fait critique, elle propose les pistes d’un changement radical du monde : elle est théorie de la crise.

C’est dans cette perspective que ce livre invite à relire de manière originale la première phrase du Capital de Marx. À contre-courant du marxisme orthodoxe, Holloway montre que Marx ouvre sa critique de l’économie politique à partir de la « richesse » et non pas de la « marchandise ». Cette lecture conduit à ne pas considérer la « marchandise » comme un fait accompli dont il serait impossible de se défaire. Elle est au contraire le produit d’une abstraction de l’activité humaine dans le capitalisme. Penser la « richesse » en premier lieu, c’est-à-dire la force créatrice de l’humanité, c’est considérer que nous pouvons briser la cohésion sociale propre à l’économie de marché. La remise en cause des formes et concepts capitalistes s’opère ici et maintenant au travers de multiples ruptures et révoltes.

Réfractions N° 34

Déjouer les séductions de l’extrême droite

Périodiquement, depuis quelques dizaines d’années, reviennent les mêmes questionnements après chaque élection qui a vu monter la présence des partis d’extrême droite dans l’un ou l’autre pays d’Europe. Chaque fois, sondages et statistiques tentent de cerner quelles sont les aires géographiques, les catégories socio-économiques ou professionnelles qui se sont laissées séduire. Données que les analystes de tous bords cherchent ensuite à interpréter en lançant des hypothèses sur les motivations qui ont mené ces différents groupes à ce choix.

Suite aux dernières élections européennes, les commentateurs ont mis en évidence des facteurs plus ou moins circonstanciels, tels que le ras-le-bol de la politique ultra-libérale de l’Union européenne, l’abdication des partis de gauche face aux difficultés économiques croissantes que rencontrent les populations, le sentiment d’insécurité alimenté tant par la petite délinquance que par la précarité et la peur du lendemain, la xénophobie revivifiée par la menace qui pèse sur les aides sociales.

En dépit de l’absence de recul médiatique — peut-on en effet comparer un scrutin européen avec une élection présidentielle ? Peut-on assimiler ce qui se passe dans différents pays européens ? —, la situation est alarmante. Car la percée des partis d’extrême droite n’est pas la seule manifestation d’une adhésion en hausse : il y a également une augmentation de la circulation de cette propagande par les sites internet, les réseaux sociaux et même les tribunes des médias commerciaux.

Or, si les raisons objectives de se plaindre de la situation actuelle et de redouter l’avenir sont nombreuses, on ne voit pas pourquoi les réponses et perspectives simplistes de l’extrême droite sont si facilement acceptées comme des bouées de sauvetage, alors que les propositions de l’extrême gauche ou des anarchistes ne voient pas leur succès augmenter. Certains [et certaines] invoquent une méfiance pour l’extrême gauche en raison du totalitarisme communiste, mais comment concevoir que le totalitarisme fasciste n’effraie pas tout autant, ou que les partis d’extrême droite parviennent si facilement à masquer leur héritage et à se faire passer pour des bienfaiteurs du peuple ? Il ne fait pas de doute que leur séduction ne repose pas sur des propositions de solutions rationnelles et crédibles, mais se fonde sur des mécanismes beaucoup plus souterrains, que nous aurions tout intérêt à mettre au jour pour mieux les déjouer.

Le capitalisme a changé de nature. La globalisation du capital est une évidence et c’est cela même qui fait peur. La « nouvelle » extrême droite prône donc un renfermement sur soi, l’exclusion des autres, en d’autres termes des sociétés fermées. Elle fait de cette proposition la clé de voûte de son programme politique. Face à elle, la gauche politique comme la droite classique continuent de penser que le «  progrès » économique règlera la question. Et les forces sociales de gauche sont trop impliquées dans leur tentative de préserver les acquis sociaux pour porter un espoir de changement profond.

CQFD. N° 134 : Double numéro d’été

Pour ce numéro 134, CQFD a concocté un supplément de 32 pages pour vous faire passer un été tout en Bédés, nouvelles, rencontres, utopies et rêveries... A bouquiner à la plage, sur votre canapé, dans la salle d’attente du Pôle emploi ou en secret sur votre lieu de travail saisonnier...

Gumri, Arménie, si loin du ciel...

De Jean-Luc et Varduhi Sahagian (Ab Irato)

Deux regards s’associent pour parler de Gumri, cette ville située au nord-ouest de l’Arménie. Deux visions de la cité dialoguent ici, celle de l’intérieur, qui trace par la main et dessine, en pays de connaissance ; et celle de l’extérieur, celle du visiteur, de l’invité comme on dit en Arménie pour parler du touriste, qui privilégie le récit et l’écriture. Ce dialogue entre le proche et le lointain évoque aussi ce moment troublant de la rencontre amoureuse.

Jean-Luc est l’auteur de Victor Serge, l’homme double (Libertalia), Varduhi peint des arbres et filme des songes.

Le livre est déjà à Publico : la librairie est ouverte tout l’été !

Le Christianisme et l’égarement du monde

De Michel Keller (Noir et rouge)

Un essai qui retrace les relations entre christianisme et capitalisme au cours de l’histoire, et les manipulations diverses et variées de l’Église pour « arranger son histoire ». Un livre dense et passionnant qui aborde d’une manière originale et critique la question du christianisme dans une perspective socio-historico-anthropologico-politique… Nous en saurons plus dans une future émission préparée en compagnie de Nicolas Mourer.