Brut. La ruée vers l’or noir de David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe. L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies d’Olivier Le Cour Grandmaison.

jeudi 30 juillet 2015
par  CP
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Brut

La ruée vers l’or noir

de David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe (LUX)

« Fort McMurray n’est qu’une version hypertrophiée de notre culture » — Naomi Klein

Fort McMurray, dans le nord de l’Alberta, est une ville-champignon au milieu d’un enfer écologique, où des travailleurs affluent de partout, attirés par les promesses de boom économique. L’or qu’ils convoitent : les gisements de sables bitumineux, le pétrole le plus sale qui existe, paroxysme du délire extractiviste.

Brut réunit les voix de celles et ceux qui ont vu de près cette catastrophe : Melina Laboucan-Massimo, militante amérindienne, décrit la terre où elle est née et le jour où le pétrole s’y est répandu ; David Dufresne brosse le portrait des personnages de ce nouveau Klondike ; Nancy Huston raconte un effrayant séjour dans son Alberta natale, puis discute avec Naomi Klein de la misère culturelle liée à ce ravage écologique. En guise de coda littéraire, une nouvelle prémonitoire du romancier canadien Rudy Wiebe, inscrit Fort Mac dans l’atlas des lieux du désastre.

David Dufresne est journaliste indépendant. Il a entre autres publié Tarnac, magasin général (2012) et réalisé le documentaire interactif Fort McMoney (2014).

Nancy Huston est romancière et essayiste. Née en Alberta, elle habite aujourd’hui à Paris. Son plus récent livre publié chez Actes Sud s’intitule Bad girl.

Naomi Klein est journaliste et militante canadienne. Son dernier livre, Tout peut changer (Lux/Actes Sud), est une enquête sur le capitalisme et le changement climatique.

Melina Laboucan-Massimo est militante écologiste, membre de la nation des Cris du lac Lubicon.

Rudy Wiebe est un romancier canadien né en Saskatchewan.

Brut. La ruée vers l’or noir rappelle la ruée vers l’or dans le Klondike, si bien décrite par Jack London. La présentation du livre et son enregistrement ont eu lieu à l’Entrepôt le 27 avril dernier, en compagnie de Melina Laboucan-Massimo, Nancy Huston, et David Dufresne.

À l’issue de la présentation du livre, était projeté le film documentaire de David Dufresne, Fort Mc Money, sur la catastrophe écologique provoquée par les compagnies pétrolières avec l’aval et la complaisance des politiques canadien-nes et des autorités locales. Une complicité qui rapporte gros à court terme, mais certainement pas aux populations locales que cette exploitation met en danger mortel.

Vu l’ampleur de dégâts irréversibles et la politique du après nous le déluge, il est certain que cette ruée vers l’or noir fait courir non seulement des dangers à la région, dont la superficie est énorme, mais aussi au plan mondial.

Brut. La ruée vers l’or noir.

Et

L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies

Conférence d’Olivier Le Cour Grandmaison sur son ouvrage paru chez Fayard

Avec L’Empire des hygiénistes. Vivre aux colonies, Olivier Le Cour Grandmaison aborde l’application « pratique » de la colonisation dont le but était l’installation durable des troupes d’occupation et, bien sûr, des colonies de peuplement, en remédiant aux risques de contamination, d’épidémies et de maladies. Or, ces risques inhérents aux régions occupées étaient des plus préoccupants au vu de la mortalité massive qui frappait les expatrié-es.

« En décimant civils et militaires, en affaiblissant l’administration et les troupes coloniales, [cela] ne manquerait pas d’affecter aussi les finances publiques et de ruiner bien des espoirs dans la “mise en valeur” des “possessions exotiques”. » Il était donc urgent, pour l’État colonial, de réduire les pertes humaines en codifiant des règles d’hygiène afin d’améliorer les conditions de vie des colons, de promouvoir une émigration croissante vers les colonies et d’assurer ainsi la « prospérité publique » et la « paix sociale » ; autant de conditions pour optimiser les profits.

Autrement dit, il s’agissait de garantir à l’État un retour sur investissement de l’invasion coloniale.