L’anarchie expliquée à mon père

Thomas Déri et Francis Dupuis-Déri (LUX)
dimanche 9 août 2015
par  CP
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L’Anarchie expliquée à mon père

Francis Dupuis-Déri, Thomas Déri (LUX)

Il y a deux ans, dans les chroniques rebelles, Francis Dupuis-Déri présentait son livre, Démocratie. Histoire politique d’un mot aux États-Unis et en France, et, à cette occasion, j’avais posé cette question : au fait, c’est quoi la différence entre démocratie directe et anarchie ? Ce nouvel ouvrage, en duo, L’Anarchie expliquée à mon père, signé de deux noms, Francis Dupuis-Déri et Thomas Déri, répond à ma question, tout en soulevant bien d’autres interrogations.

La démocratie et l’anarchie auraient des points communs dans la pratique ;
« les deux mots ont longtemps été presque synonymes en Occident. » Toutefois, il y a des nuances et des conditions : en démocratie « la décision revient à la majorité, qui peut être perçue comme exerçant sa domination sur la minorité, alors qu’en anarchie, on cherche le consensus, c’est-à-dire à s’assurer que toutes les personnes sont d’accord avec la décision prise. »
Voilà pour la nuance. Concernant les conditions, faut-il encore que la démocratie soit réelle, directe, et non pas les formes de « démocratie » que l’on connaît jusques là.

On l’aura compris, si l’Anarchie expliquée à mon père, est d’abord un partage de réflexions et une suite d’échanges libres, cette longue discussion est aussi un moyen d’approfondir le sens des mots, leur évolution, et la manipulation qui en est faite dans une époque largement dominée par la communication, la publicité, la propagande. C’est également l’occasion de confronter des points de vue, d’exprimer des remises en question et même des doutes.

L’Anarchie expliquée à mon père revient aux fondamentaux, à l’origine, et c’est plutôt revigorant face au galimatias habituel, aux amalgames à l’emporte pièce et autres termes galvaudés ; les termes de « démocratie » et de
« citoyenneté », vidés de leur sens, étant parmi les plus récurrents. On le constate au quotidien, la Novlangue envahit plus que jamais le soi-disant « dialogue social », les médias et le champ politique. Alors, dans ce contexte particulier, aborder les vrais problèmes avec une parole simple et claire fait du bien à lire et à entendre.

S’agissant des fondamentaux, commençons par anarchie et anarchisme, dont les images véhiculées depuis la fin du XIXe siècle, dans la presse notamment, tournent essentiellement autour de la « propagande par le fait » et la violence. L’utilisation de ces images, jusqu’à l’outrance, a permis de discréditer les idées et le mouvement anarchistes, et cela jusqu’à aujourd’hui. L’image du poseur de bombes est encore vive ! A contrario, l’idée que « l’anarchisme est la négation de toute forme de domination, d’autorité, de hiérarchie, d’inégalité. [De même, que] L’anarchisme propose d’organiser les rapports sociaux et les relations humaines de manière réellement libre, égale et solidaire », cela n’est guère répandu dans l’opinion publique. En effet, les autorités préfèrent effrayer et stigmatiser — histoire de « critiquer les initiatives populaires »—, afin de contrôler un peuple qui pourrait se prendre à rêver d’émancipation et d’autogestion.

L’un des reproches majeurs fait aux anarchistes est qu’ils et elles ne se prêtent pas à la mascarade des élections pour « choisir des chefs qui vont gouverner en principe en notre nom, mais qui dans les faits vont détenir le pouvoir et nous imposer leur volonté. » N’est-il pas absurde de se borner à glisser un bulletin dans l’urne, et à vivre dans la frustration impuissante jusqu’aux prochaines élections, même si cela est présenté comme un « devoir citoyen » ?! « On ne vote pas pour des chefs qui nous gouvernent ». Et d’ailleurs, on le sait : « Si les élections pouvaient vraiment changer quelque chose, elles seraient interdites depuis longtemps. »

Ni dieu, ni maître, mais l’ordre sans le pouvoir… L’anarchie serait finalement
«  l’expression vraie de l’ordre social » ?

« Qui dit anarchie, dit négation du gouvernement, dit affirmation du peuple ; qui dit affirmation du peuple, dit liberté individuelle ; qui dit liberté individuelle, dit souveraineté de chacun ; qui dit souveraineté de chacun, dit égalité ; qui dit égalité, dit solidarité ou fraternité ; qui dit fraternité, dit ordre social ; donc qui dit anarchie, dit ordre social ».