Faire quelque chose de Jean-Pierre Levaray. Les Gaspilleurs de Mack Reynols. Les Retombées de Jean-Pierre Andrevon

dimanche 30 août 2015
par  CP
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Faire quelque chose

Jean-Pierre Levaray (Chant d’orties)

Et deux nouveaux livres de la collection Dyschroniques

des éditions du Passager clandestin :

Les Gaspilleurs

De Mack Reynolds

Les Retombées

De Jean-Pierre Andrevon

En compagnie de Jean-Pierre Levaray, Béatrice Guillemard
et Nicolas Mourer pour les lectures.

Un court récit de résistance aux échos actuels.

1940. De jeunes cheminots se retrouvent confrontés à l’invasion allemande en France. Que faire ?

Quand on est confronté à l’insupportable, il faut Faire quelque chose
« Il faut toujours faire quelque chose. Pour la liberté, la sienne et celle des autres, contre les injustices, pour ses droits. »

Voilà ce que raconte le récit du jeune Simon pendant l’Occupation, en France sous régime fasciste. Il est ouvrier et travaille depuis l’adolescence dans un atelier qui fabrique des locomotives… Alors bien sûr, sous la surveillance de soldats allemands, on a des envies de sabotage…

« Je ralentis la cadence et, pire, je donne un petit coup de trop en resserrant le mandrin. Ce qui fait que l’entretoise terminée, elle ne sera pas à la bonne dimension pour son roulement à billes. Et il faudra recommencer, encore et encore.

Oui, je sais, il n’y a pas de quoi être fier. C’est du sabotage et c’est notre manière à nous tous de dire notre colère de devoir travailler six jours sur sept pour les Allemands.

Nous faisons tous ça. C’est ainsi que nous résistons. Le travail n’est pas toujours drôle, mais, en plus devoir fournir du matériel à l’ennemi qui nous rend la vie si difficile… C’est inhumain. Alors on résiste. On ronchonne. On fait comme si on ne comprenait pas les ordres. On se blesse. On rate notre pièce à usiner. On met du sable dans les essieux pour qu’ils s’usent rapidement. On fait la queue devant la seule cintreuse encore utilisable. On verse des copeaux métalliques dans les bacs d’huile. On oublie un marteau dans un gros piston… J’en passe et des meilleurs. Ça ne va pas pourvoir continuer longtemps »…

Le sabotage une manière de résister… Cependant lorsque la répression s’intensifie, on veut aller plus loin dans la révolte et les actions de résistance.
Faire quelque chose de Jean-Pierre Levaray est un récit personnel de prise de conscience, d’engagement, qui pose la question de l’attitude à adopter dans une situation extrême. Le jeune Simon choisit la solidarité avec ceux et celles qui se rebellent et résistent. Survivre en fermant les yeux, en ignorant les autres, les copains fusillés, n’est plus possible.

Qu’aurions-nous fait à la place de Simon ? Aurions-nous pris les risques qui ont coûté la vie à tant d’hommes et de femmes durant l’Occupation nazie ? « Il faut toujours faire quelque chose. Pour la liberté, la sienne et celle des autres, contre les injustices, pour ses droits. »

Les Gaspilleurs

Mack Reynolds

(Passager clandestin, collection Dyschroniques)

Agent secret et guerre froide en folie… Nous sommes en plein dans la conspiration, qui revient ces jours-ci en force sur le devant de la scène, avec d’autres protagonistes certes, mais qui n’ont peut-être que changé d’habit. Il n’est pas question aujourd’hui de « grand ennemi communiste », mais les mêmes fantasmes conspirationnistes se déchaînent et manipulent l’opinion à qui mieux mieux.

C’est en 1967 que Mack Reynolds imagine l’émergence d’un complot contre le progrès économique, modèle états-unien. Et voilà que l’agent secret Paul Kosloff entre dans l’arène avec la mission très spéciale d’infiltrer un groupe de gauchistes radicaux, prêts à s’en prendre au système capitaliste pour faire table rase. Le système a la peau dure, mais quand même, il faut se méfier !

« La différence qu’il y a entre une réforme et une révolution, Bill ? Les uns veulent replâtrer la libre entreprise pour qu’elle devienne plus efficace. Les autres veulent en voir la fin et ériger un nouveau système socio- économique. Ceux-ci sont nos ennemis. Aussi longtemps que nos beaux parleurs ne s’intéressent qu’aux réformes, ils ne constituent pas un vrai danger. C’est quand ils commencent à parler révolution que notre service doit agir. »

Mis à l’épreuve des idées libertaires, charmé par l’une des gauchistes qui lui démontre par A + B les impasses du modèle de société productiviste et consumériste, Paul, l’espion chargé de prendre la direction des opérations, pour mettre fin à la possible expansion de cette bande d’utopistes, est — juste retour des choses — ébranlé dans ses convictions…

Les Retombées

Jean-Pierre Andrevon

(Passager clandestin, collection Dyschroniques)

Un dimanche comme les autres, un week-end ensoleillé de juin… Soudain, l’éclair, une fraction de seconde, une déflagration immense, inimaginable… L’éclair, le flamboiement — en fait était-ce bien un éclair, cette fulgurance qui avait balayé en un instant le paysage et la ville au loin ? —, c’était « plutôt une énorme flamme à la base renflée et au sommet pointu qui avait illuminé l’horizon, comme si un titan avait craqué une allumette au ras de la vallée. »

La collection Dyschroniques du passager clandestin exhume une fois de plus un texte, court — une centaine de pages —, qui résonne aujourd’hui comme une évidence et non plus comme de l’anticipation.

Dans ce texte, Jean-Pierre Andrevon imagine un coin de France après une catastrophe nucléaire. Parue en 1979, l’année de l’accident de la centrale de Three Mile Island, la nouvelle d’anticipation « offre un scénario possible de la catastrophe nucléaire et de la gestion d’urgence mise en œuvre par les autorités. L’objectif : effacer toute trace de l’accident, faire comme si ce qui n’aurait jamais dû se produire n’avait jamais eu lieu. »

À la manière du film de Peter Watkins, la Bombe, l’auteur met en scène des personnes rassemblées par le hasard d’une promenade et plongées brutalement dans le cauchemar de la catastrophe dont ils et elles ignorent les circonstances. Les questions reviennent, récurrentes : que s’est-il passé ? Où sont les proches, la famille ?

On se rassemble alors, on s’organise dans l’attente, on fait des hypothèses… Les secours surgissent finalement au petit matin, mais aucune réponse n’est apportée et, face au mutisme de l’autorité dont le seul souci est de contrôler la population, l’angoisse grandit…

« Je m’excuse, Monsieur. Je ne peux vraiment rien vous dire. C’est le secret militaire. Croyez bien que seules des raisons de sécurité sont en cause. Il ne faut en aucun cas vous affoler. Nous avons la situation bien en main. Tout danger est écarté dans l’immédiat. Maintenant je dois vous demander instamment de monter dans le camion. Nous ne pouvons pas perdre davantage de temps… »

Que s’est-il passé ? Les radiations sont-elles mortelles ? On se raccroche à ceux et celles qui paraissent mieux tenir le coup. «  En cas de catastrophe [dira l’auteur en 1983], on ne sait jamais ce qui vous arrive, on est des jouets impuissants de forces qui restent invisibles ([il faut se souvenir] des juifs qui ne comprenaient toujours pas en entrant dans les chambres à gaz…) »

Le brouillard se densifie, au propre et au figuré… Une pluie de cendres gluantes couvre le sol. Pourquoi le camp de regroupement est-il entouré de ces miradors, de triste mémoire ? Dans une telle situation, chaque individu réagit à sa manière : l’anéantissement et l’hébétude, la soumission à l’autorité, la révolte.



Samedi 29 août et Dimanche 30 août 2015

LE CHEVAL QUI SE SUICIDE PAR LE FEU d’Armand Gatti

Représentations dimanche 30 août 2015 à La Parole errante - Maison de l’arbre

Le Cheval qui se suicide par le feu d’Armand Gatti
- Hommage à Leonid Pliouchtch -

Représentations samedi 29 et dimanche 30 août à partir de 13h
à La Parole errante - Maison de l’arbre

Une pièce de 5h en 5 épisodes.
Une nouvelle création du collectif des metteurs en scène d’Armand Gatti.
Avec le concours de 32 comédiens amateurs, professionnels, étudiants.
Réservations, uniquement par mail, à courrier@laparole-errante.fr
Entrée libre.

13h. Ouverture de l’exposition
Hommage à Leonid Pliouchtch, dissident soviétique, décédé en France cette année.

14h. Durée : 1h.
I. Selmaire du constructeur Chevalet
Strasbourg.
Mise en scène : Mohammed Melhaa.
Chef de chœur : Delphine Didier.
Avec le département théâtre de l’université de Strasbourg : Delphine Didier (Chevalet + guitare), Alexandre Faller (Outsider), Anne Groh (Demi-Centaure), Maxime Knepsler (Cheval d’arçons + piano), Alexandru Pamfile (Cheval de frise), Gabrielle Sumet (Licorne), Maria Luisa Ugaz Merino (Poney de Troie), Valentin Ventosa (Grands Chevaux + violoncelle).

15h20. Durée 1h20.
II. Selmaire d’Outsider, le cheval du Batko qui voulait refaire l’Histoire
suivi du Selmaire de Poney de Troie, l’avion détourné vers la Terre promise
Montpellier.
Mise en scène : Matthieu Aubert.
Musique : Héloïse Valézy, Michel Arbatz.
Assistante mise en scène : Sarah Lazarus.
Avec l’association Idéokilogramme de Montpellier : Hugo Botter (Martchenko, Liu Shaoqi), Pierre Descamps (Lénine, Pompidou), Sophie Légeret (Bondarenko, un travailleur), Laurie Perissutti (Nina, Pilote), Sophie Poma (Galina, Poney de Troie + piano), Juliette Riondet (Pétia Archinov, Svetlana Staline + violon), Joël Zoumana (Outsider, Dr Young + guitare).

17h. Durée : 1h.
III. Selmaire du Cheval d’arçons qui se croyait être la ville de Berlin
Montreuil.
Mise en scène : Jean-Marc Luneau.
Avec le Groupe Topo de Montreuil : Lucas Arnoldi (Klaus, Werner), Noémie Beauvallet (Chevalet), Jean-Marie Clairambault (Klaus, Mickael), Lucie Guesnier (Inga), Maëlle Leduc-Corbet (Cheval d’arçons), Audrey Olivetti (Cheval d’arçons), Pauline Rumen (Liesel Trakl), Adrien Tournier (Rafael Las Fuentes), Sébastien Turner (Annibal) et Stéphane Gatti.

18h20. Durée : 1h20.
IV. Selmaire du Cheval de frise qui ne voulait pas mourir de bonheur
Neuchâtel (Suisse).
Mise en scène : Eric Salama.
Musique : Lucien Dubuis.
Avec l’association La Roulotte des mots : Alexey Blajenov (Cheval de frise), Isabelle Pauchard (Doctoresse Ellochka Cannibale), Catherine Rohner (Fou privilégié), Lolita Frank Huguenin et Ludovic Payet (Docteur Karakhanov), David Lutolf (Elsakoch), Lucien Dubuis (Karpovsky), Olivier Guibert (Infirmier).

19h40. Durée : 20 min.
V. Selmaire général autour d’un repas ambigu
Strasbourg.
Mise en scène : Mohammed Melhaa.
Chef de chœur : Delphine Didier.
Avec le département théâtre de l’université de Strasbourg : Delphine Didier (Chevalet + guitare), Alexandre Faller (Feux cellule n°23 + hippodrome), Anne Groh (Feu éteint), Maxime Knepsler (Langues de feu + piano), Alexandru Pamfile (Feux de l’été), Gabrielle Sumet (Feux de balisage), Maria Luisa Ugaz Merino (Feu follet), Valentin Ventosa (Feux d’artifice + violoncelle).

Ce cheval qui se suicide par le feu, c’est une métaphore du socialisme en marche vers la terre promise, mais qui, en cours de route, se détourne de son but et détruit lui-même ses propres fondements. A travers une écriture qui évoque le cirque et la foire, qui flirte souvent avec le numéro de clown, Le Cheval qui se suicide par le feu est une critique drôle et acerbe d’un socialisme qui rêvait de changer le monde, mais qui après avoir abouti à la dictature stalinienne, avec ses goulags et ses internements abusifs, s’est aujourd’hui résigné chez nous, à ne plus parler que de pouvoir d’achat, de compétitivité, de croissance économique. Tournant le dos à la pièce historique et chronologique, Gatti se saisit du matériau de l’histoire, le pétrit, en exhume des figures, des spectres qui nous invitent à une plongée vertigineuse dans les abîmes du siècle.

Par-delà le pamphlet, la pièce est aussi un hommage passionné aux idées libertaires et à ceux qui, comme Nestor Makhno, Buenaventura Durruti, Kropotkine, Malatesta, Nicolas Sacco, Bartolomeo Vanzetti, les ont portées. Bien qu’amer et lucide quant au langage révolutionnaire et à ses avatars, Gatti ne renie à aucun moment son engagement ; sa « terre promise », il continue à la chercher, arpentant les mots, la langue et l’histoire des idées, refusant ce que d’autres ont admis comme une fatalité. Et si son rire remue vigoureusement les braises d’un socialisme que certains ont trop vite enterré, c’est bien pour en attiser la flamme, et non pour l’achever. C’est ainsi que le théâtre devient avec Gatti, le lieu de tous les possibles et de toutes les transcendances.

Le Cheval qui se suicide par le feu a été lu du 12 au 30 juillet 1977 au XXXIe Festival d’Avignon à la chapelle des Cordeliers. Production : Théâtre ouvert. Lecteurs : Armand Gatti, Hélène Châtelain, Marc Kravetz, Joseph B. Long, Daniel Dubois, André Wilms. Musiciens : Kirjuhel et Michel Arbatz.

La Parole errante - La maison de l’arbre
9 rue François Debergue
93100 Montreuil. M° croix de Chavaux (ligne 9)