Algériades : variations sur un monde qui tape aux portes

Entretien de Mustapha Laribi et Nicolas Mourer.
vendredi 6 novembre 2015
par  CP
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« Je ne me soumets pas à l’idée d’un pays de cocagne ; je parle de l’actualité du vivant. »
Ce sont les mots de Mustapha Laribi, rédacteur du site www.algériades.com.

Il ne s’agira pas de parler de culture algérienne dans une conception identitaire nécessairement brutale et insuffisante, mais de questionner la place, la trace, l’empreinte de l’Algérie dans différents champs d’expression.

De Kateb Yacine et son interrogation sur la notion de liberté à travers les langues, françaises, arabes et berbères en passant par l’appropriation d’un répertoire musical masculin par Nassima Chabane, l’émission explorera quelques figures qui empruntent et donnent, ouvrent et décloisonnent l’Algérie en la questionnant dans son substrat culturel.

C’est l’enjeu d’Algériades qui est un portail plus qu’un site à en croire les mots de son rédacteur : « Je n’emprisonne personne. Je n’invente pas mon pays. Je raconte une Algérie moderne construite par des créateurs. »

Entretien de Mustapha Laribi et Nicolas Mourer.



CINEMED 2015 37ème festival international du cinéma méditerranéen du 24 octobre au 1er novembre à Montpellier

Neuf jours de cinéma méditerranéen, plus de 100 films inédits, des copies restaurées, des longs et des courts métrages en compétitions et en panorama, des films documentaires, mais aussi des rencontres… De découvertes en redécouvertes, ce sont neuf jours d’effervescence cinématographique avec un engagement de la programmation, une grande diversité et une richesse remarquable. Cette année encore, nombreux sont les films sélectionnés qui susciteront débats et réflexion.

L’année dernière, hormis le film magnifique de George Ovashvili, La Terre éphémère, qui avait raflé quasiment tous les prix de la compétition des longs métrages, le festival international du cinéma méditerranéen avait programmé deux films documentaires syriens : la Chambre syrienne d’Hazem Alhamwi qui décrit la résistance à la dictature à travers l’œuvre d’un peintre, et Our Terrible Country de Mohammad Ali Atassi et Ziad Homsi tourné sur le terrain, en prise avec la réalité et la complexité d’une situation tragique.

Cette année réserve aussi des surprises avec des œuvres qui reflètent la réalité des différents pays méditerranéens, ses contrastes, ses dissemblances, tout en soulignant son immense humanité. Notamment Dégradé des frères Arab et Tarzan Nasser, dont le court métrage — Condom Lead — avait été applaudi au Cinemed et remarqué au Festival de Cannes. Des personnages féminins hauts en couleur, un humour « décoiffant » dans les dialogues, le film a pour décor un salon de coiffure à Gaza. Également une palette de films algériens ou filmés en Algérie, Maintenant ils peuvent venir de Salem Brahimi qui se déroule au début des années noires, Mista de Kamel Laiche dont le cadre est aussi les années 1990. L’Espagne avec Amama de Asier Altuna, le Pays de la peur de Francisco Espada, sans oublier l’Albanie, Malte, la Grèce, l’Égypte, la Turquie et bien sûr l’Italie qui sera en ouverture du festival avec Per amor vostro de Giuseppe Gaudino et en clôture de festival avec la projection de Latin Lover de Cristina Comencini..

Le 37ème festival international du cinéma méditerranéen accueillera à Montpellier des cinéastes prestigieux, par exemple Carlos Saura et son nouveau film, Argentina, et Tony Gatlif qui présentera Geronimo. Des rétrospectives de ces deux cinéastes auront lieu durant le festival, permettant ainsi de découvrir la continuité de leurs parcours cinématographiques. Miguel Gomez, réalisateur de Tabou et, plus récemment, des Mille et une nuits — 3 films, L’Inquiet, Le Désolé et L’Enchanté — est également invité pour présenter la création cinématographique au Portugal et la nouvelle génération de cinéastes dont on pourra découvrir les réalisations.

Bref, il faut le redire, le 37ème festival international du cinéma méditerranéen sera, comme d’habitude à la hauteur de ses ambitions : un grand festival cinématographique engagé, curieux, critique et qui aime le cinéma !

Dallas de Mohamed Ali El Mejboud (longs métrages panorama)

Dolanma de Tunç Davut (long métrage compétition)

De Lola à Laila de Milena Bochet

Chœurs en Exil de Nathalie Rossetti et Turi Finocchiaro



37ème festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier

Dernier jour d’un festival à l’image de la Méditerranée : multiple, riche, drôle et grave…
Le festival se termine ce soir, mais les films présentés à Montpellier seront bientôt, pour certains, dans les salles : Argentina de Carlos Saura, À peine j’ouvre les yeux de Leyla Bouzid, Les Ogres de Léa Fehner, Nous trois ou rien de Kheiron, entre autres films à découvrir…

Cette année, les films de cinéastes algériens ont été présents sur les écrans du 37ème festival international du cinéma méditerranéen. Nouvelle vague du cinéma algérien ? Peut-être… Mais certainement du beau cinéma.

Tout d’abord un cinéma de la mémoire avec le film magnifique de Salem Brahimi, Maintenant, ils peuvent venir. Avec Amazigh Kateb et Rachida Brakni.

Adapté du roman de Arezki Mellal, le film se déroule durant la décennie tragique algérienne, décrivant la montée de l’islamisme depuis 1989, la « prédation » de la société algérienne, souligne le réalisateur, par une idéologie qui envahit l’espace politique et social du pays. Le film recrée avec subtilité l’impact de la barbarie sur les comportements et le quotidien, l’ambiance de méfiance générale, de doute de l’autre, et la peur instillée par la violence islamiste.

Salem Brahimi, par des images très fortes mais sans voyeurisme ni massacres en spectacle, cerne cette violence au quotidien, omniprésente, les faux barrages, les regards, les femmes en burqas et armées qui contrôlent les malades à l’entrée de l’hôpital… Le film décrit sans complaisance ni facilité la sauvagerie subie par toute une population pour l’asservir — descente aux enfers, « bombe dans les bus. Bombe dans les cafés. Bombe sur les marchés. Dans le train. Dans la rue. Sur les plages. Voitures piégées. Kalachnikovs, haches, couteaux. On sort le matin de chez soi, on ne sait si on rentrera le soir. » — Bilan : 200 000 morts.

Le récit à la première personne donne au film à la fois une dimension personnelle et historique, il parle de sidération, de résistance et des raisons de la montée de la barbarie, la « dette », le FMI, la corruption… Il faut espérer que Maintenant, ils peuvent venir de Salem Brahimi soit distribué très prochainement, car ce film a des résonnances actuelles. Ce qui s’est passé en Algérie a commencé avec une crise économique.

Autre film sur les années 1990 et la mémoire, Mista de Kamel Iaiche, qui met en scène un homme qui, outre son travail dans un café, vend clandestinement avec son frère de l’alcool. Des hommes se retrouvent au bord de la mer, disent des poèmes, commentent la vie, plaisantent…

C’est à l’occasion d’une de ces réunions que Mourad voit son rêve de jeunesse réapparaître en rencontrant un jeune homme passionné comme lui de théâtre. Le manuscrit de Zoo Story, la mise en scène, les répétitions vont unir ces deux hommes autour du théâtre, c’est aussi une autre manière d’exorciser la peur et de sortir du cauchemar islamiste. « On a qu’une vie à vivre [dit Mourad] et quoiqu’il arrive, il faut la vivre. »

Le cinéma et le théâtre, la vie et le théâtre… Avec une interprétation qui rassemble Mourad Oudjit, Dahmane Aidrouss, Fouzi Saichi, Rania Serouti. Mista de Kamel Iaiche est sorti en Algérie et attend une distribution française.

Dans le registre de la comédie, le film de Farid Bentoumi, Good Luck, Algeria, raconte l’aventure de deux amis, Sam et Stéphane qui ont monté un atelier de fabrication de skis. Pour faire face à la concurrence et sauver leur entreprise, ils prennent une décision folle : Sam tentera la qualification au Jeux olympiques d’hiver sous la bannière de son pays d’origine, l’Algérie.

Commence alors une course folle, l’entrainement, la subvention algérienne qui n’arrive pas, Sam qui ignore les magouilles et les us et coutumes de l’administration algérienne, l’enthousiasme du père et de la famille au bled. Avec Sami Bouajila, Chiara Mastroianni, Franck Gastambide, Hélène Vincent…

Farid Bentoumi a également présenté un court métrage, Un métier bien, ou la promesse d’un fils à sa mère de changer et de devenir un autre homme.

Trois réalisateurs, une autre génération de cinéastes, trois langages qui renouent avec la tradition cinématographique algérienne… Une nouvelle vague ?

En attendant de savoir qui remporte l’Antigone d’or du festival — un choix vraiment difficile face à une sélection pointue et intéressante —, osons un pronostic… Dégradé des frères Arab et Tarzan Nasser, un film qui mêle avec brio l’humour, la dérision, le drame et se passe à Gaza. Le cinéma des frères Nasser fait penser à une autre fratrie et pas des moindres, Ethan et Joel Coen.