Montpellier, capitale du cinéma méditerranéen. Sans aucun doute.

dimanche 4 octobre 2015
par  CP
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Montpellier, capitale du cinéma méditerranéen. Sans aucun doute.

L’offre de ce 36e festival est fidèle à son ambition et à son exigence habituelle, avec plus de 250 films, dont 120 sont inédits, et sous toutes les formes, longs et courts métrages, films documentaires, cinéma expérimental, cinéma d’animation… Sans compter les rencontres, les expositions, les débats en compagnie de professionnels du cinéma, les réflexions sur la création issue des rives méditerranéennes élargies et son influence. Une création multiforme ancrée dans des pays différents, que ce soit par leurs traditions ou leurs situations sociales et politiques…


Certifiée Halal de Mahmoud Zemmouri (Algérie/France, 2013)

Ça bouge en Méditerranée, ça tangue aussi, ça invente, parfois dans la fulgurance, dans l’urgence, toujours avec une imagination à la fois grave et scintillante.

On se souvient des films égyptiens présentés l’année dernière par le 35e festival, de la rencontre avec Marianne Khoury, productrice généreuse, découvreuse de talents et réalisatrice. La création cinématographique, prise dans les mouvements sociaux, dans les conflits, aide à comprendre une réalité qui échappe souvent au journalisme d’information, par manque de recul et d’immersion dans la vie sociale. Au cinéma, l’histoire individuelle rejoint la grande histoire. Le cinéma est à l’écoute des sociétés, des bouleversements, des innovations, des frémissements, y gagne en profondeur, crée la surprise, et cela en dépit des difficultés de production.


Bastardo de Najib Belkadhi (Tunisie, 2013)

Par ses choix, le festival international du cinéma méditerranéen se fait l’écho, à Montpellier, des multiples facettes cinématographiques de l’univers méditerranéen. Il est bon de rappeler quelques uns des films présentés l’année dernière : le poétique et magnifique Ladder to Damascus du Syrien Mohamed Malas, le surprenant Demain les chiens du Marocain Hicham Lasri, l’étonnant Rags and Tatters de l’Égyptien Ahmad Abdalla, la fable politique de Rani Massalah, Girafada, ou bien, dans le registre de l’ironie et de la comédie, Only in New York de Ghazi Albuliwi et Paradjanov de Serge Avédikian.


Fish de Dervis Zaim (Turquie, 2013)

La création se "lâche" en Méditerranée et gageons que, cette année encore, le festival nous offrira des joyaux cinématographiques, espérés pour certains et inattendus pour beaucoup d’autres. Douze films longs métrages en compétition, quatorze films longs métrages en panorama, l’Algérie y semble plus présente que ces dernières années. Vingt-deux films courts métrages en compétition, dix-huit films courts métrages en panorama. Enfin dix documentaires. Un voyage en Méditerranée qui promet.


This is my land de Tamara Erde - Documentaire

Si l’on en juge déjà par les copies restaurées et les avant-premières proposées au public, il va falloir se dédoubler pour voir le maximum de films, par exemple Stella femme libre de Michael Cacoyannis (1951), Le Grand embouteillage de Luigi Comencini (1978), et pour les tout nouveaux, L’Oranais de Lyes Salem, Mon fils d’Eran Riklis, L’incomprise d’Asia Argento et Les Opportunistes de Paolo Virzi, parmi d’autres.

Le Cinemed, cette année, nous fait découvrir la nouvelle vague du cinéma grec. La Grèce est toujours présente au festival, mais cette fois, c’est une palette de quatorze films représentatifs du nouveau cinéma grec qui offre leurs visions du monde. Il n’y est pas toujours question de la crise qui traverse le pays, du moins exprimé directement, mais cette nouvelle vague cinématographique témoigne de sa résistance, par la détermination des cinéastes à faire leur cinéma. Panos Koutras, réalisateur de Strella (2008) et de Xénia (2014), sera présent au festival.


Standing Aside de Yorgos Servetas (Grèce, 2013)

Plusieurs hommages sont rendus à des réalisateurs et à des producteurs. Notamment au cinéma de Luis Garcia Berlanga, dont la filmographie a certainement marqué le public par son audace, d’abord son chef-d’œuvre d’humour noir, El Verdugo (Le bourreau) qui, tel un météore, a traversé, en 1963, la dictature franquiste. Le film montre une Espagne soumise, conformiste, et dominée par la morale chrétienne, et dans cet univers réactionnaire, Berlanga s’attaque à un sujet absolument tabou, la peine de mort et son mode d’exécution, le garrot. En choisissant le mode comique et la dérision, Berlanga renoue avec la farce libertaire d’un Fernando Mignoni, réalisateur de Nuestro Culpable, film produit en 1938 par la CNT.


El Verdugo de Luis Garcia Berlanga (1963)

Luis Garcia Berlanga, cinéaste libertaire qui ne s’apparente à aucune école, a certainement contribué au renouveau du cinéma espagnol, bien avant la fin du règne franquiste, en particulier avec trois de ses films réalisés dans les années 1950 et coécrits avec Juan Antonio Bardem, autre réalisateur subversif de l’époque : Ce couple heureux (1951), Bienvenue, Monsieur Marshall (1952) et Les jeudis miraculeux (1957), ce dernier film a été interdit pendant quatre ans par la censure.

La censure, Berlanga en a souvent fait l’expérience, mais El Verdugo (Le bourreau), qui marque le début de sa collaboration d’écriture avec Rafael Azcona, l’a contournée. Comme coproduction italienne, le film est projeté à Venise, obtient le prix de la critique et, du coup, acquiert une renommée internationale. Hormis ce film, le festival Cinemed permet de voir, ou de revoir, sur grand écran, Calabuig (1956), Plácido (1961), Bienvenue, Monsieur Marshall, Les jeudis miraculeux et La Vaquilla (1985).


Je la connaissais bien de Antonio Pietrangeli (1965)

Un autre hommage est destiné au réalisateur italien Antonio Pietrangeli qui, après avoir assisté Luchino Visconti sur Ossessione (1943), version du Facteur sonne toujours deux fois de James Cain, a choisi de traiter dans plusieurs de ses films un thème d’avant-garde, celui de l’émancipation des femmes. Par exemple, dans La Parmigiana (1963), Annonces matrimoniales (1964) et Je la connaissais bien (1965), un film rare. Il sera aussi possible de voir Adua et ses compagnes (1960), avec une Simone Signoret éblouissante, Fantômes à Rome (1961) et Le Cocu magnifique (1964).

Il y aura également un hommage à Daniel Toscan du Plantier, producteur méditerranéen, et un coup de chapeau à la comédienne Leila Bekhti.


Discipline de Christophe M. Saber (2014)

Pour la traditionnelle nuit en enfer, ce sera la saga Eurociné que Marius Lesoeur, cinéaste français et producteur indépendant, a fondé en 1957 pour des coproductions avec l’Espagne. Savants fous, zombis nazis et amazones aux seins nus hanteront cette nuit en enfer, en compagnie d’un émule de Jess Franco, et créateur du « western-paella » !

Que dire de plus ? Bon festival !