Léviathan

Film d’Andreï Zviaguintsev
dimanche 4 octobre 2015
par  CP
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Le film est sur les écrans depuis le 24 septembre

Le décor de Léviathan est une mer sauvage se brisant sauvagement sur les rochers. Un film noir, mais désespérément beau. Depuis les carcasses de bateaux et les cadavres de baleines échouées, jusqu’à la baleine émergeant des flots de la mer nordique aux tons profonds et indéfinissables, tous les plans du film sont à la fois violents et inoubliables. Ils marquent le drame d’une empreinte de fatalité froide et sans espoir.

Le film précédent d’Andreï Zviaguintsev, Elena, était déjà empreint de ce caractère désespéré face au pouvoir et à la loi du profit. Dans Elena, Zviaguintsev mettait en scène une classe urbaine de nouveaux riches et la brutalité grossière, Léviathan montre le potentat d’une petite ville user de droits et de privilèges qu’il s’octroie pour expulser et détruire la vie de personnes sous sa juridiction… Avec l’aide de l’Église orthodoxe, omniprésente avec ses apparats. Les normes sont respectées, les puissants broient les plus faibles, peu importe la loi, facilement bafouée lorsque l’on a les juges et la police de son côté.

Kolia habite près d’une petite ville au nord du pays, avec sa compagne et son fils. Il tient un garage. Le maire de la ville a des projets et pour cela, il doit acquérir le terrain de Kolia qui refuse de quitter la maison dans laquelle il a passé toute sa vie. La lutte est perdue d’avance. Que peut le bon droit de Kolia contre le pouvoir et les malversations de l’autorité ?
La machine du pouvoir se met alors en marche…

Le film a donc pour trame la corruption, comme une fatalité destructrice, puisque si l’on n’obéit pas aux règles fixées, certes arbitraires, mais validées par les autorités, y compris religieuses, on est piégé. C’est une des premières fois où, la dénonciation de la corruption des élites, la collusion entre pouvoir et religion, sont aussi clairement exprimées dans le cinéma russe. Elena était déjà un brûlot contre cette nouvelle élite néo soviétique et la violence générée dans les banlieues.

Avec Léviathan, on entre dans un univers influencé, à la fois, par l’orthodoxie religieuse et par des relents d’administration soviétique, sur fond d’images prodigieuses. Le film offre la vision crue et hyper réaliste de la Russie actuelle, dans le décor magnifique du bord de la mer de Barents.

Autant par les images à couper le souffle que par la lutte désespérée, Léviathan est un film secouant qui rend avec brio le contexte social russe et la dimension tragique de la situation. On est passé de bureaucratie soviétique à la bureaucratie libérale ! Léviathan, c’est le désespoir filmé magnifiquement.


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