La Terre éphémère

Film de George Ovashvili
lundi 5 octobre 2015
par  CP
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La Terre éphémère de George Ovashvili (Géorgie, 2014)

La Terre éphémère du réalisateur géorgien George Ovashvili a déjà remporté plusieurs prix et révèle un très grand réalisateur.

George Ovashvili a choisi de tourner en 35 mm, au milieu du fleuve Ingouri, frontière naturelle entre la Géorgie et l’Abkhasie. C’est là que des bandes de terres fertiles et éphémères apparaissent au printemps, formées par les caprices de la nature. Les paysans abkhazes y cultivent le maïs jusqu’à l’été et le début de l’automne.

Dès les premiers plans, les images sont à couper le souffle, la lumière, le cadre, les reflets sur l’eau et les nuées qui flottent au raz du courant. Lors du 36ème Festival du cinéma méditerranéen, George Ovashvili a présenté son film, la Terre éphémère, et le public était littéralement subjugué par la beauté des images et la force d’une narration cinématographique épurée.

L’histoire est simple, un vieil Abkhaze appareille sur l’une de ces îles, goûte la terre, construit une cabane et s’y installe avec sa petite fille pour y cultiver du maïs. Au cours des journées, des militaires suivent et surveillent le fleuve frontière. Les dialogues, échangés en trois langues, sont rares.
À une question de l’adolescente à propos des soldats, le vieil homme dit simplement : « En face, c’est leur terre. Mais cette terre là, elle appartient à la rivière qui l’a créée ».

Le temps est rythmé par le maïs qui pousse, par l’abandon de la poupée et la fin de l’enfance de l’adolescente qui devient peu à peu une jeune fille. Sur la rive, de jeunes soldats lui font des signes. L’île est pour elle un apprentissage de l’autonomie, elle prépare le feu, apprend à pêcher, à cultiver le maïs et à conduire la barque… C’est en quelque sorte un voyage initiatique immobile.

Toute l’expression et la force des sentiments passe par les attitudes, les visages et les regards. Le film offre des émotions esthétiques intenses et rares. Les ambiances et la musique, qui coïncide avec l’arrivée de l’adolescente sur l’îlot, ajoutent encore à la magie du paysage, à la fois grandiose, inquiétant et fascinant. La nature est sauvage, rude, éternelle… Ce film est le mythe de Sisyphe revisité… Et l’on pense à deux chefs d’œuvre, l’Ile nue de Kaneto Shindo (1961) et la Nuit du chasseur de Charles Laughton (1955). Du très, très grand cinéma.