L’Assassinat des livres par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde. Nahid de Ida Panahandeh. Alias Maria de Jose Luis Rugales

mardi 8 mars 2016
par  CP
popularité : 9%

Table ronde autour d’un ouvrage collectif (éditions L’Échappée)

L’assassinat des livres Par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde

Avec Patrick, Sebastian Cortez, Jean-Luc Debry, Thierry Vandennieu [1].

Et, dans la toute dernière partie de l’émission, deux entretiens avec des cinéastes à propos de leur film :

Nahid de Ida Panahandeh (2ème partie de l’entretien)

En salles depuis le 24 février

Et

Alias Maria de Jose Luis Rugales (Début d’entretien)

Sortie le 9 mars prochain

L’assassinat des livres. Par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde. Le livre-papier en question… Après la presse, faut-il que le livre passe sur tablette ou tout autre support numérique sous peine de disparaître ? S’en serait fini alors du livre que l’on touche, de l’odeur des vieux bouquins, des bibliothèques débordant d’ouvrages à lire ou qui s’entassent sur une table… Les textes, les images, les sons, les iconographies… Tout sur écran ! On n’a pas fini de cligner des yeux si l’on désire lire au soleil… Et l’odeur ? Tandis que le cinéma invente des projections en odorama, les publications écrites, elles, passeraient par le numérique, c’est-à-dire la dématérialisation, en zappant complètement la rencontre par un certain contact visuel, le toucher avec les livres, les pages que l’on tourne, les ouvrages qu’on ouvre au hasard pour la découverte fortuite d’idées, de phrases…

Le tactile et l’écran, ça n’est vraiment pas la même chose : « La lecture devient discontinue, elle se transforme en navigation dans un réseau aux ressources infinies, qui incite à sauter d’un texte à un autre plutôt que de prêter une attention soutenue à l’un d’entre eux, même si c’était l’intention initiale du lecteur. » C’est « une lecture sans lecture ».

L’assassinat des livres. Par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde. Le sujet est d’importance et mérite qu’on l’analyse, qu’on en discute, d’où l’idée d’une table ronde autour de cet ouvrage collectif, multi voix ou multi plumes, publié par les éditions de l’Échappée. « Le livre-papier permet tout un éventail de pratiques d’échange et de réutilisation qui nous le rendent précieux : il se prête, s’échange, se donne, se revend et peut se conserver longtemps. […] Toutes ces possibilités sont mises à mal par le livre électronique, les dispositifs anticopie, l’obsolescence rapide des terminaux, des logiciels, et même des fichiers numériques. »

Quel sont donc les enjeux de la dématérialisation, au delà des arguments de vente et autres pubs incantatoires et multiformes ? Annihiler les contacts, les rencontres, les découvertes… On imagine un univers à la Farenheit 451, un Meilleur des mondes uniforme, clean, cadré, rangé, gadgeté… Autrement dit aliénant et ennuyeux. « La technologie n’est pas neutre. Elle porte en elle, et contribue à reproduire les logiques dominantes de la société qui la fait naître : accroissement des profits et concentration des pouvoirs. »

Pourquoi alors ne pas s’opposer aux injonctions médiatiques et voir dans le livre un
« point d’ancrage, [un] objet d’inscription pour une pensée critique et articulée, hors des réseaux et des flux incessants d’informations et de sollicitations, [et finalement se dire qu’] il est peut-être l’un des derniers lieux de résistance. »

Sebastian Cortés, auteur de Antifascisme radical ? Sur la nature industrielle du fascisme (éditions CNT-RP).

Jean-Luc Debry, Le cauchemar pavillonnaire (L’échappée), Départ volontaire (Noir et Rouge).

Cédric Biagini, coauteur de La Tyrannie technologique. Critique de la société numérique (L’échappée)

Après L’assassinat des livres. Par ceux qui œuvrent à la dématérialisation du monde, deux films et la lutte de deux femmes, Nahid en Iran et Maria en Colombie…

Nahid Film de Ida Panahandeh

C’est la seconde partie de l’entretien avec la réalisatrice, Ida Panahandeh, à propos de son premier long métrage, Nahid, qui est sorti en salles le 24 février.

C’est à la fois le portrait subtil d’une jeune femme, Nahid, aspirant à s’émanciper des contraintes familiales et sociales et un aperçu de la société iranienne contemporaine. Une femme divorcée, élevant son fils et travaillant, a-t-elle le droit d’aimer ?

Les lois sont contradictoires et la placent devant un dilemme : choisir entre la garde de son fils et une nouvelle vie. En Iran, une femme qui se remarie perd ses droits de garde pour ses enfants. C’est un des premiers films qui évoque le problème du droit des femmes, de même que celui du mariage temporaire, pratique certes légale, mais taboue dans la société.

Alias Maria Film de Jose Luis Rugales

Le film sera sur les écrans le 9 mars

« La Colombie est en guerre depuis plus de cinquante ans, il est temps que cela cesse » déclare José Luis Rugales, réalisateur de Alias Maria.

Selon les chiffres de l’Unicef, entre 6 000 et 7 000 enfants auraient été recrutés par des groupes armés. La population paie le prix fort de cette guerre continue, menacée à la fois par l’armée, les paramilitaires et la guérilla. Maria est l’une de ces filles combattantes, et la caméra va la suivre au quotidien dans la jungle colombienne.

Dès le premier plan, on entre dans la réalité d’un camp géré par la guérilla, à tel point que la fiction semble emprunter le langage du documentaire… Les sons, les situations, les gestes de survie, les dialogues simples… Alias Maria montre la situation, la violence et le rapport aux autres à travers le regard de l’adolescente. Un film sensible, violent et très fort.

C’est la première partie de l’entretien avec José Luis Rugales.

À suivre la semaine prochaine…


[1Présentation de l’Échappée. Cerné de toute part, le livre est sommé de rentrer dans l’ordre numérique. Laboratoires du futur plus innovants que jamais, multinationales du Web, géants de l’électronique, pouvoirs publics et techno-enthousiastes œuvrent de concert pour faire disparaître ce petit « cube de papier » qui fait figure de fossile à l’heure où la culture numérique s’impose partout.

Bien que sa liquidation ne se fasse pas aussi vite que prévu – le marché de l’e-book peinant à s’imposer en France –, les acteurs de la chaine du livre sont de plus en plus fragilisés, même si certains croient pouvoir transférer leur métier dans un monde qui n’a pourtant pas besoin d’eux. Et ce, alors que les modes de lecture induits par le livre, au fondement de nos façons de penser et de nos manières d’être au monde, sont aujourd’hui en crise.

Le livre, dans sa linéarité et sa finitude, dans sa matérialité et sa présence, constitue un espace silencieux qui met en échec le culte de la vitesse, permet de maintenir une cohérence au milieu du chaos. Point d’ancrage, objet d’inscription pour une pensée critique et articulée, hors des réseaux et des flux incessants d’informations et de sollicitations, il est peut-être l’un des derniers lieux de résistance.

C’est ce que nous rappellent les libraires, bibliothécaires, éditeurs, auteurs, traducteurs et lecteurs, venus d’horizons divers, qui s’expriment dans cet ouvrage. Un peuple du livre, réfractaire aux illusions numériques, qui défend ce pour quoi il se bat au quotidien, à contre-courant des processus qui endommagent nos capacités de lecture, de contemplation, de réflexion, d’écoute et d’abandon esthétique, pourtant si nécessaires à la construction de soi et au bien-être collectif