Tueries. Forcenés et suicidaires à l’ère du capitalisme absolu de Franco Berardi. Alias Maria de Jose Luis Rugales

dimanche 13 mars 2016
par  CP
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Tueries

Forcenés et suicidaires à l’ère du capitalisme absolu

Franco Berardi (LUX)

Rencontre avec Franco Berardi

Le sémiocapitalisme substitue à la vie réelle le simulacre des algorithmes et du spectacle, et génère une détresse psychique qui se répand comme une traînée de poudre nihiliste.

Et un film de Jose Luis Rugales sur les écrans depuis le 9 mars

Alias Maria

Tueries, meurtres de masse, attentats… Un phénomène qui s’emballe, provoque la sidération et annihile, dans un premier temps, toute tentative de comprendre des événements aussi tragiques qu’inacceptables. Et « ces moments où un public tétanisé par un événement violent emboîte en somnambule le pas à des gouvernants manipulateurs et cyniques, ces moments, [écrit Alain Brossat], où s’abolit tout discernement du public sont eux-mêmes plus terrifiants que ce qui les suscite. »

Dans Tueries. Forcenés et suicidaires à l’ère du capitalisme absolu, Franco Berardi s’interroge donc sur les origines, les motivations de ces meurtres de masse, sur « ces tueurs [qui] sont la manifestation extrême d’une des tendances principales de notre temps […], les héros d’une époque de nihilisme et de stupidité spectaculaire : l’ère du capitalisme financier. »

Manipulation, désespoir, nihilisme, frustration, affirmation identitaire, quête d’un pouvoir éphémère… « L’on comprend probablement mieux le devenir actuel du monde si l’on observe [celui-ci] à la lumière de ce genre de folie affreuse, plutôt qu’à travers le prisme de la folie policée des économistes et des politiciens. J’ai vu [écrit Berardi], l’agonie du capitalisme et le démantèlement d’une civilisation sociale d’un point de vue très particulier : celui du crime et du suicide.  »

Pourquoi Franco Berardi — philosophe, militant issu du mouvement autonome italien des années 1970, cofondateur de Radio Alice à Bologne, et aujourd’hui enseignant de l’histoire sociale des médias, pourquoi a-t-il choisi cet axe de recherche et écrit un livre sur ce sujet ?

Tueries. Forcenés et suicidaires à l’ère du capitalisme absolu, est-ce la fascination, la répulsion vis-à-vis d’actes qui pourraient être interprétés « comme l’abolition de la frontière entre spectacle et vie réelle (ou mort réelle, ce qui revient au même). »

Franco Berardi : Je me suis posé la question : pourquoi j’ai écrit un livre aussi horrible ? Mais parce que l’horreur est autour de nous. Cependant nous pouvons nous libérer de cette horreur en étant capable de regarder sans être touché au niveau psychique, culturel, au niveau de la relation humaine. Il faut refuser l’idée que nous dépendons entièrement de notre milieu, nous en dépendons bien sûr, mais nous pouvons aussi être autonomes. L’autonomie signifie surtout la capacité d’être dystopique, c’est-à-dire de regarder le monde des humains en étant ironique. Autrement dit de savoir que ce monde n’est qu’un monde, pas le monde.

Musiques :
- David Bowie, Heroes
- Keny Arkana, Désobéissance civile
- BO Chats persans (Bahman Ghobadi), Human Jungle
- BO Lost Highway (David Lynch) Bowie, I’m deranged
- Tout va monter (CD Nato).

Alias Maria Film de Jose Luis Rugales

Sur les écrans depuis le 9 mars

Nous sommes dans la jungle colombienne où, selon les chiffres officiels, des milliers d’enfants ont été recrutés par des groupes armés. Dès le premier plan, on entre dans un camp géré par la guérilla. La véracité est incroyable tant la fiction semble emprunter le langage du documentaire… Maria est l’une des gamines combattantes, et la caméra la suit pas à pas : les sons, les gestes de survie, les dialogues simples, l’horreur d’une guerre sans fin contre une population qui paie le prix fort, prise en tenaille entre l’armée, les paramilitaires et la guérilla.

Alias Maria est une plongée dans le quotidien d’une situation, où la violence et le rapport aux autres passent par le regard de l’adolescente. Un film sensible, violent, véritable réquisitoire contre une guerre qui dure depuis plus de cinquante ans. « Il est temps que cela cesse » dit José Luis Rugales, réalisateur de Alias Maria.

Les Trois exils d’Algérie, une histoire judéo-berbère

d’après Benjamin Stora dans une mise en scène de Jérémy Beschon.

Comment appréhender l’histoire d’une nation à partir du point de vue particulier d’une minorité ? Une minorité qui a vu les frontières de la colonisation redessiner brusquement celles de son identité : indigène ; citoyen à part entière, citoyen déchu ; exilé... Une minorité elle même divisée en différentes catégories, avec une élite s’alliant au plus puissant et la masse repoussant l’envahisseur.

En somme, c’est l’histoire d’un peuple qui trinque pour ses élites... Comme d’habitude !

Le 19 mars, Les Trois exils d’Algérie, une histoire judéo-berbère est sur la scène marseillaise et le dimanche 20 mars à 17h, c’est à Paris, dans le 20ème arrondissement, à la Bellevilloise (19-21 rue Boyer). Un débat suivra avec Benjamin Stora. Réservation : manifesterien@gmail.com