Dégradé, film de Tarzan et Arab Nasser. Les Ogres, film de Léa Fehner. Eva ne dort pas, film de Pablo Agüero

mardi 12 avril 2016
par  CP
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Dégradé Tarzan et Arab Nasser (Sortie le 27 avril 2016)

C’est l’histoire d’un lion, ou plutôt d’une lionne kidnappée du zoo de Gaza par une famille qui fait sa loi et se fout du Hamas. Mais lorsque ce parti gagne les élections, il n’est plus question de laisser passer les provocations et encore moins de permettre à des groupes armés faire leur loi dans un quartier.

C’est dans ce contexte de lutte de pouvoirs que se situe le film des frères Nasser, Tarzan et Arab, qui ont imaginé un salon de coiffure et de soins esthétiques, dans lequel treize femmes viennent se refaire une beauté, se changer les idées et papoter sans contraintes d’un quotidien marqué par la violence. Véritable parabole de l’enfermement imposé à la Bande Gaza, le salon est aussi le lieu où les femmes se lâchent, elles n’ont vraiment pas leur langue dans la poche sur l’occupation, l’amour, la sexualité, le besoin d’émancipation, la politique, les conventions, la famille… Et finalement sur comment survivre dans le chaos quotidien qu’elles subissent.

Dégradé des frères Tarzan et Arab Nasser s’empare littéralement de la tragédie de Gaza pour faire un portrait totalement déjanté de la société gazaouie. Ironie corrosive et peinture sociale acide sont la marque du film tourné en huit clos dans un salon de coiffure tenu par une femme russe mariée à un Palestinien de Gaza. Dialogues balancés, sans faux-semblants ni ménagement des susceptibilités, clichés bousculés par les femmes… Elles sont treize à passer des confidences intimes à la critique de la culture, des traditions familiales et du discours politique.

Tout y passe dans un film où le rythme des saynètes le dispute à un humour débridé. C’est la surprise d’un scénario qui disjoncte dans un huis clos à rebondissements, avec des dialogues explosifs et des comédiennes surprenantes.

La sortie de Dégradé de Tarzan et Arab Nasser : 24 avril 2016…

Les Ogres

Léa Fehner (16 mars)

Les Ogres. Le second long métrage de Léa Fehner, a pour décor un théâtre ambulant, un lieu qui lui est parfaitement familier puisque c’est la compagnie théâtrale de ses parents. Cela donne un film drôle, surprenant, truculent, follement vivant, et même mouvementé avec la vie de la grande famille des saltimbanques, le quotidien de la troupe avec ses dissensions et ses attentes.

Le spectacle est sur la scène avec L’Ours de Tchekhov, mais aussi dans les coulisses et même dans la salle. Un soir un accident, puis le retour d’une comédienne, un amour passé qui réveille les souvenirs et des rancœurs… Mais le spectacle continue, pour notre plus grand plaisir.

Dans la distribution, deux comédiennes lumineuses, Lola Duenas (notamment vue dans des films de Pedro Almodovar) et Adèle Haenel…

L’entretien avec Léa Fehner, François Fehner et Lola Duenas a eu lieu à Montpellier, lors du Festival international du cinéma méditerranéen, en pleine ambiance du festival…

Eva no Duerme (Eva ne dort pas)

Pablo Agüero

« Ce n’est pas un film pour ou contre le péronisme, mais un film contre les dictatures, contre le capitalisme sauvage et pour la liberté et l’égalité de droits.  »

Du très grand cinéma dès les premières images, brouillées par la pluie, métaphore de la mémoire d’un pays qui n’en finit pas de batailler pour retrouver une histoire de la résistance que les dictatures ont voulu faire disparaître.

« Cette femme, cette chienne… » répète le colonel, sorte de tortionnaire dandy, qui révèle ainsi la haine tenace de sa caste envers Evita, ou plutôt sa représentation et l’icône qu’elle est devenue pour la population.


Des images splendides, en clair obscur, des archives étonnantes et un travail impressionnant sur la bande son, une véritable expérience d’habillage sonore qui reprend les discours d’Eva Perón pour la faire slamer sur du rock. Révélation d’un grand réalisateur, un film splendide à voir absolument.