Rappel à l’ordre, le Pink Bloc à Montpellier, le FHAR, Des rêves sans étoiles…

Théâtre, cinéma, manifestations, contestation…
lundi 18 septembre 2017
par  CP
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Nouvelle création théâtrale du collectif Manifeste rien Rappel à l’ordre Un texte écrit et mis en scène par Jérémy Beschon Interprété par Olivier Boudrand La première à la Fête de l’Huma

« La construction médiatique et nationale de l’ennemi intérieur va de pair avec l’enrôlement des classes populaires dans des conflits diplomatiques qui ne les concernent pas. Un théâtre épique et d’actualité, un solo comique et savant où l’on retrouve les controverses de la marseillaise, le poids des guerres coloniales et une justice républicaine à deux vitesses »...
> 16 septembre 16H à la fête de l’Huma
> 17 septembre, après midi à Feigneux (60)

Sur scène, Olivier Boudrand interprète un texte concocté et mis en scène par Jérémy Beschon. Ça parle notamment de foot… Il y a quelques années déjà, la Marseillaise était sifflée dans un stade. L’anecdote, surexploitée médiatiquement, laissait penser qu’il y avait là innovation. Pas du tout, c’était du réchauffé, histoire d’attiser consciemment ou non la haine…

Dans Rappel à l’ordre, on apprend en effet que des incidents entourant l’hymne national français — vous savez celui qui dit « qu’un sang impur abreuve nos sillons » (je n’ai jamais compris le concept !) —, bref que les sifflements avaient déjà soulevé la vindicte et enflammé des relents de nationalisme nauséabond… à la fin du XIXe siècle, dans la ville de Marseille.

En juin 1881, des travailleurs d’origine italienne, ayant sifflé la Marseillaise, furent lynchés par une partie de la population locale. Bilan : trois morts et de nombreux blessés. Certains journalistes s’étaient alors empressés d’affirmer que ces immigrés formaient une « nation dans la nation », refusant de s’intégrer dans la société française. Nous y voilà : l’ennemi intérieur !

C’est à la suite de cette campagne de propagande que la IIIe République a promulgué des lois pour ficher les étrangers et créer les permis de séjour…
Rappel à l’ordre est interprété par Olivier Boudrand qui manie parfaitement l’ironie critique.
Un entretien avec Jérémy Beschon.

120 battements à la minute de Robin Campillo

Grand prix du jury au Festival de Cannes, 120 battements par minute de Robin Campillo a été plébiscité par la critique. Au delà du succès médiatique, qui renvoie souvent essentiellement à l’aspect émotionnel du film, remarquablement transposé par l’interprétation des comédiens et comédiennes, le film rappelle le contexte de la lutte des militants et militantes d’ACT UP pour faire reconnaître l’épidémie du sida, pour informer sur le virus, pour avoir accès aux soins et aux résultats des recherches médicales, pour dénoncer la politique du profit des laboratoires pharmaceutiques, le scandale du sang contaminé et la discrimination en montrant la prégnance de l’homophobie dominante…

En effet au début des années 1990, la lutte des militant.es d’Act up contre l’épidémie du sida est encore dissimulée au grand public, les risques sont éludés, utilisés, manipulés la plupart du temps… La désinformation est pernicieuse qui étiquette le virus comme la maladie des pédés, les religions interprétant l’infection comme une punition ou une fatalité divine ! Alors que le virus tue déjà dans le monde depuis une décennie. Le slogan d’ACT UP : Silence = mort résume parfaitement la situation.

120 battements par minute de Robin Campillo est un film passionnant et bouleversant, un véritable coup de poing… Il relate les actions d’ACT UP, les discussions au sein du groupe, les contradictions, la mobilisation, les slogans, l’humour, les «  coups médiatiques » contre l’ignorance et le déni des politiques et des médias. C’est un film politique et engagé.

Tous les ans, des militant.es d’ACT UP sont dans le cortège du 1er mai libertaire et témoignent du combat à mener aujourd’hui, en France et partout dans le monde. Il faut souhaiter que le succès de 120 battements par minute de Robin Campillo suscite et relance la conscience d’une lutte plus que jamais essentielle. (le film est sorti le 23 août 2017)

Nous n’avons pas fini de parler du film de Robin Campillo, 120 battements par minute, d’Act Up et de la lutte qui doit se poursuivre, c’est aussi l’occasion aujourd’hui d’évoquer avec Patrick Schindler le FHAR.

Le Front homosexuel d’action révolutionnaire est un mouvement fondé en 1971, issu d’un rapprochement entre des féministes lesbiennes et des activistes gays. Guy Hocquenghem, Christine Delphy, Françoise d’Eaubonne, Daniel Guérin, Hélène Hazera, René Schérer, Patrick Schindler parmi d’autres en font partie. Le FHAR, revendique la subversion de l’État « bourgeois et hétéropatriarcal », le renversement des valeurs jugées machistes et homophobes au sein des milieux de gauche et d’extrême gauche, et donne une visibilité radicale à la lutte gay et lesbienne au cours des années 1970.

120 battements par minute de Robin Campillo fait donc resurgir la lutte depuis les années 1970 du Front homosexuel d’Action Révolutionnaire, le FHAR, que Carole Roussopoulos a filmé lors de manifestations et d’assemblées générales et en a fait un film.

Patrick Schindler est l’auteur de Contingent rebelle. Récit d’un réfractaire au service militaire dans les années 1970 (L’Échappée).
C’est un livre qui croise l’Histoire et l’histoire personnelle, un journal contre l’armée et le service militaire. L’histoire du service militaire, la conscription qui remonte à la Révolution française, les premières révoltes de soldats, l’Appel des Cent et ses conséquences.

Contingent rebelle. Récit d’un réfractaire au service militaire dans les années 1970 (L’Échappée). Le livre de Patrick Schindler n’est pas sans lien, par son côté dérangeant, à l’ouvrage de Jean Stern, Mirage gay à Tel Aviv, dans lequel l’auteur mène une enquête originale et très documentée sur la propagande israélienne et le Pink Washing. Le Pink Washing est un coup de COM pour camoufler une réalité de plus en plus horrible et inacceptable, l’occupation militaire israélienne et le refus des droits à toute une population. Ce phénomène de marketing politique, selon Jean Stern, « n’est qu’un artifice accablant sur le fond et répugnant sur la forme, qui masque homophobie, racisme, exclusion, occupation. »
Une enquête à l’écriture vive et ironique qui passe les faits et les déclarations au crible, qui donne envie d’y aller voir et suscite une réflexion large sur la conscience politique en général.

Nous retrouvons Jean Stern à 16h30, à la librairie Publico, 145 rue Amelot pour une rencontre autour de son livre Mirage gay à Tel Aviv (Libertalia).

Qu’est-ce que le Pink Bloc ?

L’entretien de GaëlLe par Sylvie Maugis nous apprend que le Pink Bloc était présent à la marche des fiertés de Montpellier, le 8 juillet, dans un cortège festif, mais surtout revendicatif.


Le code des couleurs : rose et noir pour ne jamais oublier les trans, les homosexuels et les lesbiennes déporté.es en camps de concentration sous le régime nazi.

Des rêves sans étoiles

Film documentaire de Mherdad Oskouei

« La souffrance suinte des murs ici » dit une des jeunes détenues.

Le réalisateur pose sa caméra dans un centre de détention pour jeunes filles mineures à Téhéran.
Un film documentaire très fort qui parle des violences, de misère sociale à travers les voix de ces jeunes filles qui ont déjà vécu le pire et dont la maturité est bouleversante.

Première partie de l’entretien avec le réalisateur, Mherdad Oskouei.
Merci à Bamchade Pourvali pour sa traduction.

Sortie nationale de Rêves sans étoiles au cinéma Saint-André-des-Arts le mercredi 20 septembre, en présence du réalisateur, Mherdad Oskouei.

Projection de La Brique et le Miroir d’Ebrahim Golestan au Saint-André-des-Arts, le samedi 23 septembre à 20h30. Un film rare qui sera présenté par Bamchade Pourvali et dont on a vu des extraits dans le film de Mani Haghighi, Valley of Stars.