Le Caire confidentiel de Tarik Saleh. El bar (pris au piège) d’Alex de la Iglesia. Eté 93 de Carla Simon. Le chasseur d’histoires d’Eduardo Galeano…

dimanche 25 juin 2017
par  CP
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Le Caire confidentiel

Tarik Saleh (5 juillet 2017)

El Bar (Pris au piège)

Alex de la Iglesia VOD et DVD (30 août et 5 septembre)

Été 93
Carla Simon (19 juillet)

Anna
Jacques Toulemonde (5 juillet)

Ava
Léa Mysius

Le Chasseur d’histoires
Eduardo Galeano (LUX)
Rencontre autour de l’œuvre d’Eduardo Galeano (dernière partie)
Avec Sarah Chaumette et Paco Ignacio Taïbo II

Nouvelle collection du Passager clandestin :
Bibliothèque des frontières
De Lesbos à Calais
Comment l’Europe fabrique des camps

La Mort aux frontières de l’Europe :
retrouver, identifier, commémorer

Le Caire confidentiel de Tarik Saleh se déroule dans la ville du Caire à la veille de la révolution de janvier 2011, du moins une ville du Caire entièrement recréée par la magie du cinéma, avec ses bruits, sa langue, ses boutiques, ses vendeurs à la sauvette, son trafic… Et sa police bien sûr puisque celle-ci est au centre des événements et du tout corruption qui règne dans le pays. Le système de corruption s’étend à toutes les couches de la société, qui fonctionne à coup de bakchichs. Les policiers rackettent les marchands, les petits trafiquants et se rackettent même entre eux pour avoir la primeur d’une affaire.

L’inspecteur Nourredine, neveu d’un commissaire, se conforme au système comme les autres. Mais lorsqu’il est appelé à enquêter sur le meurtre d’une chanteuse, égorgée dans une chambre du palace Nile Hilton, il s’oppose à la version donnée par ses collègues sur place, qui, pour étouffer l’affaire, la qualifient de crime passionnel. La jeune femme avait une relation avec un homme d’affaires de l’entourage présidentiel. Le récit, qui jusqu’alors était presque documentaire sur le système de bakchichs, bascule dans une dimension politique, celle de la corruption en haut lieu, mêlant la haute finance, les marchés du BTP et le gouvernement.

Parallèlement, le climat social s’enflamme, la répression s’amplifie, la police tire sur la foule, tabasse et torture… Dans ce climat de violence insurrectionnelle, une jeune Soudanaise est traquée par la police et les services secrets. Le compte à rebours se déclenche jusqu’au 25 janvier 2011… Et soudain Nourredine, qui vient d’avoir une promotion, n’a plus le goût de jouer le jeu et de tenir son rôle du flic pourri… Le Caire confidentiel est un thriller politique haletant, superbement filmé dans une ville qui a capté l’âme du Caire.


El Bar (Pris au piège) d’Álex de la Iglesia
Le film sortira en VOD le 31 août et en DVD le 5 septembre.

Fidèle à son humour féroce et à son talent de la contradiction, La Iglesia ne manque pas, encore une fois, de surprendre et de dérouter le public. El Bar — je préfère le titre espagnol au titre français, Pris au piège — installe peu à peu une angoisse persistante à partir d’un cadre pour le moins banal et quotidien : un bar de quartier dans le centre de Madrid. Un de ces bars du coin où l’on va habituellement prendre un café con leche avec des churros. Il est 9 heures du matin, sur la place des gens vont et viennent, se croisent, une foule anonyme, parmi celle-ci beaucoup sont accroché.es à leur téléphone portable et racontent des bribes de leur vie à la cantonade, comme on peut le voir et l’entendre un peu partout. Bref, une foule ordinaire d’un matin ordinaire… Et le bar, qui est tenu par une propriétaire un peu revêche, connaissant presque tout le monde et à qui il ne faut pas raconter des histoires.

C’est alors que l’un des clients sort du bar et se fait descendre par un sniper devant la porte. Que s’est-il passé ? D’où tire le sniper ? Pourquoi la place est-elle soudain vide et silencieuse ? Pourquoi les secours n’arrivent-ils pas ? Et la télé qui n’en parle pas et déroule ses programmes, ses inepties habituelles… Aucune issue, pas d’échappatoire… Dans le huis clos du bar, c’est la stupeur, la panique, qui engendrent très vite les suspicions alimentées par les fantasmes en cours…

Il reste donc une jolie fille, entrée dans le bar pour cause de panne de batterie de portable, un vendeur de sous vêtements féminins, un ancien flic, un publicitaire avec son casque sur les oreilles, une femme qui s’ennuie et est accro aux machines à sous, un SDF qui parle comme l’ancien testament, la patronne et le garçon de café…

Le piège se referme après que la caméra, comme l’explique la Iglesia, soit allée à la pêche de gens ordinaires pour observer leurs réactions dans une situation extrême. Et voilà que les masques tombent…


Deux autres films présentés en avant-première au Festival l’autre cinéma espagnol, Différents 10, sortent en salles cet été, Que Dios nos perdone de Rodrigo Sorogoyen, polar classique autour de la violence dans la société espagnole, violence économique, violences policières, violences sociales… et Été 93 de Carla Simon. Ce film est en catalan et sa sortie nationale est le 19 juillet.


Été 93 est un premier long métrage basé sur l’enfance de la réalisatrice. Après la mort de sa mère, Frida, 6 ans, doit quitter Barcelone, sa maison, ses grands-parents et ses ami.es, pour vivre à la campagne chez son oncle et sa tante et leur fille de 3 ans. Le temps d’un été, l’été 93, Frida apprend à accepter — peut-être — le bouleversement et la douleur de la perte, dont on lui a dissimulé les causes, mais également à n’être plus le centre de l’attention. C’est aussi le temps, pour ses parents adoptifs, d’apprendre à l’aimer telle qu’elle est. Le film de Carla Simon décrit la difficulté pour une fillette d’appréhender la mort de sa mère, l’impression de se sentir en quelque sorte abandonnée, mal aimée dans un monde d’adultes, indifférent selon elle, au vide qu’elle n’arrive pas à exprimer autrement qu’en se rebellant.

Le film, qui a obtenu le prix du Festival Différent 10, est aussi une réminiscence, à travers les yeux de l’enfant, du début des années 1990.


Un autre premier film, Anna de Jacques Toulemonde, sort le 5 juillet, et met en scène cette fois le trop plein d’amour d’une mère pour son fils. La complicité entre Anna et Nathan, âgé de 10 ans, est formidable, mais lorsque Anna, imprévisible, perd pied, Nathan ne comprend pas le trouble de sa mère. Pour lui, c’est un monde qui s’écroule et il se sent responsable.

Dans ces deux films, Été 93 de Carla Simon — sur les écrans le 19 juillet —, et Anna de Jacques Toulemonde — qui sort le 5 juillet —, les comédiens et les comédiennes sont extraordinaires, à commencer par les enfants qui font passer par le regard et le jeu tout le mystère et la rébellion de l’enfance.


Vient de sortir, le 21 juin, Ava de Léa Mysius qui aborde l’adolescence. Le film, tourné avec de jeunes comédien.nes inconnu.es, est une de ces surprises comme on aimerait en avoir plus souvent. Inclassable sans doute, bouleversant et fantasque dans le récit que fait la réalisatrice de la jeune Ava qui, peu à peu, devient aveugle.

Dernier été donc qu’elle peut vivre avec la vision des gens et des choses… Les vacances prennent alors un caractère aventurier, magique où tout est possible. Une très belle histoire.

,, sur les écrans depuis le 21 juin, est un film dont nous avons déjà parlé au moment du festival de Toulouse, le Cinelatino.

Rara de Pepa San Martin est un film inspiré d’un fait réel, comme Plus jamais seul d’Alex Anwandter. Ce sont deux films qui abordent frontalement des sujets liés aux minorités sexuelles, au genre et à la sexualité. Plus jamais seul, sorti il y a quelques mois, est le récit d’un jeune homme agressé pour son homosexualité, Rara de Pepa San Martin narre la vie d’un couple de jeunes femmes, qui élève les deux filles de l’une d’elles. Une famille heureuse, mais la société voit d’un mauvais œil ce couple hors normes. Et le père biologique engage une procédure pour obtenir la garde des deux fillettes.

Deux films chiliens qui précèdent le superbe Una mujer fantastica, Une femme fantastique de Sebastian Lelio sur le transgenre (sortie le 12 juillet). Décidément, le cinéma chilien et, plus largement d’Amérique latine, fait fi des tabous. Nous en reparlerons…


Le Chasseur d’histoires
Eduardo Galeano (LUX)
Rencontre autour de l’œuvre d’Eduardo Galeano (dernière partie)
Avec Sarah Chaumette et Paco Ignacio Taïbo II

Eduardo Galeano a, toute sa vie, observé l’emballement des inégalités, la violence et l’injustice, sans toutefois oublier la résistance et les élans de solidarité. Tous ses récits en forme de saynètes racontent la vie que, malgré tout, il a aimée.

Le 24 mai dernier, les éditions LUX ont organisé une rencontre autour de l’œuvre d’Eduardo Galeano à l’occasion de la publication du Chasseur d’histoires. Dans cette seconde partie, Paco Ignacio Taibo II, militant mexicain et auteur de nombreux polars, décrit ce que lui inspire Eduardo Galeano : la subversion du monde. Et la comédienne Sarah Chaumette lit des textes de d’Eduardo Galeano. C’est Alexandre Sanchez des éditions LUX qui présente Paco Ignacio Taibo II.

Nouvelle collection du passager clandestin :
la bibliothèque des frontières par le collectif Babels
Deux titres :
De Lesbos à Calais
Comment l’Europe fabrique des camps


Et
La mort aux frontières de l’Europe :
Retrouver, identifier, commémorer