9 doigts. Film de F.J. Ossang. Les bonnes manières. Film de Juliana Rojas et Marco Dutra. Razzia. Film de Nabil Ayouch. Un Juif pour l’exemple. Film de Jacob Berger. The Captain. L’Usurpateur. Film de Robert Schwentke

lundi 26 mars 2018
par  CP
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9 doigts de FJ Ossang (21 mars 2018)

Entretien avec FJ Ossang

Les bonnes manières de Juliana Rojas et Marco Dutra (21 mars 2018)

Razzia de Nabil Ayouch (14 mars 2018)

Entretien avec Nabil Ayouch et Maryam Touzani

Un Juif pour l’exemple de Jacob Berger (14 mars 2018)

The Captain. L’usurpateur de Robert Schwentke (21 mars 2018)

9 doigts de FJ Ossang (21 mars)

9 doigts démarre comme un polar classique, dans un noir et blanc à la manière du Troisième homme de Carol Reed. Un homme fuit dans la nuit, ramasse un paquet de fric, que lui tend un mourant, et tout bascule… Le film monte en tension et le thriller se teinte d’angoisse et de science fiction. De quoi perdre ses repères de genres et c’est tant mieux !

Poursuivi par une bande de malfrats, qui finalement récupère le magot, Magloire — c’est le nom du fuyard — est séquestré, puis, après un cambriolage raté et la débandade du gang, il est embarqué sur un paquebot avec une cargaison inquiétante. Tout le monde semble ignorer l’exacte destination du bateau et de la caisse, véritable boîte de Pandore, entreposée dans la cale.


Qui est Neuf doigts qui tire les ficelles ? À quoi rime ce voyage sur un cargo qui change de destination, de nom, et que l’on pourrait tout autant nommer Armageddon ? Le Nowhere Land, sorte de nulle part mortifère, paraît inatteignable et pourtant le voyage se poursuit de zones interdites en morts à répétition. Le mystère s’épaissit encore, faisant penser au Kiss Me Deadly (En quatrième vitesse) de Robert Aldrich avec les allusions au Manhattan Project et à la fin du monde.

Tourné en pellicule 35mm, le film de FJ Ossang joue du graphisme des images sublimes, du texte et des dialogues fascinants, de la poésie brute, des genres se mêlant pour mieux perdre le public, des îles à la dérive et d’un bateau-usine déglingué, habité par des personnages issus de l’expressionnisme, des « gueules » dans des éclairages à couper le souffle… Et si, ne rien comprendre au premier degré, c’était la clé du récit ? De quoi se faire piéger par le mystère et la grâce de cet ovni cinématographique.


9 doigts de FJ Ossang est un film hors du temps, hors des codes, un fantasme du réel… Il est sur les écrans depuis le 21 mars.

Les bonnes manières

Film de Juliana Rojas et Marco Dutra (21 mars 2018)

Les bonnes manières est un conte moderne, un conte cruel dans une ville tentaculaire. Sao Paulo, une des plus grandes métropoles mondiales où le luxe et la richesse — très bien gardée —, côtoie la pauvreté et où les sectes pullulent. Clara est infirmière et propose ses services à une jeune femme enceinte dans le centre hyper chic de la ville. D’emblée, une relation forte s’établit entre Clara et Ana, fille de propriétaire terrien, enfant gâtée et complètement déconnectée de la vie quotidienne.
Sans que l’on sache pourquoi, sa famille l’a écartée et son milieu la rejette. Peu à peu des faits étranges surviennent, toujours durant les jours de pleine lune, et l’envie irrépressible de viande et de sang est étonnante de la part d’Ana. Clara note la fréquence des cauchemars, les crises de somnambulisme d’Ana et la suit dans une ville nocturne et bizarrement déserte. Elle s’inquiète. L’évocation de croyances ancestrales, la paternité de l’enfant évoquée le passage dans le film à la bande dessinée ajoute encore à l’angoisse. Les bonnes manières, c’est le fantastique mêlé de religion et de mythe du loup garou…

Par de très belles images et le va et vient entre réalité et cauchemar, Les bonnes manières s’inspire certainement de la Féline de Jacques Tourneur pour ce qui est de la fascination. C’est un film magique sur l’amour et l’acceptation de l’autre. Le film est sorti le 21 mars 2018.

Razzia

Film de Nabil Ayouch (14 mars 2018)


Avec Razzia, son nouveau film, Nabil Ayouch poursuit une œuvre cinématographique sociale, engagée et courageuse. Dans les Chevaux de dieu, il traitait des racines du terrorisme et des conséquences de la pauvreté en milieu urbain marocain ; dans Much Loved, il s’agissait de la prostitution ; cette fois son film, co-écrit avec sa compagne, Maryam Touzani, aborde la liberté d’expression dans son sens le plus large. Qu’il s’agisse des femmes et de leurs droits, de leur désir d’émancipation, de l’éducation, de la langue amazighe, du malaise social en général, de la ghettoïsation, des replis identitaires… La révolte est là face aux pressions sociales.

Des montagnes de l’Atlas à la ville de Casablanca, Razzia se déroule sur trois décennies et suit l’itinéraire de plusieurs personnages en quête de liberté et en recherche de soi. Un instituteur, passeur de savoir, confronté à une institution imposant l’arabisation à marche forcée ; une jeune femme enceinte refusant de se soumettre au rôle de femme au foyer ; une jeune fille riche livrée à elle-même ; un menuisier fan de Freddy Mercury dans un quartier populaire ; un restaurateur juif et son vieux père… Autant de caractères différents vivant dans un Maroc fondé sur la diversité des cultures, cherchant toutes et tous à échapper à des codes sociaux imposés et de plus en plus pesants.

Deux films sur le déni de mémoire ou son « aménagement » et la condition humaine en temps de guerre :

Un Juif pour l’exemple de Jacob Berger

The Captain. L’usurpateur de Robert Schwentke

Un Juif pour l’exemple de Jacob Berger (14 mars 2018)


Adapté du roman de Jacques Chessex, Un Juif pour l’exemple de Jacob Berger souligne le lien existant entre les années 1930-1940 et aujourd’hui. Le déni de mémoire perdure sur la manière dont les autorités suisses ont traité les migrant.es fuyant le nazisme, et le meurtre barbare d’un marchand juif de bétail, commis en 1942 par un groupe de nazis de Payerne voulant attirer l’attention des nazis en exécutant un Juif pour l’exemple…

Mais le récit ne s’arrête pas là, car ce qui est remarquable, c’est la polémique soulevée par la publication du récit en 2009, lorsque l’auteur est attaqué et pris à parti pour avoir « ressorti » cet assassinat, jusqu’à le représenter sous un accoutrement nazi dans un carnaval. « Tout le monde a voulu glisser ce crime sous un tapis de silence », explique le réalisateur à propos de la difficulté d’affronter une réalité historique sur le nazisme en Suisse. Un Juif pour l’exemple est sorti le 14 mars 2018.

The Captain. L’usurpateur de Robert Schwentke


Autre film dérangeant, The Captain. L’usurpateur de Robert Schwentke. En avril et mai 1945. Deux semaines avant la capitulation de l’Allemagne, l’armée du IIIème Reich est en pleine déroute. Isolé de son régiment, Willi Herold endosse littéralement l’identité d’un capitaine après la découverte de son uniforme dans une voiture abandonnée.

De simple soldat recherché, il se métamorphose en bourreau et enrôle d’autres soldats rencontrés au hasard pour une soi-disant « mission », c’est-à-dire abattre, sans distinction et sans procès, les soldats accusés de désertion et les pillards. Enivré de pouvoir de vie et de mort sur les prisonniers d’un camp, Willi Herold va réussir à donner le change à des officiers, ce qui est très étonnant, en prétendant recevoir des ordres d’en haut, et à se maintenir par la violence inhérente à toute hiérarchie dans une Allemagne nazie en pleine déliquescence.

The Captain se base sur des faits réels, l’histoire de cet usurpateur qui n’hésite pas à exécuter des prisonniers à la mitraillette, à faire ensevelir les mourants, à liquider des civils… Le pouvoir et la condition humaine en temps de guerre. « Ils sont nous, nous sommes eux. Le passé est présent. » Le film est sorti le 21 mars 2018.


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