L’autre côté des nuages d’Alain Joubert. Lormain de Manuel Anceau (éditions Ab Irato). Maternal de Maura Delpero. En attendant le festival de Marcelo Gomes. Yalda. La nuit du pardon de Massoud Bakhshi

mardi 5 janvier 2021
par  CP
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L’autre côté des nuages
Alain Joubert (éditions Ab Irato)
Lormain
Manuel Anceau (Ab Irato)
Nous recevons donc Alain Joubert, Manuel Anceau et l’équipe des éditions Ab irato… Rencontre ponctuée de lectures des textes par Nicolas Mourer…

En fin de chroniques, il sera question de cinéma
Trois films sur les écrans le 7 octobre :
Maternal de Maura Delpero (7 octobre 2020)
Première partie d’un entretien avec la réalisatrice, Maura Delpero.

Ensuite, de l’Argentine au Brésil avec le film documentaire de Marcelo Gomes, En attendant le festival

Enfin, Yalda. La nuit du pardon de Massoud Bakhshi (7 octobre 2020)

Mais tout d’abord deux livres publiés par les éditions Ab Irato, L’autre côté des nuages d’Alain Joubert, auteur du

Cinéma des surréalistes

dont nous avons parlé dans les chroniques, et des contes-nouvelles, dix-huit, de Manuel Anceau, qui s’intitulent Lormain.

L’Autre côté des nuages , Alain Joubert
Pourquoi ?
Des poèmes inédits, des proses poétiques rassemblées dans ce recueil, l’Autre côté des nuages, mêlé.es sans chronologie, dans un désordre spontané au fil des mots et des climats, des ambiances… Poésie, écriture automatique, le surréalisme par l’écriture… Voilà, comme dit Alain, un montage pour le plaisir d’une musicalité des mots, des mots qui évoquent des moments, des histoires,… des Chants désespérés
L’Autre côté des nuages, Alain Joubert
Les Chants désespérés
Certaines de ces histoires se déroulent telles des idées de synopsis, des traces scénarisées de quelqu’un qui vit de cinéma et d’images évanescentes… L’Autre côté des nuages… Un beau titre pour ces flashes de mots, en quelque sorte des intrusions de l’imagination dans le réel !
L’Autre côté des nuages, Alain Joubert
Parce que c’était lui
Et maintenant, un voyage ?
Du point de fuite comme trafic d’influence
Suivi d’un récit de vie, La Belle vie… Si l’on peut dire…
L’Autre côté des nuages d’Alain Joubert (éditions Ab Irato)
Solo/ L’Émoi, les mots… On revient aux mots toujours et la boucle est bouclée ?
C’était difficile de choisir les lectures : j’aimais beaucoup la Chanson-pirate, Temps mort bien sûr, où tout est noir !
Clin d’œil cinématographique : Les Petites marguerites de Véra Chytilova (1966), le film ressort en copie restaurée (Malavida)…

Lormain de Manuel Anceau (Ab Irato)

Également aux éditions Ab Irato, Lormain, second recueil de contes de Manuel Anceau. Il en réunit dix-huit. Son titre est emprunté, comme le précédent recueil, Livaine, à l’une des nouvelles — pardon contes, parce que Manuel Anceau préfère le terme de conte à celui de nouvelle —, le terme permet, souligne-t-il, « d’engendrer l’imaginaire loin des visées purement réalistes ».
Les contes donc s’ouvrent aux rêves qui font écho à un espace où se mêlent réel et imaginaire. Certains contes restent très ancrés dans la réalité tandis que d’autres oscillent continuellement entre réalité et songe.

La solitude, la rupture, la mise à l’écart, la recherche d’un bonheur enfui, le mystère sont des thèmes récurrents dans son œuvre. De même qu’interviennent le fantastique et la symbolique d’un passé perdu.
Voici deux extraits des contes : Lormain s’enchaînant avec Quintin

Lormain, Navoine, l’Épouvantail, Race pure, le Veilleur de nuit, Quintin, les Autres jours, Lilo, une Poignée de terre, Iseut, Nombre d’or, Nascien, Lune de miel, Fosse commune, Fuseaux horaires, Lancières, Norvenne, le Rendez-vous…

Maternal de Maura Delpero (7 octobre 2020)

« En Argentine, l’avortement est interdit. Il est pratiqué illégalement et en plus d’être risqué, c’est une pratique très coûteuse. Cela crée immédiatement une frontière entre filles riches et filles pauvres. Dans le film, je ne l’évoque pas directement [souligne Maura Delpero], mais c’est le contexte de départ. Je ne voulais pas faire un film ouvertement politique. Et pourtant, ça l’est, même indirectement, même dans les choix esthétiques, comme celui d’une caméra fixe, d’une direction presque austère. Il s’agit de choisir là où vous placez l’accent et le niveau de dignité que vous décidez de donner à vos personnages. En Argentine, lorsqu’une femme décide d’avorter, elle dépend de ses propres capacités économiques pour le faire de manière sûre. Et en le faisant elle peut être emprisonnée ! Le droit à un avortement légal, sûr et gratuit, n’est pas ouvertement clamé dans le film, mais vous pouvez le lire entre les lignes. »

Luciana et Fatima sont deux très jeunes mères de 17 ans qui vivent dans un foyer tenu par des religieuses, à Buenos Aires. Luciana est fantasque — une rebelle sans cause —, immature et imprévue, tandis que Fatima, enceinte d’un second bébé, se veut responsable et suit les règles du foyer bien qu’elle ait vécu un drame au sein de sa famille. Le secret est lourd et elle refuse d’en parler. Arrivant d’Italie, Paola est nouvelle et en attente de prononcer ses vœux. Au contact des jeunes femmes mineures du foyer et de leurs enfants, Paola ressent un trouble qu’elle ignorait jusqu’à présent, notamment en s’attachant à la petite fille de Luciana, Nina.

Lorsque Luciana fugue du foyer pour retrouver ses ami.es et un copain qui la maltraite, la petite Nina se tourne vers Paola pour trouver l’affection qui lui manque. Fatima accouche d’une petite fille. Luciana revient au foyer, après avoir été tabassée par son petit ami, mais cette fois les sœurs n’acceptent plus ses fugues à répétition, elles la renvoient du foyer et la menacent de parler de son cas au juge pour enfants.

Maternal met en scène trois femmes, dont deux sont mères depuis leur adolescence. Ce sont trois rapports à la maternité en raison de la pression sociale, trois choix à assumer… Leur rencontre va profondément changer chacune d’entre elles.
Dès le début du film, on pense au personnage du film de Pawel Pawlikowski, Ida, où avant de prononcer ses vœux, une novice doit se confronter à la réalité et à l’histoire de sa famille. L’expérience de Paola est certes différente de celle d’Ida, puisque tout se passe à l’intérieur du foyer et n’est pas dans le même contexte historique. Néanmoins, sa décision est tout aussi cruciale parce qu’elle détermine sa vie, de même le choix que feront les deux jeunes mères.

Tout en nuances et en subtilité, le film porte une réflexion profonde sur ce qu’est la maternité, le patriarcat, les pressions sociales et les différences de classes. La fin est ouverte, le film s’interrompant sur le regard de Luciana derrière la vitre du taxi. Métaphore d’un nouveau départ, d’une nouvelle vie ?
Voici la première partie d’un entretien avec Maura Delpero… Le film est en salles le 7 octobre.

Restons en Amérique du Sud avec un film documentaire de Marcelo Gomes, qui sort également le 7 octobre :
En attendant le carnaval. Film documentaire de Marcelo Gomes

Situé dans la région du Nord Este du Brésil, le petit village de Toritama est connu pour être la capitale des jeans et de leur confection en tous genres. Véritable microcosme du capitalisme, il se vend là-bas, chaque année, plus de 20 millions de paires de jeans produites dans des hangars improvisés, en ateliers de fortune, dans la rue, en fait partout. Les hommes et les femmes travaillent sans arrêt, revendiquant le fait d’être maîtres de leur temps… En apparence bien sûr vu la cadence du boulot qui fait plutôt figure d’aliénation, même si elle est soi-disant choisie.

Cependant lorsqu’arrive le temps du Carnaval — seul loisir de l’année —, la logique de l’accumulation des biens s’enraye, tout le monde vend ses affaires, même son outil de travail — les machines à coudre — et se rue vers les plages…

Une semaine d’illusion de bonheur avant de retourner à un travail mécanique et aliénant : confectionner des jeans, classiques, délavés, déchirés selon la mode et les commandes… Et cela sans pause jusqu’au prochain carnaval.
En attendant le carnaval de Marcelo Gomes est sur les écrans le 7 octobre)

Et pour terminer les chroniques, un excellent film iranien
Yalda. La nuit du pardon de Massoud Bakhshi (7 octobre 2020)

Maryam, 22 ans, tue accidentellement son époux de 65 ans. Elle est condamnée à mort et la seule personne susceptible de la sauver est la fille du défunt. S’organise alors une émission de téléréalité où les deux femmes se retrouvent face à face, en direct, devant des millions de spectateurs et spectatrices, qui peuvent voter pour le pardon de Maryam ou bien sa mort. Le nombre de votes suscitant une somme à verser à Mona, le prix du pardon.

Une fiction ? Non pas vraiment, une émission semblable a inspiré le film : « C’est un des grands succès de la programmation du mois de Ramadan en Iran. Un ami [confie le réalisateur] m’a conseillé de la regarder. J’ai été bouleversé : la vie et la mort d’un être comme sujet d’un show télévisé en direct ! » Les deux femmes s’affrontent et l’on voit immédiatement la différence de classes qui séparent Mona de Maryam, la bourgeoise sûre d’elle-même, et la fille de chauffeur qui a épousé le riche publicitaire selon un contrat de mariage temporaire, pratique qui date du début de l’Islam.

La loi du talion, « Œil pour œil, dent pour dent » est au cœur du film et fait partie de la loi islamique. Le « film de procès » invite le public à s’interroger sur sa place de juge. C’est aussi « renvoyer la question à la posture morale de l’État. Où donc est la morale de ce suspense entre vie et mort dans le kitsch et l’émotion tire-larmes, au prétexte du pardon ? »

Le film, qui se déroule en huis clos dans les locaux de la télévision, côté coulisses et côté public, génère une réflexion sur ce type d’émissions télévisées et le spectacle qu’elles créent pour augmenter son audimat. Une fois l’émission terminée, le show oublie ses « vedettes d’un moment » et le plan de fin est particulièrement symbolique de la société du spectacle et de son inhumanité.

Un film oppressant remarquablement interprété et très important, car au-delà de la société iranienne, il provoque une réflexion universelle sur l’instrumentalisation de l’émotion et la manipulation de masse.
Yalda. La nuit du pardon de Massoud Bakhshi (7 octobre 2020)

Cinéma la clef revival, 34 rue Daubenton, Paris 5e, à 19h00 (ouverture des portes à 18h30), projection en présence du réalisateur et de cinéastes de l’association L’Abominable
LES SOVIETS PLUS L’ÉLÉCTRICITÉ de Nicolas REY
Entrée à prix libre. 120 places dans la salle