Le garrot pour deux innocents. L’affaire Delgado-Granado

Carlos Fonseca (éditions CNT), avec Octavio Alberola et Daniel Pinos.
dimanche 27 janvier 2008
par  CP
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Le film, Un crime légal : l’affaire Granado-Delgado , projeté à l’Espace Louise Michel en mars dernier, nous a déjà permis d’évoquer, en compagnie d’Antonio Martin et de Daniel Pinos, L’Affaire Delgado-Granado. Cette affaire — avec la condamnation inique de deux innocents — n’a pas fini de revisiter la dictature franquiste.
Franco s’appuyait sur l’armée, la phalange et l’Église pour perpétrer une répression sanglante contre toute opposition et, en particulier, contre les libertaires.

Avec la guerre froide, le régime franquiste — d’abord écarté de la scène internationale — établit des relations diplomatiques avec différents pays, et des accords avec les États-Unis pour l’installation de bases militaires en Espagne. L’ONU lève son véto contre la dictature franquiste considérée, après la victoire alliée, comme un pays “ fasciste ” “ organisé et implanté en grande partie grâce à l’aide de l’Allemagne nazie et de l’Italie fasciste de Mussolini ”.

Dans les années 1960, une autre génération d’anarchistes et de cénétistes — parfois les enfants de ceux et celles qui avaient lutté et combattu pendant la révolution espagnole — s’engagent dans la résistance antifranquiste, depuis l’exil, pour mettre fin à la dictature de Franco.
C’est dans ce contexte que se situe l’affaire Granado-Delgado.

Le 29 juillet 1963, deux attentats sont commis à Madrid : un à la Direction générale de la Sécurité et un autre au siège des syndicats phalangistes. Deux anarchistes, Francisco Granado et Joaquin Delgado, sont rapidement arrêtés. Les autorités franquistes les accusent d’être les responsables de ces attentats. Jugés de manière expéditive par le Conseil de guerre du Tribunal militaire spécial des activités extrémistes, ils sont condamnés à mort malgré le démenti de l’organisation secrète libertaire, le DI (Defensa Interior), qui affirme que les deux véritables auteurs des attentats sont déjà en sécurité en France.
Mais le régime franquiste veut faire payer l’affront, même à deux innocents : "Il convient de donner une leçon aux ennemis de la patrie et la grâce pourrait être interprétée comme un geste de faiblesse du régime. […] Le Caudillo continue de régner d’une main de fer sur le pays."

Le 17 août 1963, dans la prison de Carabanchel, à Madrid, Francisco Granado et Joaquin Delgado sont exécutés au garrot.
Le garrot pour deux innocents. L’affaire Delgado-Granado de Carlos Fonseca est une véritable enquête sur les faits et sur le fonctionnement de la dictature franquiste. La description minutieuse, et même clinique, du garrot transcrit l’horreur de l’exécution de deux innocents, et des nombreux résistants antifranquistes.

La contribution de ce livre à la mémoire collective de la lutte antifranquiste est importante pour dénoncer la Justice franquiste et — comme le demande le Groupe pour la révision du procès Granado-Delgado — pour "réhabiliter la mémoire des victimes de la répression franquiste : les fusillés et enterrés dans des fosses communes, les personnes disparues, les condamnés aux travaux forcés, les exilés."