La gauche et les cités. Enquête sur un rendez-vous manqué

Olivier Masclet (La Dispute). Avec Olivier Masclet et Jean-Pierre Garnier
lundi 18 février 2008
par  CP
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L’ouvrage d’Olivier Masclet — très intéressant par le descriptif de l’évolution d’un quartier de Gennevilliers depuis les années 1950 jusqu’à aujourd’hui — est passionnant par les questions qui se posent au fur et à mesure de sa lecture.
La première question tient déjà au titre.
Pourquoi un “ rendez-vous manqué ” avec la gauche ?

Après la description faite de la population immigrée et de ses rapports avec la municipalité communiste durant les cinquante dernières années, il semble difficile d’imaginer que cela ait pu générer une rencontre ou un échange réel entre les représentants politiques locaux et la population immigrée, et moins encore une quelconque amorce de “ démocratie directe ”.

La situation reflète d’ailleurs un contexte général des banlieues, qui n’est pas spécifique à la ville de Gennevilliers.
Quant à la “ fracture sociale ”, mise à la mode par le discours électoral, ne s’agit-il pas plutôt de différences de classes — bien que le terme soit abandonné et relégué aux oubliettes — ou même de lutte des classes ? Car dans ce quartier du Luth — qui ne date que d’une trentaine d’années — on voit resurgir la notion de “ classe dangereuse ” sans qu’elle soit pour autant “ laborieuse ” puisque le chômage y est la préoccupation centrale.
Une préoccupation exprimée clairement par les jeunes de la cité du Luth :
C’est pas des flics qu’on veut, c’est du boulot ”,
Y’a rien pour les jeunes dans cette cité ”,
c’est le chômage qu’il faut condamner !

Mais la réponse des autorités locales revient, finalement, à la “ gestion territoriale de la marginalisation de masse ”.
Les notions de “ reconquête ” et de “ diversification sociale ” qui, depuis longtemps, apparaissaient dans les projets d’aménagement des banlieues, sont des leurres dont les enjeux sont démontés dans le livre d’Olivier Masclet.
Même refait à neuf, le Luth a peu de chances d’attirer les couches sociales dotées d’assez de capital économique et de capital scolaire pour valoriser la proximité résidentielle des cultures étrangères ou le mélange des traditions.

La “ mixité ”, autre mot en vogue, pour lutter contre le “ communautarisme ” : une solution ? Cela ressemble plutôt aux concepts falsifiés pour détourner l’analyse de classe et travestir les diverses stratégies sécuritaires.
Quant à la politisation des jeunes, il faudrait d’abord revenir sur la définition même du terme.
Au fait, il s’agissait d’un rendez-vous, mais lequel ?


Émission rediffusée le samedi 3 janvier 2004