Les ouvrières de la mer. Histoire des sardinières du littoral breton

Anne-Denes MARTIN (L’Harmattan, 1994)
jeudi 6 mars 2008
par  CP
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Les ouvrières de la mer. Histoire des sardinières du littoral breton , est un livre de la parole des femmes, celles qui traditionnellement se taisent. Un livre de témoignages rares, “riches d’un passé de luttes et de labeur”, importants pour “la communauté tout entière”.

Si l’on garde en mémoire l’image des épouses de marins dans l’attente du retour des bateaux, les sardinières de Douarnenez apportent une note bien différente à cette représentation de la femme bretonne. Femmes de pêcheurs et ouvrières travaillant dans les conserveries de 12 à 14 heures par jour en pleine saison de la sardine et du thon. Rien à voir avec l’image d’Épinal de la pleureuse à l’œil rivé sur la mer.

Il ne manque pas d’études sur les pêcheurs ou les ouvriers, mais il en existe peu sur les ouvrières de la mer, ces femmes qui n’ont guère d’autre choix que de prendre le chemin de la conserverie pour échapper à la misère. Des femmes déterminées qui se mettent en grève en 1924 pour obtenir une augmentation des salaires et de meilleures conditions de travail. Le mouvement dure six semaines, mobilise 10 000 personnes et entraîne un arrêt de travail des pêcheurs. L’histoire officielle ne reconnaîtra cependant pas l’importance de leur initiative : “Quand les femmes font l’histoire, ce sont les hommes qui l’écrivent.

Anne-Denes Martin rapporte les paroles de ces femmes, leur courage et s’interroge sur leur détermination. “Ce pouvoir des femmes, d’où leur vient-il ? De toutes les tâches accomplies qui leur donnent une sorte d’autorité morale ?” Certainement de leur énergie au quotidien contre “la vie dure” et la misère ; une énergie “qu’elles transfèrent dans un combat pour un salaire plus juste”. Le combat au quotidien est présent dans tous les témoignages, celui des filles, des mères et des aïeules.

Des femmes qui luttent depuis plusieurs générations. Le premier conflit social date de 1905 : “Un comité d’ouvrières issu du syndicat est chargé de dialoguer avec les usiniers” avec à sa tête une femme qui doit “convaincre le patronat du bien fondé de leurs revendications”. Le conflit dure 8 mois, mais elles obtiennent d’être “payées à l’heure et non au mille”. Par la suite, beaucoup de syndicalistes ne trouvent plus de travail à Douarnenez. “Si elles n’étaient pas pratiquantes, les femmes n’auraient pas trouvé de travail à la méta. On devenait rouge par la haine, par la misère.” Après 1925, les femmes étaient “rouges”.

La documentation et les témoignages recueillis restituent des pans d’une histoire oubliée. Mémoire de la ville de Douarnenez et du mouvement de 1924 mené par les sardinières, l’ouvrage est une enquête passionnante sur des femmes en lutte contre le poids de la religion, du patronat et de la misère.
octobre 1996