La police hors la loi. Des milliers de bavures sans ordonnances depuis 1968

Maurice RAJSFUS (Cherche midi éditeur, 1996)
dimanche 23 mars 2008
par  CP
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23 août 1996. Les forces de l’ordre attaquent des enfants, des femmes et des hommes grévistes de la faim dans l’église Saint-Bernard. Personne n’est près d’oublier les coups de hache pour fracasser la porte, la frayeur des enfants réveillés en sursaut ou la violence des flics dans les manifestations pour les sans-papiers les 25 et 29 août. « Violence gratuite » pouvait-on lire dans la presse [1] qui décrivait la rafle. Grenades lacrymogènes lancées dans les bars, grenades à grenaille contre les manifestants, charges à la matraque, blessés parmi les passants…

Après les événements du 23 août 1996 où les forces de l’ordre ont pénétré dans l’église Saint-Bernard en fracassant la porte à coups de hache pour en faire sortir les grévistes de la faim, les familles et les sympathisants du mouvement des sans-papiers, après les violences policières dans les manifestations de soutien qui ont suivi les 25 et 29 août, en particulier les rafles dans le quartier de Belleville avec charges à la matraque et lacrymogènes, on saisit l’importance et le courage d’un livre comme La police hors la loi. Des milliers de bavures sans ordonnances depuis 1968.

La police hors la loi … À partir d’une masse de détails empiriques, on gagne une perspective globale des abus et des bavures policières.
Qu’il s’agisse de Makomé, de Malik ou d’autres « bavures », il est question ici de meurtres.
Le port de l’uniforme et d’arme signifie-t-il le droit de tuer ?
La police s’arroge tous les droits pour réprimer au nom de l’ordre et se sait protégée par le pouvoir qui l’utilise. La raison d’État justifie « la tradition répressive de la police républicaine ».

Après La police de Vichy. Les forces de l’ordre françaises au service de la Gestapo, et Drancy, un camp de concentration très ordinaire, Maurice Rajsfus publie aujourd’hui La police hors la loi . Sont recensés dans cet ouvrage des milliers de faits divers qui donnent froid dans le dos. Depuis 1968, la police se surpasse en lâchant policiers et gardes mobiles contre les manifestants.

« Quelle différence peut-il bien y avoir entre un policier participant à une charge lors d’une manifestation ouvrière et son collègue qui, quelques années plus tard, se livre à la chasse aux Juifs ? » questionnait déjà Maurice Rajsfus dans La police de Vichy. Le pouvoir peut changer, mais « la logique policière échappe aux considérations politiciennes, dès lors que la mission de maintien de l’ordre est suffisamment cohérente pour rester répressive. Peu importe le système qui donne les ordres, si la matraque est au bout de l’ordre reçu. »

L’idéologie de la police et son comportement quotidien, le pouvoir des policiers et leurs liens avec le FN, tout est passé au crible de l’analyse des coupures de journaux relatant les violences policières, les abus perpétrés par les “gardiens de la paix” et les parodies de justice.

De faits divers sanglants en bavures, de dérapages en harcèlements, de délits en meurtres… C’est une litanie des horreurs qui défilent au cours des pages. Et l’on peut lire les déclarations d’un ministre de l’Intérieur parler de la nécessité de « construire une police nationale apte à affronter les turbulences du XXIème siècle. » Big Brother et ses vidéos de surveillance sont banalisés !

La police, un état dans l’État ? 250 000 policiers armés et nantis de pouvoirs exhorbitants et arbitraires (130 000 dans la police nationale, gendarmes, douaniers). Tous ces fonctionnaires de l’ordre forment une contre-société
avec un esprit de corps à toute épreuve. D’où le danger de dérive totalitaire quand les policiers dépassent leur fonction, jouent les justiciers ou adoptent l’idéologie de l’extrême-droite.

L’utilisation de l’arme de service dans la vie civile est courante puisque sous Joxe, il a été possible d’acheter son arme. Certains policiers possèdent de véritables arsenaux et se servent de balles quadrillées. Le symbole de l’arme, son pouvoir, le manque de formation des policiers de base amènent à outrepasser les droits de la fonction. De là, les bavures quotidiennes et ordinaires : contrôle au faciès, tutoiement et insultes. Qui osera se plaindre
ou se rebeller ?

À la lecture de La police hors la loi , on finit par se le demander. Le bulletin mensuel de l’Observatoire des Libertés Publiques, Que fait la police ?  [2] qui dénonce les bavures policières et la banalisation de l’abus de pouvoir policier, est dèjà un moyen de témoigner et c’est aussi une manière de résister et de dire non. Non aux dérives totalitaires du pouvoir en général et du pouvoir policier en particulier.

L’idéologie sécuritaire gagne du terrain avec en toile de fond les lois antiterroristes et anti-immigrés, c’est pourquoi il faut lire La police hors la loi , document courageux et implacable contre la haine, la discrimination, la chasse au faciès, les « bavures »… les meurtres.


Femmes libres (mercredi 9 octobre 1996), Ras les murs (mercredi 16 octobre 1996) et Chroniques rebelles (samedi 26 octobre 1996) donnent la parole à Maurice Rajsfus sur Radio libertaire et proposent un Forum à Publico le 26 octobre à 16h30.


[1Libération et Le Monde, 3 et 4 septembre 1996.

[2Créé en avril 1994, l’Observatoire des Libertés Publiques est animé par Maurice Rajfus et publie tous les mois Que fait la police ? 7 et 9 rue Dagorno, 75020 Paris. Que fait la police ? paraît depuis 2006 en ligne.