Liban déchiré

Documentaire sonore et témoignages de femmes
dimanche 24 août 2008
par  ps
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« Les lumières de Beyrouth scintillaient comme des étoiles échouées dans la mer. […] "Tu vois, la folie de là-bas contre laquelle je te mettais en garde est venue jusqu’ici." […] Était-ce la folie qui était venue à nous ce jour-là ou nous qui étions venus à elle ? Avait-elle vraiment fait irruption dans notre vie et dans nos cœurs ? Chacun de nous ne l’aurait-il pas plutôt nourrie et laissé croître en lui ? Est-ce ainsi que s’édifie une nation ? Je ne savais que faire face à ces bruits qui se rapprochaient toujours, jusqu’à engloutir toute certitude. »

Imane Humaydane Younes, Ville à vif (Verticales).

Les Chroniques rebelles ont reçu Imane Humaydane Younes à la sortie de son livre en 2004. Livre sur les traces laissées par la guerre avec quatre femmes qui la subissent et la racontent.

Aujourd’hui, nous diffusons un documentaire sonore réalisé par May où deux femmes témoignent sur la guerre en continu qui échappe aux populations.
L’une d’elle explique le quotidien de la guerre, des tensions, comment vivre, les traces indélébiles de la violence, les repères engloutis, le regard douloureux, les problèmes latents. L’autre tient en quelque sorte le rôle de coryphée en disant des textes.

C’est la rentrée des Chroniques rebelles avec un sujet grave dont nous parlons fréquemment, le Moyen-Orient, et cette fois le Liban.

Si cette région est quasiment en permanence sur le devant de la scène médiatique, c’est toujours dans le contexte d’un conflit, d’un massacre, d’une guerre qui devient presque « banale » aux infos.
Mais sur Radio Libertaire, une autre information nous paraît essentielle pour comprendre ce qui se passe dans cette partie du monde, une des plus filmées constate Philippe Aractingi, réalisateur du film Sous les bombes.

Il faut parler de la guerre qui déshumanise, de ses traces sur les personnes, sur la société, cela avec des regards critiques, des regards croisés sur la situation, le vécu des populations hors des déclarations officielles et emphatiques destinées à faire de l’audience ou de l’électorat.

Pour tout le monde, le Moyen-Orient est identifié comme une zone de tensions, de guerres et de massacres. La violence y devient-elle la normalité ?

Si Beyrouth, ville en reconstruction perpétuelle, veut effacer les traces des combats, la mémoire des morts, des disparu-e-s, la violence latente demeure et peut à tout moment rejaillir… Encore une fois, le cinéma fait œuvre de témoignage avec le film de Michel Kammoun, Falafel, actuellement sur les écrans.

Partir ? Beaucoup en rêvent. Mais ce petit pays où se heurtent des enjeux internationaux complexes ne se quitte pas ainsi. Les barrières entre l’Orient et l’Occident se font de plus difficiles à franchir. Bien des rêves s’arrêtent au passeport.

Après le documentaire, nous aborderons avec May ces espaces critiques qui demeurent au Liban dans la littérature, le cinéma ou la chanson. À croire que la parole se réapproprie au sein de ces espaces qui échappent à l’histoire officielle, à l’amnésie officielle devrais-je peut-être dire…

Photos de May.