Ken Knabb dans les Chroniques rebelles : SECRETS PUBLICS. Escarmouches choisies (Sulliver). Éloge de Kenneth Rexroth (ACL). La Joie de la révolution (Sabotart édition).

Avec Ken Knabb, Hélène Fleury, François Lonchampt, Isabelle Dubois.
samedi 4 octobre 2008
par  ps
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SECRETS PUBLICS. Escarmouches choisies de Ken Knabb (Sulliver)
Traducteur états-unien des films de Guy Debord et d’une anthologie de l’Internationale Situationniste, Ken Knabb pose un précieux regard, à la fois sympathique et critique, sur "l’autre Amérique", surtout sur les aspects les plus radicaux et les plus méconnus des années 1960.

Ses Secrets publics résument l’expérience de plusieurs décennies d’activités visant une transformation fondamentale de la société. Knabb évite les formules dogmatiques et les slogans creux, pour examiner aussi bien les difficultés que les possibilités d’une telle transformation. Il le fait avec précision, dans une langue claire et dans un style direct, en essayant de briser les rigidités qui tendent à se développer dans les milieux radicaux, et d’y apporter un peu d’humilité, d’humour et de bon sens.

La Joie de la révolution (Sabotart édition-Canada)

La propagande est l’une des clés pour s’assurer de la passivité des populations et elle a atteint un niveau de sophistication incroyable. « Plus la machine sociale produit d’aliénation, plus l’énergie sociale doit être canalisée pour en assurer la bonne marche. Encore plus de publicités pour vendre des marchandises superflues, plus d’idéologies pour embobiner les gens, plus de spectacles pour les pacifier, plus de police et de prisons pour réprimer le crime et la révolte, plus d’armes pour les États rivaux… »

Sur ce constat, Ken Knabb ne transige pas : « La révolution moderne, c’est tout ou rien. » Car «  Il est aussi vain d’essayer d’égaliser les conditions économiques par l’action d’une bureaucratie étatique, que d’essayer de démocratiser la société alors que le pouvoir de l’argent permet à la minorité riche de dominer les institutions qui déterminent la conscience des réalités sociales. » Ken Knabb, La Joie de la Révolution .

À la lecture des textes de Ken Knabb — essayiste et auteur antiautoritaire, anarchiste et situationniste, traducteur aux États-Unis des films de Guy Debord —, à la lecture de ses textes, de nombreuses questions viennent à l’esprit par rapport à son principe de « favoriser la lucidité », au fait d’utiliser sa propre expérience comme matière première de réflexion et bien sûr à propos de la pratique révolutionnaire.

D’ailleurs, la Révolution est-elle, selon lui, encore possible ? Quels sont les mouvements alternatifs, ici, outre atlantique et ailleurs, qui remettent le système en question ? Dans les situations radicales, comment organiser des assemblées, l’équivalent de Conseils ouvriers ? Les gens ne sont pas préparés aux situations révolutionnaires écrit Knabb. Alors comment s’y préparer tout en gardant à l’esprit que la prise de conscience commence par « ne plus fétichiser les héros » et les héroïnes ?

Ni Dieu, ni maître, ni héros, ni héroïne, ni gourou, ni fétiche !
Ou comment favoriser la lucidité ? Ce qui serait sans doute l’une des premières questions car l’obstacle récurrent à la Révolution, «  le seul obstacle est l’inconscience des gens quant à leur pouvoir collectif potentiel. »

En effet, « Une révolution antihiérarchique exige que les gens cessent d’être des masses homogènes et manipulables, qu’ils dépassent la servilité et l’inconscience qui les rendent objets de telles prévisions mécanistes. »
Mais comment initier un mouvement qui amène la majorité silencieuse très souvent terrorisée à découvrir et à montrer sa force collective à travers des actions « ordinaires » ?

Reste le facteur exponentiel de la prise de conscience et d’une résistance multiforme qui paraît émerger dans des moments, ou des situations parfois imprévisibles. Et pour reprendre les paroles d’une chanson de Percy Shelley :
« Secouez vos chaînes ! Vous êtes beaucoup et ils sont peu ! »

« Les situations radicales [autrement dit les conjonctures révolutionnaires] sont des moments rares où le changement qualitatif devient vraiment possible. » Profitons-en ! Mais comme l’écrivait Marie-Louise Berneri dans Voyage en Utopie, « Toutes les utopies sont, bien sûr, l’expression de préférences personnelles ».

Alors se pose la question essentielle de l’après Révolution et de comment s’organiser dans une situation post-révolutionnaire ?

Radio Libertaire, la radio sans dieu, sans publicité, sans maître, sans héros ni héroïne, sans gourou ni fétiche !

Tous les écrits et toutes les traductions de Ken Knabb se trouvent sur son site Bureau of Public Secrets : www.bopsecrets.org
(en français, anglais, espagnol)

La Joie de la Révolution doit paraître prochainement en France.

Éloge de Kenneth Rexroth de Ken Knabb (Atelier de création libertaire)

Kenneth Rexroth est né dans l’Indiana en 1905, dans une famille d’antiesclavagistes, de socialistes, d’anarchistes, de féministes et de libres penseurs. Travaillant d’abord comme reporter, puis dans une boîte de jazz, il se mêle aux musiciens, aux artistes, aux écrivains, aux radicaux et aux excentriques du monde de la bohème des années 1920.

Véritable autodidacte, il lit énormément, se met à la poésie, à la peinture abstraite, au théâtre d’avant-garde, et entreprend l’étude de plusieurs langues.

À vingt ans, il a déjà parcouru tout le pays en auto-stop, travaillant l’été dans l’Ouest comme garçon d’écurie ou cuisinier pour des cow-boys, et dans des fermes et des camps de bûcherons.

Ces aventures précoces, il les raconte dans An Autobiographical Novel, où paraissent Louis Armstrong, Alexandre Berkman, Eugène Debs, Marcel Duchamp, Emma Goldman, D. H. Lawrence, Diego Rivera, Sacco et Vanzetti, sans parler des innombrables anarchistes, communistes, wobblies, dadaïstes, surréalistes, occultistes, prostituées, escrocs, flics, juges, geôliers, vagabonds, paysans, montagnards, bûcherons, cow-boys, Indiens...

Il s’installe à San Francisco en 1927. Dans les années 1930 et 1940, il joue un rôle actif dans toutes sortes de groupes libertaires, antiracistes et pacifistes. Il est objecteur de conscience pendant la Seconde Guerre mondiale.

Dans les années 1950 et 1960, il écrit des poèmes, des pièces de théâtre et des essais , traduit de la poésie, fait des lectures et des comptes rendus de livres à la radio altemative et inaugure la lecture de poèmes accompagnée de jazz. Il meurt en 1982.