Kabylie belle et rebelle de Yazid Bekka et Yalla Seddiki (Non Lieu)

Samedi 11 novembre 2006.
dimanche 7 décembre 2008
par  CP
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Des mots et des visages, des regards et des paroles subversives, des luttes et des critiques et, pour fil rouge, la Kabylie… Belle et rebelle.

Ce livre est un voyage en pays amazighe. Découverte, mémoire, contestation, revendications de liberté, témoignages, résistance culturelle, critique de la répression étatique et de la violence :

« Ils ont apporté les troubles,

Et les corbeilles d’opium.

Vers la terre de nos ancêtres

Ils engagèrent leurs pas.

[…]

Le troupeau est lâché,

Les chacals sont aux aguets.

La hideur d’une liberté pervertie

A fait leur union.

À semblable liberté

L’oppression d’hier est préférable.

Certes nous peuplions les geôles,

Le chemin au moins nous était visible.

Les ténèbres se répandent

Et les ventres sont vides.

Les mosquées s’érigent,

S’abritent à l’ombre de la disette.

Les mosquées s’érigent,

La disette les fera pulluler. »

Lounès Matoub, Les Monstres.

Lounès Matoub, opposant radical au terrorisme d’État et aux islamistes, a été assassiné le 25 juin 1998.

« Une figure, une voix, une mélodie, quelques mots, accessibles aux exclus de l’histoire, [qui] se dressent comme autant de sommations pour briser les ailes à l’oiseau de mauvais augure. » Et la voix des femmes qui, comme Nouara, apostrophent un pouvoir patriarcal qui les étouffe :

« Vous avez chanté ma beauté

Vous avez chanté l’honneur que je porte

Mais nul ne s’est souvenu de mes droits

Je suis comptée parmi le bétail

Aujourd’hui que s’ouvrent enfin mes yeux

Je veux avec vous faire les comptes. »

Kabylie belle et rebelle … Le livre présente des textes — en bilingue — traduits par Yalla Seddiki, et des photographies de Yazid Bekka « pour retarder le temps, pour arrêter la mort, sur un instant, un regard, une situation qui continuent à vivre dans le souvenir. »

Retarder le temps, mais aussi regarder une société en mouvement, en évolution, en résistance… « Aussi loin que remonte la mémoire de ceux que l’on appelle les Kabyles, la parole transmise jusque dans le secret et la terreur demeure la sentinelle qui avive la conscience. »