Le concert médiatique sur l’insertion, la violence urbaine et la citoyenneté. Ou comment évacuer la responsabilité du système grâce aux médias de la pensée unique.

Samedi 7 février 1998
dimanche 28 décembre 2008
par  CP
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Insertion, citoyenneté, violence urbaine…
Ces mots employés constamment, la plupart du temps avec un air inspiré, ou lus dans la presse ne sont pas des constats. Ils soulèvent des interrogations, par exemple sur la manipulation, sur l’occultation du fait que le système produit cette violence, sur la pensée unique hyper-médiatisée qui s’active pour faire oublier que le capitalisme fonctionne grâce au chômage, ou encore sur la prise en charge du minimum vital qui s’inscrit dans un processus de soupape de sécurité…

"Liberté, Urbanité, Sécurité" et Vive le libre marché dont le "règne est synonyme de précarisation et de marginalisation pour une part croissante de la population", Jean-Pierre Garnier, auteur de Des barbares dans la cité et de La bourse ou la ville.

La "sécurité", c’est quoi ? L’ordre public et social ? Traduisez : que les chômeurs, que les laissés pour compte ferment leur gueule ! Ça fait désordre quand les chômeurs refusent de se taire, revendiquent des droits et se rebellent contre la barbarie du système.

De débat de fond sur les problèmes qui découlent des inégalités croissantes : Point. Le système basé sur l’exploitation et la "tyrannie du marché" n’est pas évoquée… un peu d’aliénation et on passe à autre chose. Au foot par exemple, après le pape et la princesse !

Parmi les mots qui revenaient le plus souvent dans les médias lors du mouvement des chômeurs, en voici quelques uns extraits du lexique de Raoul Vilette, Le marché des mots/Les mots du marché :

Emploi : Modèle historique de servitude volontaire, tombé en décadence, dans lequel les hommes se laissent déposséder du fruit de leur travail en échange d’un revenu régulier. 2) Nombre de travailleurs admis à recevoir des revenus de type salarial, en fonction des besoins variables des entreprises. 3) Par extension, l’intérêt du patronat.

Réduction du temps de travail : Arme absolue de réduction des salaires. L’opération réclame la collaboration d’au moins un syndicat qui, en alternant chantage à l’emploi et appels à la solidarité, fera accepter au personnel l’introduction du travail en équipes, ainsi que la suppression des horaires fixes, des journées de repos consécutives, des heures supplémentaires rémunérées et autres abandons, compensés par une petite diminution du temps de travail global.

Employabilité : Ensemble des raisons qui font penser à un employeur qu’un demandeur d’emploi se laissera exploiter sans protester. 2) Critère de discrimination entre ceux qui méritent un emploi rétribué, sans pouvoir forcément l’obtenir, et tous les autres qui ne seront bientôt plus, de ce fait, comptabilisés comme chômeurs.

Insertion : Gouvernement et surveillance de la misère. 2) Second marché du travail, caractérisé par ses rémunérations dérisoires et son absence de protections juridiques et sociales. 3) Débouché possible à l’usage des travailleurs sociaux en reconversion, des associations et des PME périclitantes, car subventionné par l’État.

Assistés : Hommes et femmes dont l’État estime qu’ils coûtent plus cher qu’ils ne rapportent, et qu’il voudrait condamner aux "travaux d’intérêt général". Par extension, les salariés qui s’obstinent à vouloir conserver leurs "conquêtes sociales". À ne pas confondre avec les patrons bénéficiaires d’exonérations sociales et fiscales, plus généralement qualifiés de "défenseurs de l’emploi".

Solidarité : 1) Injonction faite aux pauvres de partager leurs ressources avec les plus pauvres qu’eux. 2) Forme moderne de la charité. 3) Parfois encore, transfert de revenus opéré, avec modération, des riches vers les pauvres.

Alors comment vivre autrement que de la récupération des miettes d’un système de gâchis ? Vivre autrement, c’est quoi ? Est-ce que ça passe par un travail rémunéré ?

La moralisation du capitalisme est un leurre dont on ne doit pas être les gogos. Croire en la protection de l’État, c’est accepter le couvre-feu pour pallier à la violence urbaine. Mais c’est Le Talon de fer de Jack London ou, en tous cas, ça y ressemble beaucoup.

Jean-Pierre Garnier et Raoul Vilette
Forum à Publico à partir de 16h30

Jean-Pierre Garnier, auteur de La Bourse ou la ville et Des barbares dans la cité, et Raoul Vilette auteur de Le Marché des mots/les mots du marché

Trois bouquins qui dénoncent la tyrannie du marché, la manipulation médiatique quotidienne, le cynisme des dirigeants, les belles phrases creuses… Trois bouquins qui vont plus loin dans la critique du système que le livre consensuel de Vivian Forester, L’Horreur économique.