Mai 68. Sous les pavés, le mythe et la falsification

Samedi 23 mai 1998
dimanche 14 décembre 2008
par  CP
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Les traces d’un mouvement avec Henri Simon

Sous les pavés, le mythe et la falsification aurait-on envie de dire avec cette commémoration de mai 68, trente ans après. Commémoration-récupération bien au point avec le concert médiatique teinté de nostalgie du bon vieux temps où tout était possible. Et on nous ressort de leurs bureaux les soi-disant leaders de ce mouvement libertaire. Ils sont rangés, responsabilisés, rassis, compassés et nous disent qu’ils ont écrit l’Histoire, bref leur opportunisme acharné est pathétique…

Mai 68, la liberté, la contestation, le refus de l’ordre moral, l’imagination subversive, nous l’avons d’abord évoqué dans les Chroniques rebelles avec Benjamin Lambert et son livre : Défense d’interdire. Almanach (nostalgique) de mai 1968. Une autre manière de ne pas oublier ce que mai 68 a signifié et symbolisé pour beaucoup.

Avec Maurice Rajsfus, nous avons évoqué la répression qui a accompagné les événements de mai 68 et nous avons analysé ce qui s’est mis en place durant cette période réactionnaire. Mai 68. Sous les pavés, la répression parle de la violence qui a accompagné les journées de mai 68, de la répression qui a écrasé le mouvement comme cela a été le cas pour la révolution de juin 1848 et la Commune de 1871. Un livre contre l’oubli : "Qui a une vision approximative des épisodes honteux de juin 1848 ou de mai 1871 ? Peu à peu, il en va de même de la répression qui a suivi les journées de mai et de juin 1968." La remise en question du système capitaliste, cela dérange.
Et l’anarchie alors ?!

"L’anarchie, c’est je", "Ni dieu ni mètre", "Élections piège à cons", "Soyez réalistes, exigez l’impossible", "Ce n’est qu’un début, continuons le combat !" Et les graffitis retrouvés dans un local universitaire et rassemblés sous le titre No Copyright (Verticales) : "de Gaulle a réalisé le rêve d’Henri IV : un poulet pour chaque français." ; "Mieux vaut une année de lion que 100 ans de mouton" ; "La révolution n’est pas un bureau de placement" alors là il faudrait le dire à beaucoup de ceux qui se déclarent les anciens leaders du mouvement ; "Il est douloureux de subir ses chefs, il est encore plus bête de les choisir."

Dans sa préface de Mai 68 à l’usage des moins de 20 ans (Babel), Jean-Franklin Narodetzki souligne : "C’est un contre-sens de plus, véhiculé par l’actuel discours consacré sur 68, que de représenter le déroulement des faits comme la mise en œuvre d’une idéologie." Alors Insurrection ? Révolution ? La grève générale, la lutte contre la guerre au Vietnam, contre l’impérialisme, la révolte contre l’ordre établi, le rejet du système et de l’oppression…
Et, encore une fois, sur les murs la parole :

"Il y a, en France, 38 000 communes… Nous en sommes à la seconde." ; "Ne travaillez jamais. soyons cruels." ; "L’économie est blessée. Qu’elle crève !" ; "Ne dîtes plus : urbanisme, dîtes : police préventive" ; "Comment penser librement à l’ombre d’une chapelle ?"