40e anniversaire de la revue Jeune Cinéma. Et Dans les champs de bataille de Danielle Arbid

Samedi 11 décembre 2004
vendredi 2 janvier 2009
par  CP
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Cinéma aujourd’hui avec, en première partie, une revue que nous aimons beaucoup, une revue en noir et blanc, facile à prendre avec soi, pas trop coûteuse (5 euros) et toujours intéressante pour ses dossiers et ses chroniques loin de la critique de cinéma, façon pensée « unique ».

Lucien Logette, dans son éditorial du dernier numéro, écrit « Il est toujours rassurant de se compter, de vérifier que les années n’ont pas desserré les liens tissés au fil des quatre décennies écoulées et que nous allons continuer à arpenter en compagnie les chemins que nous avons choisis. »

Dans la seconde partie des Chroniques rebelles nous recevons une jeune réalisatrice, Danielle Arbid pour son film Dans les champs de bataille. Premier long métrage de fiction de Danielle Arbid — après plusieurs courts métrages et des documentaires —, cette coproduction franco-belge-libanaise a gagné le grand prix du long métrage de l’IMA et a été primé au dernier festival du film méditerranéen de Montpellier, en novembre 2004.

Le récit, sans doute inspiré par l’expérience de l’auteure et réalisatrice, est à plusieurs résonnances : c’est une réflexion sur la société libanaise, disloquée par huit années de guerre civile — le film se situe en 1983 —, c’est le déchirement d’une famille prise en otage par la guerre civile et c’est aussi la rébellion d’une adolescente.

Lina a 12 ans. Elle vit ces conflits avec une totale perte de repères et observe les adultes qui l’ignorent, trop préoccupés par leurs problèmes. Sa révolte éclate, épisodiquement, d’autant plus violemment qu’elle revendique des droits sans toutefois les comprendre, et d’autant qu’elle subit les tensions de la famille comme celles de la société.
« Je m’en fous de Dieu et de l’Église ! » s’écrit-elle tandis que le père flambe dans des cercles de jeu, que la mère est paumée et que la tante joue aux cartes entre amis tout en buvant du whisky.
Dehors, les murs grêlés par les tirs d’obus rappellent que la guerre est partout.

En 1999, une autre film, West Beyrouth de Ziad Doueiri, montrait la guerre civile à travers le regard de trois adolescents, mais dans le film de Danielle Arbid, la vision est plus intime, plus sombre, introvertie.
En 1983, c’est aussi un autre cycle du conflit libanais, plus dur.
L’éveil de la sexualité de Lina est une autre facette du récit comme son admiration pour Siham, la domestique délurée de sa tante, seul personnage avec qui elle semble pouvoir tisser des rapports de connivence entre les terrasses et la cave, où les habitants de l’immeuble se réfugient lors des bombardements. La solitude d’une adolescente face aux conflits internes et externes, Dans les champs de bataille de Danielle Arbid sortira sur les écrans en 2005.

Mais tout d’abord, quarante années de Jeune Cinéma . Il fallait en parler car ce n’est pas courant qu’une revue démarrée sur la passion du cinéma demeure ainsi pendant quarante ans fidèle, indépendante et sans publicité (comme Radio Libertaire) et, on peut bien le dire, sans le jargon qui est souvent l’apanage des « spécialistes » du cinéma. Mais fi des coups de pattes et place au cinéma !