Rosa Luxemburg. Ombre et lumière de Claudie Weill (Le Temps des cerises) et 31e festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier

Samedi 17 octobre 2009
samedi 17 octobre 2009
par  CP
popularité : 8%

Rosa Luxemburg. Ombre et lumière

Claudie Weill (Le Temps des Cerises)

L’intimité que confèrent la traduction et l’édition de textes avec la personnalité et la pensée de Rosa Luxemburg a permis de déceler quelques facettes restées dans l’ombre. Pour dépasser l’icône qu’elle serait devenue, dans l’encensement comme dans le rejet, Claudie Weill revisite ses positions controversées sur la question nationale, sur les Conseils ouvriers et ouvre ainsi de nouvelles interrogations.

L’examen de son attitude envers les mencheviks la resitue dans le contexte de la social-démocratie de Russie, au-delà d’une confrontation devenue obsolète avec le seul Lénine.

Enfin la valeur symbolique de sa personne et de son action est éclairée sous l’angle de l’émancipation des femmes.

et

31e Festival international du cinéma méditerranéen de Montpellier

23 octobre-1er novembre

« “Le secret pour récolter la plus grande fructification et la plus grande jouissance de la vie, s’appelle vivre dangereusement”.

Je ne sais pas si Rosa connaissait ces propos de Nietzsche, écrit son amie Louise Kautsky, mais qu’ils s’appliquent à sa vie, cela est évident. Et ses propres termes, à elle, n’en sont-ils pas une variante ?
“Je mourrai un jour à mon poste, en une bataille de rue ou en prison.”
[…] “Nous sommes tous soumis au destin aveugle, seule me console la pensée affreuse que malgré tout, bientôt peut-être, je serai envoyée dans l’autre monde par une balle de la contre-révolution”.

Vivre en danger et dangereusement, ainsi elle comprenait la vie. »

Dans Rosa Luxemburg. Ombre et lumière, Claudie Weill revient sur les différentes facettes et les engagements d’une femme hors normes, « pour dépasser l’icône qu’elle serait devenue, dans l’encensement comme dans le rejet », autrement dit sur le phénomène de diabolisation ou de
« panthéonisation » dont elle fait l’objet.
Le fait même d’être une femme et une intellectuelle engagée fait-il partie du problème ?

Pourtant, sur la question du genre et de la lutte des femmes, on a l’impression que Rosa Luxemburg n’était pas dans la réflexion sur les revendications des femmes et la domination masculine millénaire qu’elles subissent. Cela semble même presque secondaire par rapport à la lutte de classes : « Son aspiration à l’universalité faisait obstacle à une spécialisation dans les revendications spécifiques », écrit Claudie Weill qui traite de plusieurs aspects des écrits, de la vie et des engagements de la militante et de la femme.

L’un des intérêts de cet ouvrage réside dans la démystification du personnage de Rosa Luxemburg, ce qui souligne l’actualité de ses écrits, l’importance de sa pensée et de son itinéraire intellectuel et militant. Il se produit la même chose après la lecture des lettres de Rosa Luxemburg : on ne lit plus ensuite ses écrits politiques de la même manière, qu’il s’agisse de Réforme sociale ou révolution ? (1898-1899), de Masse et chefs (1903), de Centralisme et démocratie (1904), de Grève de masse, parti et syndicat (1906), de L’Accumulation du capital, contribution à l’explication économique de l’impérialisme (1913) ou de La Révolution russe (1918).

Si Rosa Luxemburg n’analyse pas les inégalités hommes/femmes, elle est cependant aux côtés de son amie féministe Clara Zetkin, en 1913, « dans le débat sur la grève des ventres » et sa correspondance, lors de ses nombreuses incarcérations, est en majorité avec des femmes. Mais, pour autant, elle avoue ne pas connaître grand-chose à la question des droits des femmes, même si elle encourage Clara Zetkin à faire des éditos dans le journal spartakiste, Die Rote Fahne, leur étant destinés : « Passons à la propagande parmi les femmes ! Nous sommes comme toi convaincus de son importance et de son urgence ». Concernant les tracts leur étant destinés, elle préconise un style « court, populaire, propagandiste, sur les tâches des femmes dans la Révolution ». La théorie ? Point. Pourtant « le bras des femmes est assez fort pour arrêter les rouages de la machine économique si la volonté des femmes l’ordonne », réplique son amie.

Il semble alors qu’elle réalise « sa propre valeur de symbole en tant que femme militante. C’est là qu’il faut chercher les causes de son insistance auprès de Clara Zetkin pour enrayer la démobilisation des femmes pendant la révolution. » Et ses prises de position « en faveur du système des conseils, […] revêtent, elles aussi, en fonction même de sa personnalité, une importance emblématique pour le mouvement des femmes. »

Rosa Luxemburg est pour de nombreuses personnes, au-delà de sa mort tragique, quelqu’un qui aimait la vie et l’humanité. Elle soulève encore les polémiques et les passions, comme une femme « gênante » et c’est aussi ce dont nous parlerons aujourd’hui avec Claudie Weill à propos de Rosa Luxemburg. Ombre et lumière.

Rosa Luxemburg qui écrivait : « La liberté est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »

Le Festival international du cinéma méditerranéen se tient à Montpellier du 23 octobre au 1er novembre 2009.

Ce 31e Cinemed offre un choix de films originaux et reste "un rendez-vous dont le but affiché est d’aider les cinématographies peu diffusées du bassin méditerranéen" à, non seulement, trouver un public, mais aussi à encourager leur distribution. Car le public est là, en revanche on attend encore une plus grande distribution.

Le Festival du cinéma méditerranéen, c’est plus de 120 films dans la sélection officielle, mais aussi des avant-premières, des hommages aux grands cinéastes, aux comédiens et comédiennes, un regard sur le cinéma régional et expérimental, de même qu’une bourse d’aide pour des projets cinématographiques. Bref, vous l’aurez compris, ce sont des rencontres et des découvertes.

Montpellier est le carrefour des cinémas méditerranéens, de créateurs et des équipes qui contribuent à l’originalité du cinéma autour de la Méditerranée. Cette année, il a une escale particulière — "du côté du Bosphore" —, en Turquie.

Cette année, coup de projecteur sur le cinéma politique italien avec une rétrospective des films d’Elio Petri. Militant, animateur de ciné-club, journaliste de cinéma, scénariste et assistant de Giuseppe De Santis dans les années 1950, Elio Petri a réalisé son premier film, L’Assassin, en 1961, et par la suite quatorze films dont La Classe ouvrière va au paradis (Palme d’or, Cannes 1972), tous marqués par son engagement politique.

La nuit en enfer mettra à l’honneur un cinéaste espagnol de la nouvelle génération, Alex de la Iglesia, connu pour son humour iconoclaste décapant et sa démesure. Il n’est que rappeler quelques-uns de ses neuf longs métrages, Action mutante (1992), financé par Pedro Alomodovar, Le Jour de la bête (El Dia de la bestia, 1996), Mes chers voisins (La Comunidad, 2000), Le Crime farpait (Crimen ferpecto, 2004).

Et un tour d’horizon du cinéma fantastique espagnol de la nouvelle génération permettra au public de mesurer la richesse du genre et de découvrir des réalisateurs/trices non distribués encore en France.

Alejandro Amenábar présentera son nouveau film, Agora, qui se situe en Égypte sous la domination romaine, au IVe siècle après Jésus-Christ.
Alejandro Amenábar, réalisateur de Tesis (1996), qui est récompensé par cinq Goya, Ouvre les yeux (1997), Les Autres (2001), avec Nicole Kidman, pour lequel il remporte huit Goya en 2002. Mar adentro (2004), avec Javier Bardem, gagne 14 Goya en 2005 et beaucoup d’autres récompenses internationales dont le César du meilleur film étranger.

Revenons sur l’escale cinématographique turque et le renouveau de ce cinéma qui, "avec une vingtaine de films produits par an, […] couvre plus de 50 % des entrées de son marché intérieur, un cas unique en Europe." Le cinéma turc a commencé dans les années 1910 et s’implique dans une réalité profonde du pays. Les films, montrés au festival du cinéma méditerranéen, en témoignent, de même qu’ils illustrent l’inventivité — tant sur le fond que sur la forme — des réalisations passées et actuelles. Le cinéma populaire turc se porte bien et le cinéma d’auteurs n’a rien à lui envier. Le festival 2009 de Montpellier se fera l’écho d’une nouvelle génération de jeunes cinéastes avec leurs courts et longs métrages, Yesim Ustaoglu, Nuri Bilge Ceylan, Tayfun Pirselimoglu pour ne citer que ceux-là.

Les trois singes de Nuri Bilge Ceylan, présenté l’année dernière est un exemple intéressant de ce renouveau du cinéma turc. Le traitement de l’image soutient la narration du film et c’est dans une ambiance étrange de compromissions, de mensonges et de secrets, qu’une famille se déchire, dépassée par des enjeux qu’elle ne peut comprendre.

Autre film, autre univers est celui de Hüseyin Karabey, qui a également présenté son film l’année dernière. My Marlon and Brando est une road movie dans une région en guerre.

Des cinémas qui donnent à voir dans les sociétés méditerranéennes. Dommage que les occasions de voir ces films se fassent rares.

Un film espagnol a retenu l’attention des distributeurs, même s’il n’est pas resté bien longtemps sur nos écrans, El patio de mi cárcel de Belén Macías (Espagne, 2008), qui met en scène une délinquante qui, après un braquage qui tourne mal, se retrouve en prison. Un film qui décrit l’univers carcéral dans tous les détails de l’humiliation utilisée par les matonnes, de la violence entre prisonnières et de l’inadaptation engendrée par les conditions de l’enfermement.