Douce France. Rafles. Rétentions. Expulsions (sous la direction d’Olivier Grandmaison) (Seuil/RESF)

Samedi 21 novembre 2009
mardi 1er décembre 2009
par  CP
popularité : 7%

Avec Olivier Le Cour Grandmaison, Marc Bernardot, Seloua Luste Boulbina et Jean-Pierre Fournier

La raison de ce livre ? « Témoigner, penser, résister, autant que faire se peut. » C’est une obligation dans ces temps de débats sur « l’identité nationale ». « L’identité nationale », concept pervers et réactionnaire dans un moment de crise économique où les autorités se cherchent des boucs émissaires tous azimuts.

Trois millions de chômeurs, trois millions d’immigrés. La solution est simple !
Ça ne vous rappelle rien ? Pus jamais ça ! répondait-on à ce slogan raciste de triste mémoire. mais les relents racistes reviennent… ou n’ont jamais vraiment cessé. On maquille à présent ce type d’insanité avec le droit « fondamental » à la sécurité, la nécessité « d’assainir » les quartiers difficiles, le « choc des civilisations » et autres slogans banalisant la xénophobie. Et le tour est joué : le racisme est banalisé. La propagande a beau jeu d’anesthésier les consciences, elle en a les moyens.

Il faut dire qu’il y a eu le fameux « nettoyage au karcher » de Sarkozy à propos des banlieues, « le bruit et l’odeur » de Chirac sur les immigrés parasitant les institutions sur le dos des « citoyens français ». Et en 1956, au début de la guerre d’Algérie, on pouvait lire cette affirmation « objective » et « scientifique » : « Les 208 000 Nord-Africains qui […] vivent chez nous ne s’assimilent nullement […] et seraient un élément très dangereux le jour où un mouvement révolutionnaire se produirait en France. » On comprend mieux alors, au vu de ces quelques exemples, pourquoi les phénomènes économiques, sociaux et politiques sont passés à travers le filtre de l’ethnicité qui fait tant de ravages.

Mais pour autant, faut-il se plier à la logique de « l’émergence d’un néo-racisme institutionnel » ? Non. La dignité de chaque personne ne se discute pas, elle se respecte. Si « le lexique de la chasse est très présent dans le discours et dans l’imaginaire policier », si« la chasse aux sans-papiers est la meilleure école de la police », cela ne signifie pas qu’il faille se taire et accepter cet enchaînement immonde de lois, de décrets contre les étrangers. Non plus que d’acquiescer à la stratégie de la peur et de l’intimidation envers les personnes qui témoignent et refusent l’inhumanité des traitements infligés aux immigré-es, aux migrant-es sous prétexte qu’ils et elles mettraient en danger notre soi-disant civilisation.

La chasse au faciès, on connaît, elle a cours depuis des lustres, mais si nous sommes nombreux et nombreuses à refuser, ça ne sera plus aussi simple d’agir en toute impunité. Si les politiciens de droite et de gauche ont la mémoire courte ou sélective et font de la communication-propagande pour manipuler l’opinion publique, il faut réagir et agir dans le cadre de la « démocratie autoritaire » qui est la nôtre.

C’est le but de ce livre avec le Réseau éducation sans frontières : « témoigner, penser, résister, autant que faire se peut. »
Fondé en 2004, RESF a rassemblé des personnes, dans l’éducation et dans tous les domaines de la société, sur la base du respect des droits fondamentaux et dans le cadre de la lutte des sans-papiers. Le réseau est informel, sans appareil, sans hiérarchie, sans porte-parole, avec pour objectif de protester contre une politique, faire de l’action directe dans l’espace public, dans les médias et redire : « La place des enfants et des jeunes majeurs n’est pas dans un centre de rétention en attente de l’expulsion, mais à l’école, au collège, au lycée. » C’est dans cette opposition et ce refus que s’inscrit la démarche de cet ouvrage commun, « Douce France. Rafles. Rétentions. Expulsions. »

La seule manière de refuser une complicité du silence est de se déclarer contre les centres de rétention administrative, « contre l’enfermement des étrangers et la remise en cause des droits fondamentaux en France et en Europe », contre le délit de solidarité, contre « la circulaire de la honte », se déclarer pour des ponts et pas pour des murs !