Les Mutineries du Chemin des Dames. Comment fonctionne un acte de résistance.

avec François Roux, auteur de {La Grande guerre inconnue. Les poilus contre l’armée française } (Paris Max Chaleil)
jeudi 20 décembre 2007
par  CP
popularité : 15%

Les mutineries au sein de l’armée française en 1917 sont souvent appelées les mutineries du Chemin des Dames, l’offensive sanglante du même nom étant liée à ces révoltes.
Souvent attribuées à l’incurie et au cynisme des chefs militaires qui n’hésitaient pas à sacrifier les hommes de troupe — considérés comme de la chair à canon, et à envoyer par milliers ces derniers à la mort pour rien ou simplement pour avancer leur carrière —, les mutineries de 1917 posent de nombreuses questions quant au moment de la révolte, de son processus et de sa répression.

En 1917, près de la moitié de l’armée française s’insurge contre sa hiérarchie alors que la boucherie de la Première Guerre mondiale n’enthousiasme plus depuis longtemps les troupes et que la propagande de la fleur au fusil ne fait plus recette depuis belle lurette, confrontée à l’horreur des tranchées et au cauchemar d’un conflit sanguinaire. Et d’ailleurs à qui profite ce conflit ?

Printemps 1917 : Révolution en Russie.
Printemps 1917 : mutineries dans l’armée française.
Et l’Internationale se chante avec le fameux refrain, oublié parfois…

« Les rois nous saoulaient de fumées
Paix entre nous, guerre aux tyrans
Appliquons la grève aux armées
Crosse en l’air et rompons les rangs !
S’ils s’obstinent ces cannibales
À faire de nous des héros
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux !
 »

La réponse aux mutineries du commandement militaire de l’époque est une répression brutale. Et pour cela, un militaire ne fera pas de quartiers pour ceux qui sont considérés comme des « traîtres à la patrie » ou de dangereux révolutionnaires. Ce militaire, un plus de vingt plus tard, fera « don de sa personne à la France » et glorifiera le « Travail, famille, patrie » pour en faire le principe incontournable de son gouvernement collaborationniste. (Tiens ça me rappelle quelque chose et le refrain semble à nouveau au goût du jour entre autres slogans réactionnaires.)

Censure, rafles, condamnations pour avoir chanté l’Internationale, prisons bondées, punitions collectives, envoi en première ligne, exécutions… Les mutineries de 1917 sont rapidement réprimées. L’incompétence des chefs militaires responsables du carnage patriotique est récompensée et les mutins exécutés ! Par la suite, les mutineries seront comme effacées de l’histoire officielle.

Nous avons souvent parlé dans les Chroniques rebelles de l’impact des images de guerre reconstituées, mises en scène — puisqu’il n’existe pas d’images "réelles" de la Première Guerre mondiale —, on imagine alors facilement leur absence concernant les mutineries. Cependant la rareté des témoignages est étonnante.

Résistances, mémoire interdite, histoire officielle et véritables enjeux d’une guerre "falsifiée"… Les questions demeurent et vont bien au-delà de ce début du XXe siècle. Dans quelle mesure l’ambition, l’incompétence, l’ignorance stratégique du commandement militaire ont-elles joué un rôle dans les mutineries ? Des millions de morts, des millions de mutilés pour défendre une "patrie" qui n’était que l’État.

Le ras-le-bol des soldats a-t-il été déterminant ? Qu’en est-il de la mémoire de cette Première Guerre mondiale qui ouvre le XXe siècle sur un des plus grands massacres guerriers ? Comment démêler la réalité des interprétations et des manipulations qui ont suivi l’Armistice concernant ces mutineries spontanées, sans mot d’ordre ? Et enfin qui sont les mutins ? Des insoumis rêvant de révolution sociale ? Des hommes fatigués d’être les victimes d’un conflit absurde ?

Le slogan « guerre à la guerre » n’était plus. Un constat s’imposait : la guerre se soldait par la victoire du capitalisme contre les populations et des conséquences qui feraient le lit des totalitarismes en Europe.

CP