Aux sources du Rebetiko Chansons des bas-fonds, des prisons et des fumeries de haschisch. Smyrne - Le Pirée - Salonique de Gail Holst (les nuits rouges)

Samedi 3 juillet 2010
dimanche 4 juillet 2010
par  CP
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Aux sources du Rébétiko.
Chansons des bas-fonds, des prisons et des fumeries de haschisch. Smyrne – Le Pirée – Salonique (1920-1960)

Gail Holst (Nuits rouges)

Les touristes qui visitent la Grèce ne connaissent guère le rébétiko, musique urbaine importée de Turquie dans les années 1920, qu’on qualifie parfois de « blues grec », et qui se survit aujourd’hui dans quelques bonnes tavernes, après avoir influencé les compositeurs Hadjidakis et Theodorakis, et aujourd’hui des chanteurs comme Nikos Papazoglou, Haris Alexiou, Glykeria ou Dalaras. Gail Holst, Australienne de naissance, mais Grecque de coeur, a parcouru les bas quartiers et les campagnes de Grèce dans les années 1970, rencontrant chanteurs et amateurs de rébétiko. Elle en a tiré ce livre, abondamment illustré de photos et traduit en plusieurs langues. Son travail musicologique lui a valu la reconnaissance de plusieurs musiciens dont Theodorakis, qu’elle a d’ailleurs accompagné au clavecin à une époque. Elle enseigne actuellement à l’université Cornell aux Etats-Unis, mais ne dédaigne pas de pousser la chansonnette rébétique quand l’occasion se présente. Cette réédition comprend plusieurs nouveaux chapitres. Les chansons qui l’accompagnent ont été entièrement renouvelées, privilégiant les enregistrements originaux de la grande époque du rébétiko.

Nouvelle édition, nouveaux enregistrements sur CD… Et un concert.

Avec l’auteure et l’ensemble franco-grec SEX, DRUGS & REBETIKO

CONCERT à 20 h 30 à l’Olympic-café (rue Léon, Paris 18e)

En Grèce, lors des manifestations organisées contre l’austérité décrétée par le Fonds monétaire international à l’encontre de la population grecque, la police anti-émeute ne lésine pas sur l’utilisation de gaz lacrymogènes et de toutes les formes de brutalité.

Grève générale, les manifestants masqués affrontent la police… Grève générale, les journalistes — télévisions, radios, presse écrite — sont aussi dans le mouvement. Les projets de réformes du gouvernement grec visent à faciliter les licenciements et à casser les droits acquis : la réforme des retraites notamment qui repousse l’âge de départ des salarié-es et allonge le nombre d’années de cotisations… Cela ne vous rappelle rien ?
La crise, l’austérité nécessaire, la réduction des déficits dus à la crise financière… La crise… La crise a bon dos alors que la population grecque n’est pas responsable des déficits de l’État. En revanche, silence sur les gabegies étatiques et la corruption ! Tout comme ici, en France !

Tous ces événements remettent en question les luttes de classes — vision de l’évolution et du fonctionnement du système capitaliste. Et pourtant les idéologues rêvent de brouiller l’analyse soi-disant dépassée du système capitaliste, mode production basé sur la division de la société en classes sociales, autrement dit : les dominants et les dominés. La mondialisation du système entraîne de plus graves injustices au plan social et, en pleine paupérisation des populations, les serviteurs du système capitaliste tentent encore et toujours de promouvoir l’idée que les sociétés sont culturellement homogènes. Cela, évidemment, évite de parler des vrais problèmes.

Dans ce contexte, le rébétiko, les Chansons des bas-fonds, des prisons et des fumeries de haschisch rappellent leur dimension subversive, exprimant ce qu’est « l’homme souffrant, opprimé, pourchassé. […] Le rébétiko a été inventé pour [ceux et celles] qui avaient du chagrin et le balançait à la gueule du public. » Le rébétiko est une musique des dominés et il faut entendre « l’amertume des textes, les allusions méprisantes à la police et l’argot propre aux fumeurs de haschisch ».

Aux sources du Rébétiko. Chansons des bas-fonds, des prisons et des fumeries de haschisch. Smyrne – Le Pirée – Salonique (1920-1960) de Gail Holst nous fait voyager dans cet univers où « le narghilé était aussi doux que la vie était dure, [et où il était, pour les marginaux et les rebelles,] la seule manière d’oublier ce monde impitoyable. » Alors, si « le rébétiko parlait à la jeunesse un langage qu’elle pouvait comprendre », qu’en est-il aujourd’hui de cette musique populaire et hors norme ?