Vu de dos. Cardon. Des dessins plus que politiques/Un Matin brun

Samedi 8 janvier 2011
samedi 8 janvier 2011
par  CP
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Vu de dos. Trente ans de dessins plus que politiques

Cardon (L’Échappée)

Entretien avec Cardon

De nombreux lecteurs le guettent chaque semaine, et s’en réjouissent à l’avance comme on se réjouit d’un bon tour façon Robin des bois, d’une injustice réparée : depuis plus de trente ans, dans Le Canard enchaîné, le dessinateur Cardon exécute d’un trait les puissants et les faux-culs du jour, d’une manière qui n’appartient qu’à lui : il les dessine de dos.

Leurs bobines, a-t-il décidé un jour, je les ai assez vues ! Du coup il se contente de leurs épaules, d’une nuque, d’un profil à peine esquissé mais qui suffisent largement, maîtrise du trait oblige, à les reconnaître. Et hop ! D’un coup de plume les voilà dégonflés comme baudruches, voilà mis à nu le ridicule de leurs postures et l’enflure de leurs mots. Cardon traite en effet ce retournement drolatique d’une façon très singulière, qui mêle poésie féroce, esthétique sans complaisance et brutalité intellectuelle.

Sous sa plume défilent ici toute une ribambelle de jean-foutre, politiciens (Giscard, Mitterrand, Raffarin, Chirac, Sarkozy, etc.), pédégés suffisants, ensoutanés, barbus islamistes, etc. Un album vengeur, inspiré, méchant.

Nicolas Mourer lit Un Matin brun de Franck Pavloff (Cheyne).

Vu de dos. Trente ans de dessins plus que politiquesVu de dos ou le pouvoir mis à nu. En regardant les dessins de Cardon, on voit mieux ce que les politiques veulent dissimuler, on entend en effet les réflexions en off, sans le vernis destiné au « peuple ». Vu de dos, c’est voir au-delà des apparences, guetter depuis les coulisses le geste anodin qui révèle le fond du discours, l’enjeu réel sous les belles paroles et les promesses, l’ambiguïté des attitudes et le cynisme des opportunistes. Histoires sans paroles souvent où le dessin suffit pour situer ou cerner l’arnaque.

Le cynisme et la mauvaise foi, Cardon en est le féroce détracteur : pas de quartier pour tel ou telle politique ou tel ou telle décideur-e, ceux et celles qui servent le discours habituel, soporifique et anesthésiant ! Les dessins de Cardon, ça décape ! Au premier coup d’œil, on se dit qu’il a encore une fois déniché l’absurdité, l’aberration, l’injustice ou le mensonge d’une situation, d’un discours.

Beaux dessins, architecturés, construits comme des gravures ou des eaux-fortes, ils sont un plaisir à regarder et à « lire ». D’aucuns diront que les dessins sont durs… Certes, Cardon fait preuve d’une ironie mordante, d’un humour noir qui arrache, pourtant on rit… jaune ! Parce que Cardon porte son ironie et ses convictions dans le trait : aucune complaisance pour le pouvoir, l’exploitation, la manipulation et la bêtise. Redoutable le Cardon !

Vu de dos n’est pas son premier album de dessins à paraître, mais celui-ci a une particularité, les éditions de l’Échappée sont parties des planches originales et le résultat est plus que réussi, pour le fond comme pour la forme. Pour rendre la « patte » de Cardon, il fallait ce travail soigné.

Allez, pour finir, merci Cardon pour ces trente ans plus que politiques, c’est un vrai régal !

Nous avons rencontré Cardon, de passage à Paris, après une émission à laquelle il était invité sur Radio Aligre. Mais en mars, c’est promis, il sera en direct dans les chroniques rebelles sur Radio libertaire.