Le Vatican, l’Europe et le Reich, Annie Lacroix-Riz (Armand Colin)

Samedi 22 janvier 2011
dimanche 23 janvier 2011
par  CP
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Le Vatican, l’Europe et le Reich

d’Annie Lacroix-Riz (Armand Colin)

Cette nouvelle édition, revue et augmentée, s’appuie sur l’acquis des travaux précédents, souvent ignorés en France, et puise surtout aux archives inexplorées (françaises, allemandes, anglaises et américaines). Elle apporte un éclairage très neuf à l’histoire du Vatican en tant qu’institution politique, auxiliaire de premier plan de l’Allemagne et des États-Unis, devenus puissance européenne au XXe siècle. Elle souligne la remarquable continuité de la ligne politique, financière et territoriale de la Curie romaine, à l’inverse de la thèse courante de l’antibolchevisme exclusif. Prenant en compte les découvertes majeures des quinze dernières années, elle fait le point sur l’exceptionnelle mobilisation depuis 1942 de l’ensemble de l’appareil de l’Église romaine pour le sauvetage-recyclage de masse des criminels de guerre, allemands et non allemands, à travers l’Europe et les deux Amériques.

Il a souvent été question de l’attitude du pape Pie XII lors de la Seconde Guerre mondiale, de ses silences sur les atrocités commises par le régime de l’Allemagne nazie et de son aide active dans la fuite d’anciens tortionnaires, à la fin de la guerre.

Il y a eu la pièce de Rolf Hochhut, Le Vicaire, mais aussi le film de Costa-Gavras sorti en 2002, Amen, qui a souligné les complicités du Vatican avec l’Allemagne nazie.

Eugénio Pacelli, avant de devenir Pie XII, a été le « cardinal secrétaire d’État » de « Berlin » à la fin des années 1920 (il a été nonce en Allemagne en 1917, secrétaire d’État en 1930, pape en 1939) et en tant que diplomate, il s’est alors entouré de « prélats dont la contribution à l’essor du nazisme et de l’antisémitisme fut éminente ». Sans doute, voyait-il l’Allemagne nazie jouer le rôle de tampon entre l’Occident et la Russie communiste, mais pas seulement. D’où les silences sur les atrocités pour ne pas affaiblir l’Allemagne avec la dénonciation des crimes nazis. Ou bien considérait-il les massacres et les camps d’extermination, dont il était parfaitement au courant, comme des « dommages collatéraux », l’on dirait aujourd’hui ?

S’il demeure encore quelque ambiguïté sur les attirances idéologiques de la Curie romaine et de Pie XII, il suffit de rappeler que certains de ses « protégés » n’hésitaient pas, par exemple, à déclarer en mai 1933, « qu’en cette heure marquée au sceau du destin, tous les catholiques allemands vivant à l’étranger saluent l’avènement du nouveau Reich, dont la philosophie s’accorde tant aux valeurs nationales qu’aux valeurs chrétiennes. » Les valeurs chrétiennes en question ne s’embarrassant pas de l’utilisation, à l’oral comme à l’écrit, des « références haineuses au “juif” » et des propos antisémites.

Dans ce nouvel ouvrage, Le Vatican, l’Europe et le Reich, édition revue et augmentée, Annie Lacroix-Riz ne se limite pas à l’analyse du rôle du Vatican et de l’un de ses représentants durant la période de la Seconde Guerre mondiale. Elle remonte aux origines des liens du Vatican avec l’Allemagne, bien avant Pie XII. C’est toute l’originalité d’une recherche dans les archives — qui couvre une grande partie du XXe siècle — pour ce qui est de la trace des alliances révélant les autres enjeux présidant aux choix politiques et idéologiques du Vatican. Le début du XXe siècle offre en effet « un point de départ pertinent à l’étude d’une stratégie à long terme. La période permet de cerner l’attitude du Vatican sur la Première Guerre mondiale et ses enjeux territoriaux, de décrire ses relations avec les deux camps ». Une stratégie à long terme, minutieusement expliquée et dont l’analyse, à travers des sources croisées, montre bien que l’antibolchevisme « ne rend pas compte de continuités séculaires ».

L’impression qui se dégage d’abord, en lisant l’ouvrage d’Annie Lacroix-Riz, est que le Vatican — État, sans pays — construit et affirme son pouvoir par de multiples et complexes trafics d’influence, d’alliances, de conciliabules et de réunions secrètes. Complots incessants dont les enjeux sont peu à peu éclairés, sinon dévoilés, de la « stratégie européenne d’une institution politique italienne, liée ou opposée à des États, entretenant avec eux des relations séculières jusque dans leur dimension financière ».

Quel est donc finalement l’intérêt de ces alliances, antérieures à la Première Guerre mondiale, entre le Vatican et le Reich ? Cela ramène à une question simple et essentielle : quel était le but, la finalité, de ces jeux de pouvoir occulte et qu’en est-il aujourd’hui ? En tout cas, il ne s’agissait certainement pas de dimension spirituelle !