Le Déplacé de Denis Langlois (éditions de l’aube)

Samedi 21 avril 2012
jeudi 3 mai 2012
par  CP
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En lisant Le Déplacé de Denis Langlois, on touche à une réalité, celle de l’après affrontement, de l’après barbarie au Liban. À partir d’un cas particulier, celui de la disparition d’Élias Kassem et du massacre de sa famille, c’est le contexte libanais et, plus généralement, des pays déchirés par la guerre civile et les violences militaires qui est abordé dans ce récit. Le Déplacé — en l’occurrence les déplacés — est un récit où les frontières s’estompent entre fiction, enquête documentaire sur les conséquences de la guerre civile et introspection personnelle. C’est aussi la découverte d’un pays, le Liban, bien loin des clichés habituels, rencontre impossible à imaginer si l’on n’a pas vécu dans le pays des cèdres.

Que s’est-il passé entre 1975 et 1990 ? Pourquoi ces massacres et le basculement dans la barbarie ? « Aussi longtemps qu’il n’existera pas de réponse à ces questions, aussi longtemps qu’il n’y aura pas d’un côté une reconnaissance de culpabilité personnelle et de l’autre un pardon,
il ne pourra pas y avoir de véritable réconciliation,
[explique une
jeune femme druze au cours du récit]. Les tensions subsisteront.
Les non-dits, c’est le plus lourd à porter. Non seulement pour les victimes,
mais aussi pour les coupables. Ils croisent dans la rue ceux dont ils
ont massacré la famille ou pillé la maison. Ils ont peur.
 »
Une autre question jalonne tout le récit : combien sommes-nous à penser
que la guerre détruit les humains et la nature ?

1998. À la recherche d’Élias, intellectuel antimilitariste, déplacé, disparu, mort ou survivant par hasard d’un massacre insoutenable, c’est la trame du récit.
Le mot clé ? Le hasard qui revient sans cesse au gré du récit, c’est le fil rouge d’une quête à plusieurs volets dans un Liban où la reconstruction se fait à marche forcée, dans le déni des souffrances de la guerre civile.

Le «  théâtre » de la réconciliation se joue un peu partout dans les villages, dans les bourgs, mais peut-on pour autant oublier les disparu-es ? Est-il possible de se reconstruire en vivant auprès des assassins ? Comment oublier les visages, les gestes de ceux qui ont abattu froidement des familles entières ? Ils étaient des voisins, des amis… C’est certainement la question essentielle puisque la barbarie se reproduit, se perpétue, ailleurs…


(Rediffusion)