Madame B. ma seconde mère de Daniel Prévost (Cherche-Midi) et Réfractions n°28

jeudi 24 mai 2012
par  CP
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Madame B.
Ma seconde mère

Daniel Prévost (Cherche midi)


Avec Daniel Prévost

Et

La revue Réfractions n° 28

Indignations… Occupations… Insurrections…

Entretien avec Annick Stevens enregistré au salon du livre libertaire

Un dernier geste d’au revoir à Madame B., une dernière image de la vieille dame à « l’ombre du cerisier de sa cour [qui] la protège du soleil de
juillet
 », l’homme se retourne encore une fois comme pour imprimer la vision de cette figure maternelle choisie dont il pressent déjà l’absence douloureuse.

« Un jour, j’écrirai un livre pour elle. »

Madame B. Ma seconde mère.

Il se souvient… « Le premier signe extérieur d’affection, hors du champ familial, ce fut d’elle qu’il le reçut. Mais n’est-ce pas exagéré ? Le temps n’a-t-il pas embelli les souvenirs ? »

C’est ainsi que commence le récit de Denis qui, adulte, retourne à son enfance pour retrouver la « petite histoire de Madame B. », celle qui l’a toujours appelé « mon petit » et lui offrait des buvards et des crayons de couleur lorsqu’il apportait, très fier, le cahier de roulement de la classe.

Le récit se déroule comme un fil d’Ariane, depuis la petite enfance jusqu’à l’adolescence, pour comprendre… Mais comprendre quoi ? Les silences ? L’absence et le déni du père ? Les non dits des adultes qui jalonnent la vie de l’enfant ?

Finalement, il finit lui aussi par passer sous silence ce qui l’embarrasse ou bien encore ce qu’il désire garder secret et ne veut pas partager.

Trois femmes, opposées par la culture, trois femmes habitent l’univers de l’enfant : sa grand-mère et sa mère, et Madame B., la directrice de l’école primaire qui le considère comme son filleul. Sa grand-mère est une paysanne qui l’emmène à la Foire du trône, sa mère travaille, et il y a « Madame B. [qui] a accepté son comportement fantasque, étonnant, curieux, dès le début de leur rencontre » ; elle lui fait découvrir Nerval, la littérature, un autre monde…

Denis observe… les proches, sa famille, les voisins… Et saisit très vite qu’il est différent, ou plutôt qu’il est regardé comme différent. C’est un mot, une phrase prononcée devant l’enfant sans que l’on tienne compte de son écho et de ses conséquences.

Madame B. Ma seconde mère. Un récit comme une quête de soi, entre émotion et recul, entre passé et presque présent… Un récit comme une nouvelle rencontre de tous ceux et toutes celles que Denis a croisé.

Il se souvient qu’adolescent, il a connu des anarchistes, que l’idée d’un monde nouveau l’attirait, « Un monde où il aurait un vrai père »… «  La Catalogne libertaire, la révolte des Asturies, le massacre de Guernica, il s’approprie [alors] tous ces événements. Il en fait sa guerre juste et non vécue. Il s’imagine espagnol dans une autre existence ! »

« L’Espagne imaginaire devient son autre famille. Son re-père. […] Il marche dans le désordre journalier d’une vie bancale. […] Il manque une pièce maîtresse au puzzle de son existence. » Et la question revient, récurrente, sur cette pièce manquante, au secret de sa naissance et au pourquoi de ce silence qui ne sera rompu par aucune des trois femmes…
Madame B. Ma seconde mère, un récit personnel, mais aussi une peinture sociale et — comment dirais-je ? — des mentalités. J’ai envie de dire… Merci infiniment… Daniel Prévost.

Réfractions n° 28

Indignations… Occupations… Insurrections…

Les mouvements d’occupation d’espaces publics qui se sont multipliés depuis l’année dernière dans diverses villes d’Europe et des États-Unis ont certainement bénéficié de l’élan initié par les révoltes dans les pays arabes, et on peut trouver entre les deux groupes d’événements des points communs mais aussi de grandes différences. Parmi les points communs, le plus manifeste est sans doute l’utilisation des réseaux de communication par Internet, qui ont facilité une mobilisation rapide et étendue.

Dans les deux cas aussi, on a constaté une auto-organisation et un refus de toute prise de commandement par des associations ou des individus. Le caractère clairement libertaire des pratiques d’assemblée et de décisions est très encourageant, même si les antécédents anarchistes sont complètement ignorés et non revendiqués explicitement.

Du côté des différences, il faut souligner d’abord que dans les pays arabes le but immédiat était le renversement de dictatures, but éminemment rassembleur et concret ; à l’opposé, les mouvements des « indignés » se caractérisent par la multiplicité et l’indétermination des buts, l’unification se faisant seulement par l’identification des ennemis communs : les financiers, les grands possédants, les politiques qui sont à leurs ordres. En outre, dans les pays arabes, une bonne partie des activités étaient paralysées par les grèves et les manifestations de masse, tandis que dans les pays occidentaux les activités, notamment économiques, se poursuivent normalement en dépit des mobilisations, qui restent minoritaires. Dans les deux cas, on peut cependant s’interroger sur les résultats : une fois chassé le tyran, que va-t-on mettre à sa place, à quel point le changement pourra-t-il se faire en profondeur ?

Mais la question est bien plus embarrassante ici : sur quoi peut déboucher une mobilisation, aussi réussie soit-elle au plan organisationnel et pratique, si elle n’a pas d’objectif réalisable à court terme ? Le fait de résister, de construire, de sentir ensemble une force a des effets durables sur les personnes et les relations humaines, même si le mouvement se dissout : cela donne confiance dans le fait qu’une large mobilisation est possible, et qu’elle peut atteindre des objectifs et faire vivre d’autres expériences. Mais peut-on espérer en attendre plus, dans le sens d’un réel changement de société ?

Dès lors s’ouvre une réflexion fondamentale ...



Yassine Ferchichi, ressortissant tunisien expulsé par les autorités françaises à Dakar depuis le 24 décembre 2009, a enfin pu regagner la Tunisie le 2 mai 2012.

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