Élisée Reclus et les États-Unis de Ronald Creagh. Même pas Mal, un film de Nadia El Fani et Alina Isabel Pérez

Samedi 2 mars 2013
lundi 4 mars 2013
par  CP
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Élisée Reclus et les États-Unis

Vers une philosophie de la Terre

Ronald Creagh

Suivi du "Fragment d’un voyage à la Nouvelle-Orléans" par Élisée Reclus

« Si la géographie reste pour vous un corps étranger, pour ne pas dire hostile, vous devez vous situer, comprendre le monde où vous vivez, entrevoir où il va. Un esprit lucide ne peut pas ne pas se poser ces questions. »

Où sont passés les forêts enchantées, les lutins des prairies, les ponts du diable et les monstres marins ? Ces lieux qui appartenaient à tout le monde ont disparu de nos cartes. Les belles photos remplacent les odeurs sauvages de la forêt ; les manuels scolaires parlent d’espaces à gérer, de ressources à contrôler et de risques naturels. L’école doit-elle préparer de futurs hommes d’affaires, qui décideront comment fabriquer et vendre de la beauté ou bien doit-elle introduire l’enfant dans la grande famille humaine et la volupté du cosmos ? Non seulement les lieux, mais le savoir sur les lieux ont été ravis au peuple. Quant à la famille humaine, les discours présidentiels de tous les pays sont là pour lui désigner un nouvel ennemi.

C’est pour sortir de ce ghetto intellectuel qu’il est bon de remonter au 19e siècle, pour rendre visite à Élisée Reclus, géographe et enchanteur. On regardera silencieusement son initiation à la mer tropicale ; son émoi dans la découverte des États-Unis, avec leurs esclaves en Louisiane, leurs plaines et leurs métropoles. On découvrira de l’intérieur une autre manière d’être géographe.

[Il s’agit en effet de] « Voir plus loin que son clocher. Ne pas vivre en pratiquant la politique de l’autruche. Prendre du recul par rapport à l’avalanche des informations qui nous lavent le cerveau. » Élisée Reclus et les Etats-Unis. Vers une philosophie de la Terre de Ronald Creagh, le livre paraît aux nouvelles éditions Noir et rouge. Le texte est suivi du "Fragment d’un voyage à la Nouvelle-Orléans" par Élisée Reclus.

Élisée découvre son trait fondamental : son lien consubstantiel à la Terre. Il se sent même, un moment, au centre de l’univers, mais il sait que c’est une illusion. Il trouvera par la suite l’expression adéquate :

« L’homme ne vit pas seulement sur le sol, il naît aussi de la terre : il en
est le fils, ainsi que le disent toutes les mythologies des peuples. Nous
sommes de la poussière, de l’eau, de l’air organisés, et que nous ayons germé dans le limon du Nil, que nous soyons sortis des éclats d’un chêne, que nous ayons été pétris de la terre rouge de l’Euphrate ou des alluvions sacrées du Gange, nous n’en sommes pas moins les enfants de la mère bienfaisante », comme le sont les arbres de la forêt et les roseaux des fleuves. C’est d’elle que nous tirons notre substance : elle nous entretient de ses sucs nourriciers, fournit l’air à nos poumons et nous donne ‘la vie, le mouvement et l’être ‘. Il est donc impossible que les formes terrestres, avec lesquelles la flore et la faune s’harmonisent d’une manière si admirable, ne se reflètent pas également dans les phénomènes vitaux de cette simple partie de la faune qu’on appelle l’humanité
 ».

ET

Même pas Mal

un film de Nadia El Fani et Alina Isabel Pérez

Après Laïcité Inch Allah, Nadia El Fani se met sur la sellette avec son nouveau film coréalisé avec Alina Isabel Pérez.

Même pas mal relate le combat de Nadia El Fani contre les islamistes et montre les attaques violentes dont elle a été la cible durant sa maladie. 
Son désir de vivre et de vivre libre est évidemment dérangeant, et son discours est sans ambiguité.

Pas question de raconter les conséquences de son film, Laïcité Inch Allah, ni de s’apitoyer sur un épisode difficile de sa vie et sur la maladie. Non Nadia El Fani est une battante et elle lutte avant tout contre la sottise et le mensonge.

« Mon esprit de rébellion s’est développé certes par mon histoire familiale, il n’est pas anodin d’être fille de communistes, mais aussi par mon profond besoin et donc désir de liberté. J’ai toujours considéré que mes films ne parlaient que de ça : la liberté. »

Entretien avec Nadia El Fani



Communiqué Anafé, Gisti Quand la France tente d’empêcher les Syriens de fuir

Sans faire de bruit, la France a décidé d’imposer des visas aux Syriens qui souhaiteraient transiter par son territoire pour rejoindre un autre État. Solidaire avec l’opposition en Syrie, mais peu encline à étendre cette solidarité aux Syriens qui aspirent à bénéficier d’une protection sur son propre territoire. Depuis le début du mois de janvier 2013, les sites web de plusieurs consulats français, comme celui du Liban, de la Turquie ou du Koweït, indiquent qu’« à compter du 15 janvier 2013, les ressortissants syriens se dirigeant vers un pays hors de l’espace Schengen en transitant par les aéroports français devront être munis d’un visa de transit aéroportuaire » (VTA).

Devant la difficulté pour obtenir un tel visa, cette obligation entrave sciemment la possibilité pour les Syriens d’échapper au conflit qui fait rage dans leur pays. Surtout, elle permet à la France de renvoyer vers leur pays de départ les personnes dépourvues de ce visa et, par la même occasion, elle restreint la possibilité pour certains Syriens de déposer une demande d’asile auprès de la France, à l’occasion de leur transit par un aéroport français.

Cette décision s’appuierait sur le Code Communautaire des visas, qui prévoit l’adoption d’une telle mesure « en cas d’urgence due à un afflux massif de migrants clandestins ». Pourtant, de toute évidence, les Syriens qui cherchent à fuir leur pays ne peuvent être assimilés à des « migrants clandestins ». Cette décision porte atteinte à l’exercice du droit d’asile pour les personnes fuyant des persécutions. Elle expose également ces personnes à des menaces sur leur vie et leur liberté en cas de renvoi vers un pays tiers qui lui-même les renverrait en Syrie.

L’Anafé et le Gisti, saisissent donc le Conseil d’État pour faire cesser cette atteinte grave et manifestement illégale aux droits fondamentaux de ces personnes.

4 février 2013

Compléments d’informations. Le procédé n’est pas nouveau : depuis le milieu des années 1990, les États européens, et la France plus que tous les autres, se servent, à l’encontre des ressortissants de certains pays ciblés, du visa de transit aéroportuaire comme d’un instrument pour dissuader l’arrivée de demandeurs d’asile sur leur sol. La France est - de très loin - le pays qui a instauré le plus de VTA, ayant ajouté 23 pays à la liste commune. Sont ainsi notamment soumis à cette obligation les pays suivants : Angola, Burkina Faso, Cameroun, Colombie, Congo Brazzaville, Côte d’Ivoire, Cuba, Djibouti, Gambie, Guinée, Guinée-Bissau, Haïti, Inde, Libéria, Mali, Mauritanie, Pérou, République dominicaine, Togo, Sénégal, Sierra Leone, Soudan, Tchad, ainsi que les titulaires du document de voyage pour les réfugiés palestiniens et les ressortissants russes provenant d’un aéroport situé en Ukraine, Biélorussie, Moldavie, Turquie et Égypte.