Même pas peur de Ana Dumistrescu et Max Blumentahl

lundi 9 mars 2015
par  CP
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Même pas peur

Film en production d’Ana Dumistrescu

Réalisatrice de Khaos. Les visages humains de la crise grecque

Et

Max Blumenthal sur la politique israélienne d’intervention militaire dans la Bande Gaza, autrement dit la gestion destructrice de l’occupation.
Max Blumenthal est un journaliste, écrivain et documentariste étasunien.
Ses articles et ses documentaires sont parus dans The New York Times, The Los Angeles Times, The Daily Beast, The Nation, The Guardian, The Independent Film Channel, The Huffington Post, Salon.com, Al Jazeera English.

Lundi 9 mars, Max Blumenthal participera à une conférence-débat à l’université de Saint-Denis, Paris 8, à partir de 18h30.

Son dernier livre, Goliath. Life and Loathing In Greater Israel (Goliath : Vie et Haine dans le Grand Israël, non paru en français), offre une vision particulièrement inquiétante de la société israélienne fondée, selon lui, sur la suprématie ethnique.

Je ne suis pas Charlie et je suis contre toutes les violences. Dans la
semaine du 15 janvier, cinq jeunes enfants sont morts de froid dans la Bande de Gaza, dont le petit Hani, né durant l’intervention militaire israélienne, baptisée « bordure protectrice », en juillet dernier. L’hiver est l’un des plus rudes depuis longtemps et les conditions de vie, ou plutôt de survie, de la population palestinienne dans les ruines de leurs maisons, sont terribles. De cette situation, on ne trouve que très peu d’information dans les médias. Ce sont les réseaux sociaux et les associations qui en parlent. Il faut savoir que l’aide humanitaire internationale promise, pour reconstruire Gaza, n’est pas parvenue à destination.

Dans certaines zones et villes, la destruction des habitations est totale, 80 % des victimes sont des civil-es, mais cela n’a pas soulevé d’indignation générale à hauteur de la catastrophe humaine ! Les États occidentaux, nos gouvernements sont responsables de la situation, du désespoir de la population et de la radicalisation qui va immanquablement suivre. 90 familles gazaouies ont été entièrement décimées, mais il n’y a pas eu de réaction nationale revendiquant la solidarité pour la population civile, non plus de panneau
« Je suis Hani » pour protester contre la mort des enfants.

Lors du défilé grand messe du 11 janvier, Benjamin Netanyahou marchait en tête avec les politiques, devant ceux et celles qui s’affirmaient Charlie. Un criminel de guerre se vantant de défendre la liberté d’expression… Quelle mascarade ! Le lendemain, il lançait un appel à la « communauté juive » pour venir se réfugier en Israël et quitter l’Europe… De la paix, rien. De l’importance de la solidarité face à la violence, aucune allusion… En fait, l’escalade de la violence joue en faveur de sa politique, cela ne fait aucun
doute : la peur est un thème porteur pour remporter les prochaines élections en Israël.

Alors, le mouvement consensuel pour la défense de la liberté d’expression — d’ailleurs laquelle ? —, on peut comprendre que nous sommes un certain nombre à ne pas nous revendiquer Charlie. Même si une partie des manifestants et des manifestantes étaient sincères en brandissant le petit panneau sur fond noir, les politiques versant des larmes de circonstance pour se refaire une image d’humaniste « démocratique » et remonter dans les sondages, c’était difficile d’en être dupe. Des vies humaines sont sacrifiées dans l’indifférence des États à Gaza, en Syrie, en Méditerranée et partout dans le monde ; celles-ci se résument à une litanie du nombre de victimes anonymes et lointaines. La barbarie se banalise. Les victimes des interventions des forces occidentales ne provoquent pas davantage d’émotion « nationale », et pourtant : « 2 400 personnes ont été tuées suite à l’intervention de drones depuis l’investiture du président Obama ». Ce chiffre ne tient pas compte des victimes lors d’opérations spéciales, des assassinats politiques ou des bombardements pour écraser Daesh, en Syrie et en Irak.

Le 7 janvier dernier, l’attentat contre Charlie Hebdo a tué des caricaturistes, provoquant une réaction « nationale » d’indignation.

En juillet 1987, le caricaturiste palestinien Naji al Ali, créateur du personnage de Handala et ancien président de la Ligue des caricaturistes arabes, est atteint par une balle en pleine tête à la sortie de son bureau, à Londres. Ses desseins critiquaient l’occupation israélienne et les régimes arabes. Il décrivait ses dessins comme « l’expression des opprimés qui paient cher leurs vies, portant sur leurs épaules le fardeau des erreurs commises par les autorités ». L’enquête sur le meurtre n’a jamais abouti.

Le 4 avril 2011, Juliano Mer Khamis, comédien, metteur en scène et militant, est abattu devant son théâtre, le Freedom Theater — le théâtre de la Liberté —, à Jénine, en Cisjordanie. Les responsables de sa mort n’ont toujours pas été identifiés.

Les attentats des 7 et 8 janvier 2015 sont extrêmement graves, de même que leurs conséquences qui instillent l’idée d’un ennemi intérieur et attisent la haine et le racisme. Aux États-Unis, le 11 septembre 2001 a permis la mise en place du Patriot Act, c’est-à-dire les exactions contre les droits humains, les dénonciations, l’utilisation de la torture et la banalisation de la violence à l’encontre de personnes seulement suspectées. Les mesures antiterroristes ouvrent la voie aux abus et aux dérives sécuritaires ; elles justifient la suspicion et le racisme.

En France, les lois liberticides ne manquent pas. Le traitement réservé aux étrangers dans notre pays en dit long sur le respect des droits humains. Pensez aux centres de rétention pour les sans papiers, aux arrestations d’enfants, aux mineurs étrangers abandonnés à la rue, aux camps de Roms incendiés…
En janvier, la fédération anarchiste déclarait : « cet attentat intervient dans une période de stigmatisation vis à vis des musulmans ou assimilés comme tels. Il faut rappeler que l’islamophobie est un outil du pouvoir visant à diviser notre classe et ses luttes. Elle ne se développe pas en réaction à un soi disant “problème musulman”. »

Si la manifestation du 11 janvier est une démonstration réactualisée de
l’« union sacrée » de 1914, pour lancer la « guerre » contre le terrorisme, on peut attendre une prochaine campagne électorale basée sur la peur, le rejet et la xénophobie.

S’opposer à la barbarie, c’est d’abord refuser de se laisser berner par les grandes démonstrations médiatiques. Il faut toujours se poser des questions. Accepter la dénonciation de « l’autre », laisser désigner des ennemis intérieurs, des «  terroristes », c’est déjà se rendre complice de la propagande du bouc émissaire… Et les exemples de manipulation similaire ne manquent pas dans l’histoire.

Avec Max Blumenthal, journaliste étatsunien, auteur notamment de Goliath : vie et haine dans le grand Israël, nous aborderons des questions comme la liberté de la presse, la censure exercée concernant l’information sur les crimes de guerre commis par l’armée israélienne à Gaza, les alliances entre les États occidentaux et les États qui financent des groupes comme Daesh ou El Qaida, les liens entre le Likoud et les groupes d’extrême droite, la participation de Benjamin Netanyahou au défilé du 11 janvier, à Paris, puis son discours devant le congrès étatsunien.

Nous parlerons également du travail d’une documentariste, Ana Dumitrescu, qui tourne depuis deux mois un documentaire, Même pas peur ! — c’est
le titre —, qui « s’articule autour de deux thèmes, celui de la peur de l’autre et de la peur du lendemain. »

Le film se construit autour de témoignages, des différentes perceptions de la réalité sociale et des conditions économiques qui favorisent les clivages. Même pas peur ! se veut loin des clichés, questionne, fait débat dans un moment où le contrôle de la « communication » par une minorité semble être le maître mot du contrôle social. Le film est en cours de tournage, il est intéressant d’en comprendre le processus et de soutenir le travail d’une documentariste engagée.

Max Blumenthal nous dira également les conditions de tournage d’un film documentaire qu’il réalise avec Dan Cohen, The Killing of Gaza, filmé à Gaza, depuis l’été 2014.

Max Blumenthal participera également à une conférence-débat à l’université de Paris VIII

lundi 9 mars à 18h30

Amphi D0002

M° St Denis-Université