Comment peut-on être anarchiste ?

Claude Guillon (éditions Libertalia)
mardi 30 juin 2015
par  CP
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«  Comment se manifester en tant qu’intellectuel anarchiste, dans une époque où les démocraties se vantent d’avoir écarté le spectre révolutionnaire, tout en usant du vieil épouvantail “terroriste” pour justifier un arsenal répressif sans précédent, quitte à faire de l’“indigné” une figure à la mode… ?

En militant, en écrivant »…

Ça commence comme ça… Comment peut-on être anarchiste ? Par une introduction dans laquelle Claude Guillon replace son nouvel ouvrage dans le contexte d’une série d’articles, de tracts, et autres de ses écrits publiés durant les quinze dernières années. Ceux-ci étant regroupés par thèmes qui lui sont chers, des thèmes et des paroles souvent polémiques, voire tabous, si l’on s’en tient aux règles instituées, dont il n’est pas si simple de se défaire. L’intérêt est sans doute, et avant tout, de porter les divergences à la surface, histoire de secouer le cocotier de la pensée courante et d’en discuter de manière libre et critique.

Dès l’introduction, quelques remarques viennent à l’esprit, notamment sur l’emploi du terme « démocraties » qui, j’imagine, sont les pouvoirs politiques, médiatiques, universitaires ayant pignon sur rue ? Par ailleurs, la mode à la sauce «  indigné » a bien sûr été adoptée et encouragée pour la bonne conscience suscitée et, en général, l’absence d’engagement actif. Cependant, si cette « indignation » a participé d’une prise de conscience pour certains et certaines… Pourquoi pas ? Ce n’est pas le cas de la grand-messe du 11 janvier dernier, totalement instrumentalisée, autour du slogan « Je suis Charlie ». Enfin, autre remarque, le terme anarchiste recouvre une myriade de tendances, de courants, d’actions, d’attitudes, donc ne fallait-il pas dès l’introduction proposer une base d’analyse synthétique, actuelle et personnelle du terme ?

On le voit, Comment peut-on être anarchiste ? de Claude Guillon soulève très vite des questionnements. Par exemple, dans sa critique de la publication des textes de Noam Chomsky, et le culte qu’il a généré chez quelques-un-es, il n’apparaît pas — au-delà de certains reproches qui ne sont pas souvent imputables à son auteur —, de propositions ou de préconisations de méthodes révolutionnaires pour changer la société. Finalement, on pourrait considérer que la critique des textes de Chomsky s’adresse plus à l’utilisation de son travail et à la médiatisation qui en est faite, qu’à l’analyse radicale de la politique étrangère états-unienne à partir des faits et de ses répercussions. Concernant l’État comme « dernier rempart contre la dictature privée », on peut aussi se demander si le cas des États-Unis est comparable à celui de l’Europe ?

Quant au « corps critique » dont Claude Guillon tente d’examiner sans
faux-semblants nombre de ses aspects, qu’il s’agisse entre autres de
« l’hypermarché du porno publicitaire », du viol, du consentement (?), de la soi-disant légitimité des besoins masculins qui justifierait la prostitution et les violences, du genre, les réflexions ne peuvent que provoquer des réactions. Des réactions d’autant plus vives que la sexualité, l’intimité, le privé devenant alors politiques, il faut alors les articuler avec les principes anarchistes basés sur la liberté, l’égalité et le respect de l’autre. De plus, ce corps « usé par le travail, génétiquement modifié par les polluants industriels, formaté par la publicité, la mode et la pornographie, le corps humain a-t-il un avenir ? On en douterait, à considérer ceux — artistes d’avant-garde, scientifiques et militaires — qui le déclarent “obsolète” et travaillent à son “dépassement” technologique. »

Comment peut-on être anarchiste ? Pourquoi est-on anarchiste ? Qui est anarchiste ? Sur quoi se baser pour devenir anarchiste : sur le refus de l’autorité ? Sur le rejet de la domination ? À discuter…

Nous sommes sur Radio Libertaire, alors ni dieu, ni maître, ni gourou, ni publicité, ni censure…



Jusqu’au 3 juillet, au théâtre de la ville :

Le Mariage de Maria Braun

De Rainer Werner Fassbinder

Dans une mise en scène de Thomas Ostermeier

Allemagne. Maria et Hermann Braun se marient sous les bombes, deux jours avant le départ de celui-ci pour le front russe. À la fin de la Seconde Guerre mondiale, Berlin est en ruine, occupée par les Alliés et dominée par le marché noir et la prostitution. Il faut survivre, Maria est entraîneuse dans un cabaret de Berlin-Ouest et s’en tire grâce à un amant, qu’elle tue accidentellement au retour d’Hermann qu’elle croyait mort. Les retrouvailles sont de courte durée, Hermann s’accuse du crime et est emprisonné. La vie continue.

Maria Braun est l’image d’une femme qui se cherche, se construit et se bat pour son indépendance, contre tous. Autour d’elle, la société, la famille sont à l’affût pour lui dicter sa conduite. Elle va d’abord jouer le jeu, mais sa détermination est claire : ne plus dépendre de qui que ce soit.

Le décor : l’Allemagne de l’Ouest de l’après-guerre, conquise par le libéralisme états-unien et reconvertie en société de consommation. Le nazisme est toujours latent, à peine dissimulé. Pubs et discours politiques s’enchaînent à un rythmé effréné et illustrent parfaitement le défilement du temps, le basculement et l’aliénation de la société.

La mise en scène, la scénographie, les décors, les costumes qui marquent les changements de personnages et d’époques, les archives filmées et sonores, rien n’est laissé au hasard. Critique acerbe de la société allemande, le Mariage de Maria Braun est admirablement rendu au théâtre ; l’essence radicale du film de Fassbinder se retrouve avec, en plus, une promiscuité troublante. Ostermeier réussit là une prodigieuse mise en espace d’un contexte social et politique.

Les quatre comédiens qui entourent Maria Braun, incarnée par Ursina Lardi, jouent à merveille tous les personnages — hommes et femmes — qui se succèdent « en direct » avec un costume, une perruque, un accessoire, auxquels s’ajoute une gestuelle adaptée à chaque caractère. Fascinant.
Du très grand théâtre.

Jusqu’au 3 juillet, au théâtre de la ville :

Le Mariage de Maria Braun

De Rainer Werner Fassbinder

Mise en scène de Thomas Ostermeier