Le féminisme rationnel. Pour la vie

Alexandra David-Néel (Nuits rouges, 1998)
lundi 21 janvier 2008
par  CP
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Avec Catherine Lafon et Marie-Victoire Louis

Parler des femmes et de leur situation aujourd’hui, certains vous diront qu’on entend plus parler que de ça : que ce soit la parité en politique, l’avortement ou les régimes, nous sommes partout et il faudrait s’en satisfaire.

La vitrine est certes alléchante, mais si l’on creuse un peu, que trouve-t-on ?

Des filles de pub qui ne nous ressemblent pas, des tabous sur la sexualité et la contraception, des voies toutes tracées vers des métiers à vocation maternelle ou féminine et surtout, combien de préjugés encore bien ancrés, combien de petites blagues machistes lancées — en tout bien tout honneur bien sûr — par nos amis les hommes ?

Ça ne ne date pas d’hier et l’on nous conseille de voir plutôt les aspects positifs et les changements qui nous ont profité.
D’accord, de la femme préhistorique que l’homme traîne par les cheveux à celle de cette femme moderne, avec cuisine toute équipée et mari qui accompagne les enfants à l’école, qui un boulot de secrétaire dynamique, il y a du progrès. Mais nuance oblige, les choses ne sont pas aussi roses.


Alexandra David-Néel, au début de ce siècle, percevait déjà ces inégalités. Femme de tête, future grande voyageuse, elle ne se contente pas de faire un constat, elle contribue au combat féministe par sa plume et sa présence militante. Dans son texte, Le féminisme rationnel , écrit en 1909, Alexandra David-Néel encourage les femmes à devenir indépendantes financièrement et, au delà de l’opposition entre les deux sexes, c’est à la société et ses dysfonctionnements qu’elle s’en prend, que ce soit dans l’éducation des enfants, la police des mœurs ou la religion.

L’homme, même le mieux intentionné, même le plus éclairé, n’est pas encore prêt à considérer sa compagne comme un libre associé.” écrivait Alexandra David-Néel en 1909, et, aujourd’hui est-ce si différent ?

Dans la postface au féminisme rationnel , Catherine Lafon écrit : “tout ou presque a été dit et écrit sur la condition féminine, sans que celle-ci se soit modifiée vraiment.

Est-ce un constat pessimiste ?
Qu’il s’agisse du partage du travail domestique, de la responsabilite de l’éducation des enfants, des conditions de travail, de l’égalité des salaires ou de la discrimination de genre, la situation n’a pas évolué depuis un siècle autant que l’on aurait pu l’espérer.

Tentez de revendiquer, dans le cadre de l’application des 35 heures — c’est-à-dire sur l’aménagement du temps de travail —, la non discrimination de genre à l’embauche et vous verrez les réactions de certains représentants et représentantes de la direction du personnel. Sans oublier la régression des droits des femmes en ce qui concerne l’IVG depuis sa légalisation.

Bien sûr, cela se fait en douce… on supprime des centres de planing familial là où cela est vraiment nécessaire… en banlieue ou en province…

Quant à la dépendance des femmes, c’est hélas toujours actuel !
C’est pourquoi il est intéressant de découvrir les textes d’Alexandra David-Néel.

Dépendantes des hommes, opprimées par le système, premières victimes des violences… Les femmes sont les laissés pour compte de la société et ce ne sont pas les modèles de femmes politiques ou de femmes médiatisées qui feront basculer cet état de choses pour la grande majorité des femmes. Ce serait trop long ! Lutter contre le sexisme est inséparable de lutter contre toutes les inégalités.

Signé : non pas les chiennes de garde, mais les panthères rebelles !


Le féminisme rationnel suivi par Les femmes, ces immigrées de l’intérieur (préface Catherine Lafon).