Le scandale Paradjanov

Film de Serge Avedikian et Olena Fetisova
lundi 5 octobre 2015
par  CP
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Le film évoque l’itinéraire créatif de Sergei Paradjanov, réalisateur arménien hors norme, imaginatif et provocateur, dont la soif de liberté et le refus de se plier aux interdits édictés par l’Union soviétique lui valurent la prison à plusieurs reprises.

« Si j’ai osé faire ce film, [déclare Serge Avédikian] c’est que Paradjanov est un personnage riche et ambigu. Pour qu’il ne termine pas au musée, il fallait lui donner une deuxième vie cinématographique. C’est trop tôt pour faire un film sur lui ».
On l’aura compris donc, le film n’est pas un biopic, c’est plutôt une plongée dans l’univers fantasmatique de Paradjanov.

Serge Avédikian, co-réalisateur et acteur, interprète avec un mimétisme troublant le rôle de Paradjanov, il l’incarne littéralement et l’on perçoit son admiration pour ce créateur cinématographique qu’il a rencontré en 1983. Paradjanov le surréaliste, l’internationaliste, le farceur aussi, prenait tous les risques pour exprimer sa verve et sa vision du monde. C’est cette détermination qui ressort dans le film, qui mêle à la fois ses créations, son travail, ses rencontres et certaines étapes de sa vie, mais lui-même faisait-il seulement la différence ?

Nous avions déjà rencontré Serge Avédiakian lors de la sortie de son court métrage d’animation, Chienne d’histoire, qui racontait le massacre des chiens de Constantinople en 1910. Paradjanov est son premier long métrage qui est un hommage au grand réalisateur : « Paradjanov est quelqu’un qui m’a permis de faire du cinéma. Je suis comédien au départ. » Une rencontre qui fut déterminante en effet, et qui, avec ce film, initie une réussite, à savoir mettre en scène une époque, le processus de création, incarner un personnage étonnant et
« pluridisciplinaire » et replonger le public dans l’univers cinématographique de Paradjanov.

Serge Avedikian [1] : J’ai voulu dans ce film des trucages, de la poésie, des moments de fantaisie, mais il fallait aussi être sobre en ce qui concerne le personnage parce que je voulais traiter de sa solitude. Il était sans cesse en représentation, en spectacle et en même temps de très seul. C’est pour cela que le film devait être une coproduction entre les pays où Paradjanov a vécu et il était aussi important qu’il soit en dialecte ukrainien.

C’est quelqu’un qui a dérangé par son excentricité, son anti conformisme et par ses prises de position qui n’était pas politique dans le sens premier du terme, mais qui était éminemment politique.

Ce film aurait pu me liquéfier complètement parce que le personnage est tellement fort.


[1Extrait d’un entretien qui a eu lieu au Festival CINEMED de Montpellier le 30 octobre 2013.