Revue Illusio. D’une pierre deux coups, film de Fejria Deliba

mardi 19 avril 2016
par  CP
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Revue Illusio

(n°14/15) Capitalisme, corps et réification

en compagnie de Patrick Vassort, Jean-Luc Debry et Thierry Vandenieu

L’émission se poursuivra par une présentation et un débat
à Publico, 145 rue Amelot (75011)

Enfin, du cinéma avec le film de Fejria Deliba, sur les écrans le 20 avril

D’une pierre deux coups

Mais tout d’abord la revue Illusio
Constituée d’enseignant-es, de formateur-es et d’étudiant-es, Illusio, revue en sciences humaines et sociales, propose d’emprunter d’autres voies que celles de la pensée unique contre les idéologies figées et réductrices du monde contemporain. Cette revue est issue d’une démarche et d’un désir collectifs, et chaque numéro s’élabore hors de l’actualité médiatique et des courants marqués par le formalisme académique. La revue Illusio est une aventure intellectuelle, tant par le choix des thématiques que par la volonté commune de tenter d’initier une réflexion et d’engager un débat sur la société et le politique.

Dans une société du spectacle où s’associent postmodernisme et libéralisme pour anéantir la pensée vive, Illusio présente un espace de transmission, d’argumentation, d’échange sur les divers positionnements intellectuels. Et ce sont des chercheur-es dans tous les domaines — philosophie, sociologie, anthropologie, science politique, économie, psychologie, psychanalyse, sciences de l’éducation, etc. — qui confrontent et articulent les systèmes et les références les plus variées.

Le premier numéro de la revue Illusio consacrée à la théorie critique de la crise — Ecole de Francfort, controverses et interprétations —, s’employait à la critique radicale du capitalisme, de la société administrée, et de la culture de masse… C’est-à-dire la crise, généralisée et permanente. Le second numéro — Du crépuscule de la pensée à la catastrophe —, était consacré à l’actualisation de la notion de production industrielle des biens culturels, aux catastrophes technoscientifiques contemporaines et en devenir, mais aussi à l’épuisement de la pensée et de l’éducation, comme moments fondateurs de toute résistance à la massification de la société.

Ce nouveau numéro d’Illusio est également dédié à l’actualisation de la théorie critique et s’intitule Capitalisme, corps et réification. Il poursuit l’analyse et le développement d’une théorie critique de la crise pour l’émergence de nouveaux questionnements et différentes pistes de réflexion. Capitalisme, corps et réification porte essentiellement sur la thématique du corps en abordant les sujets de la marchandisation du désir, de l’amour et de la sexualité, des pulsions de vie et de mort, ainsi qu’une critique radicale du sport comme analyseur déterminant de la réification contemporaine.

Le développement de ces thématiques se fait par le biais d’une démarche transdisciplinaire, incluant la psychanalyse, la philosophie, l’anthropologie, la sociologie et les sciences politiques, à laquelle participent, entre autres, Angela Davis, Christophe Dejours, Anselm Jappe, Herbert Marcuse, Gérard Rabinovitch, Roswitha Scholz…

Quant à définir le pessimisme radical face à la crise contemporaine et l’arme politique de la théorie critique, voici ce qu’écrit Patrick Vassort : « Né de la crise des années 30, la théorie critique doit trouver la haine nécessaire pour tout ce qui est en place, permettant de refuser la philosophie du progrès pour le progrès, du rendement pour la croissance, de la technologie pour le bien être, du travail pour la richesse et pour l’intégration. L’insoumission est la première étape permettant de résister aux formes contemporaine de domination, mais cette insoumission à l’accélération, à la machine, à la technologie, aux sciences, à l’université, au capital et au travail, doit être une insoumission raisonnée reposant sur la nécessité d’une destruction et d’une imagination créatrices ».

Présentation de la revue et débat à Publico, 145 rue Amelot à partir de 16h30, 16 avril 2016.

D’une pierre deux coups Un film de Fejria Deliba

Zayane, 75 ans et mère de famille nombreuse, n’est jamais sortie de la cité qu’elle habite depuis son arrivée en France. Et voilà qu’après avoir reçu une lettre annonçant le décès d’un homme qu’elle a connu, elle décide de se faire la belle pour retrouver le temps d’une journée un passé enfoui, au loin, en Algérie.

C’est une belle histoire de mémoire, d’amour et de cinéma que nous offre Fejria Deliba avec ce premier long métrage, D’une pierre deux coups, ancré avec subtilité dans une réalité sociale et politique. Le scénario est «  à deux lectures, [d’où le titre] avec des choses à décrypter. […] Il y a ce que l’on voit d’emblée, et ce qui est derrière. [En l’occurrence], les silences des secrets de famille dans les rapports de l’Algérie et de la France. »

Lorsque la nombreuse fratrie — onze enfants —, vivant chacun et chacune à leur manière et selon leurs convictions, découvrent l’absence de leur mère, c’est d’abord l’inquiétude et, ensuite, l’occasion de se retrouver ensemble, malgré leurs différences, et de réaliser que Zayane qui, à leurs yeux, n’a pas d’autre statut que celui de mère, que Zayane est une femme et qu’elle a aussi été autrefois une jeune fille. Des dialogues cash, drôles, qui secouent, mine de rien, quelques clichés sur les banlieues et les familles immigrés. C’est un film rare et vu de l’intérieur, avec une interprétation parfaite autour d’une Zayane — incarnée par Milouda Chaqiq, formidable de naturel et de bon sens —, dont la devise est «  il faut faire pour ne pas regretter  » ! Impossible de dire mieux.

D’une pierre deux coups de Fajria Deliba est une histoire de films dans le film, de mémoires, mémoire coloniale et mémoire de jeunesse, de messages en images et en sons à défaut de lettres… Le film sera sur les écrans mercredi prochain, 20 avril.