Les internationalistes face aux mobilisations des deux guerres mondiales

Avec François Roux, Charles Jacquier et Lou Marin
mardi 25 décembre 2007
par  ps
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Le sujet soulève de nombreuses questions. Pourquoi toutes les composantes du mouvement ouvrier européen, libertaires comprises, ont-elles renoncé, en 1914, à se battre contre la guerre ? Pourquoi de fervents pacifistes ont-ils basculé dans “l’union sacrée” ? Pourquoi l’image galvaudée de la “fleur au fusil” a-t-elle si bien fonctionné pour entraîner des millions de personnes à la boucherie ?

Dans son article publié dans la revue Gavroche, « Quand les anarchistes partirent à la guerre », François Roux cite Pierre Monatte :
« Tout s’était effondré sous mes pas. […] Stupéfaction devant l’explosion de chauvinisme au sein de la classe ouvrière. Plus encore devant le déraillement de tant de militants syndicalistes et anarchistes, de presque tous les socialistes. Le socialisme venait-il d’être tué ? la guerre avait-elle balayé l’esprit de classe, notre espérance en l’émancipation des travailleurs de tous les pays ? […] Difficile de ne pas croire que nos idées d’hier n’étaient plus que lamentables ruines ».

Le constat était en effet plus que pessimiste : « l’entrée en guerre suscita les revirements les plus spectaculaires, non seulement celui de l’ensemble des dirigeants socialistes, mais également de la plupart des anarchistes. »

Devant l’ampleur du carnage, d’autres revirements, à l’inverse, se feront durant la Première Guerre mondiale, et après.
Mais l’analyse de ce qui s’était passé et l’affirmation du “jamais plus ” n’ont pas empêché, 25 ans plus tard, que les attitudes de certains internationalistes européens se reproduisent face à la Seconde Guerre mondiale. Alors, finalement, qu’est-ce que l’internationalisme ? Et quelle est sa force dans une situation de conflit généralisé ? Comment résister à la propagande de guerre, de “défense nationale” ?

La situation d’avant la guerre de 1914 n’est certes pas identique à celle qui a précédé la Seconde Guerre mondiale. Néanmoins, les causes et les conséquences de la guerre sont-elles différentes ? Elles sont prévisibles, comme l’écrit Nicolas Faucier : « La guerre ne résout rien […], elle est la source fatale de futurs conflits. Celle-ci sera donc, comme les précédentes, un sacrifice inutile des peuples immolés, une fois de plus, aux intérêts sordides des oligarchies qui se disputent le monde. »

Mais les mobilisations, en 1939 et 1940, ont-elles été de même nature ?
S’il faut « lutter pour abattre les régimes de boue et de sang instaurés par l’hitlérisme et le stalinisme », faut-il pour autant accepter « une guerre fratricide ne visant qu’à détruire une forme d’oppression par une autre dont le masque démocratique recouvre les mêmes vices fondamentaux » ?

« Militant révolutionnaire, [poursuit Nicolas Faucier, en mars 1940] j’ai consacré, jusqu’au moment de mon incarcération, le meilleur de mon activité à éveiller la classe ouvrière à la conscience de son rôle social qui est de substituer au désordre capitaliste fauteur de guerre un régime ou l’égalité économique et sociale aura fait disparaître tout germe de conflits sociaux ou guerriers. […] La guerre n’est que le fruit des rivalités impérialistes engendrées par le régime capitaliste dont le système néfaste, basé sur l’égoïsme et la soif de profit d’une classe privilégiée, a déjà causé tant de méfaits significatifs. »

« Des millions d’hommes sont lancés, pour une cause qui leur est étrangère, dans une guerre d’extermination contre le déclenchement de laquelle j’ai lutté de toutes mes forces, avec la ferme intention de refuser ma participation directe ou indirecte à cette ignominie qui fera retomber le monde dans la plus monstrueuse barbarie. »

CP


Voir bibliographie de l’émission et documents sur le sujet.


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