Des rêves sans étoiles de Mherdad Oskouei. « {Franco no ha mort} ». 22e Festival du cinéma espagnol de Toulouse

lundi 25 septembre 2017
par  CP
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Des rêves sans étoiles Film documentaire de Mherdad Oskouei

Le film est sur les écrans depuis le 20 septembre
Entretien avec Mherdad Oskouei

Les violences de l’État à Barcelone
« Franco no ha mort »
par Daniel Piños

22e Festival du cinéma espagnol de Toulouse 29 septembre / 8 octobre 2017

« Franco no ha mort »
C’est ce que l’on pouvait lire sur de nombreuses banderoles et affiches, confectionnées à la hâte, par les manifestant.es qui sont descendu.es par dizaines de milliers dès l’annonce du coup de force de Madrid contre la Catalogne, mercredi matin. Jeudi et vendredi, les mobilisations continuaient de plus belle et ont pris de l’ampleur vendredi, avec un appel à la grève générale de la CGT et de l’IAC.

Le gouvernement de droite, au pouvoir à Madrid poursuit sur la voie de la répression avec le soutien de Ciudadanos et d’une fraction du Parti Socialiste (PSOE). Après l’arrestation de quatorze responsables politiques catalans, mercredi, dont onze sont encore en garde-à-vue pour « sédition » et « détournement de fonds », des perquisitions ou tentatives de perquisitions contre des locaux de partis politiques indépendantistes et la saisie de plus de dix millions de bulletins de vote, censés servir pour le référendum du 1er octobre, Madrid a tout simplement mis sous tutelle financière la Généralité, le gouvernement autonome. Il n’en faudrait pas plus, d’ailleurs, pour que l’article 155 de la Constitution de 1978, qui prévoit la suspension des autonomies régionales, ne soit mis en œuvre au nom, selon Mariano Rajoy, le Premier ministre, de la défense de « l’unité du pays » et de la « démocratie ».

La Cour constitutionnelle espagnole a annoncé, jeudi 21 septembre, avoir infligé des amendes de 6 000 euros à 12 000 euros par jour à 24 organisateurs du référendum d’autodétermination de la Catalogne. La Cour a, pour la première fois, mis en œuvre une récente réforme de 2015 qui lui permet d’infliger des amendes aux fonctionnaires qui enfreignent ses résolutions, voire de les suspendre de leurs fonctions.

Drôle de conception de la démocratie de la part de Rajoy, qui refuse de considérer, un seul instant, non pas le droit à l’indépendance, mais le droit à l’auto-détermination. Sans même parler du franquisme, dont le Parti Populaire est issu, en dernière instance, l’attitude autoritaire et anti-démocratique de Rajoy n’est pas sans rappeler la décision des droites espagnoles de la CEDA, de retour au pouvoir sous la seconde République, entre 1934 et 1936 qui, d’un côté, avait écrasé la grève des mineurs d’Asturies et, de l’autre, suspendu le statut autonome de la Généralité de Catalogne.

Aux côtés de l’ERC, le centre-gauche indépendantiste, et au nom du sens des responsabilités, les leaders actuels du PDECAT (Parti démocrate européen catalan), le président du gouvernement de Catalogne Carles Puigdemont en tête, ont tout d’abord appelé au calme alors que les gens commençaient spontanément à descendre dans la rue, mercredi matin. Le PDECAT et l’ERC qui sont comme effrayés par ce que voudrait dire maintenir, coûte que coûte, un droit aussi élémentaire celui du référendum du 1er octobre. Leur attitude actuelle est avant tout liée à la crainte qu’ils ont du fait que la question nationale se transforme en un moteur de combat qui les dépasserait complètement si le monde du travail, les classes populaires et la jeunesse s’en emparaient en les écartant du chemin.

Ce n’est pas à la bourgeoisie catalaniste de décider si un droit aussi élémentaire que celui à l’autodétermination doit ou non être respecté. Depuis mercredi, ce sont des dizaines de milliers de personnes qui se sont rassemblées dans les villes et les villages de Catalogne en soutien au processus et contre le coup de force madrilène. Mais des rassemblements ont également été organisés dans les pays catalans, dans la région de Valence et aux Baléares, à Madrid, en Aragon, en Andalousie, et bien entendu en Galice et en Euskadi. Dans les établissements scolaires et universitaires de Catalogne, les journées de jeudi et vendredi ont été une longue suite d’AG et de débrayages, après les manifestations de mercredi soir auxquelles les jeunes ont fortement participé. Du côté syndical, la CGT (la Confédération générale du travail anarcho-syndicaliste) et la plateforme des syndicats indépendantistes (IAC) ont appelé à une AG de leurs directions respectives, jeudi soir, pour décider d’une grève, dès vendredi, dans toute la Catalogne. Les dockers ont, pour leur part, anticipé l’appel puisque ceux des ports de Barcelone et Tarragone ont annoncé le boycott des embarcations dépendant de la garde civile.

Tout cela pourrait aller beaucoup plus loin qu’une simple protestation contre le coup de force du gouvernement de Madrid, car les travailleurs sont conscients que l’accession de leur région à l’indépendance ne résoudra pas les problèmes sociaux. La bourgeoisie catalaniste a montré tout au long de l’histoire qu’elle ne visait que la prise du pouvoir en maintenant sa domination sur les classes populaires. En 1936, lorsque les travailleurs se sont emparés de leurs usines en expropriant leurs exploiteurs, entamant ainsi la plus grande révolution sociale de tous les temps, la bourgeoisie catalane a soutenu financièrement le coup d’État fasciste du général Franco.

Salvador Segui, un des principaux dirigeant de la CNT (le syndicat anarcho-syndicaliste), disait dans les années 1920 : « L’unique ennemi qu’à la Catalogne est le même qu’il y a à Madrid : le Capitalisme ». Même si nous ne vivons plus à cette époque, les classes populaires n’ont pas changé d’adversaires. Un ouvrier de Barcelone a certainement plus d’intérêts communs avec un ouvrier de Madrid qu’avec un patron de Castille.

Les partis catalanistes ne remettent pas en question le système d’exploitation capitaliste, ils ne conçoivent que la création d’une république bourgeoise. Il n’y a là rien qui pourrait modifier la vie des milliers d’habitants de la Catalogne qui subissent le chômage et une extrême précarité.

Des rêves sans étoiles Film documentaire de Mherdad Oskouei

Lorsque Mherdad Oskouei décide de poser sa caméra dans un centre de détention pour jeunes filles mineures à Téhéran, il lui faudra attendre pour avoir les autorisations de filmer leurs paroles… La caméra en prison est vite oubliée et défile alors des images poignantes, proches, des témoignages bouleversants, des expériences racontées, confiées, décrivant une misère sociale sans fard, sans voyeurisme… Simplement, comme une évidence.

« Comment t’appelles-tu ? Je m’appelle Personne ! J’ai traîné avec des gens qui m’ont obligée à être comme eux. Je ne suis pas une enfant des rues, mais j’ai dû faire mes preuves pour être acceptée. » La jeune fille se voit condamnée par avance, alors se battre pour une vie meilleure… « La société est plus forte. Si elle avait donné du travail à mon père, il n’aurait pas fini drogué.  »

Ces jeunes filles ont connu et vécu le pire, le viol, la délinquance pour survivre, la drogue, la rue, le crime, l’abandon des parents… « La souffrance suinte des murs ici. » dit l’une d’elles.
« Tu crois en dieu ? demande le réalisateur. Réponse : Je ne m’adresse pas à lui. »
« Un jour, je mourrai dans le caniveau.  »

Un film à la fois choc et tendre ! Une révélation.

Des rêves sans étoiles de Mherdad Oskouei est sur les écrans depuis le 20 septembre.

22e Festival du cinéma espagnol de Toulouse Cinespaña Du 29 septembre au 8 octobre 2017

https://www.cinespagnol.com/

« Pour sa diversité, pour son insolence et sa fraîcheur, le cinéma espagnol reste un cinéma largement à découvrir. Depuis que la crise a fait voler en éclats les modes de production traditionnels, le cinéma espagnol n’a eu de cesse de se réinventer en une multitude de propositions, d’expériences et de genres. »

17 films - inédits ou distribués
FICTION

100 metros de Marcel Barrena (2016 - 1h14)
Belle Dormant de Ado Arrietta (2016 - 1h14)
Colossal de Nacho Vigalondo (2016 - 1h14)
El bar de Álex de la Iglesia (2016 - 1h14)
Incierta gloria de Agustí Villaronga (2016 - 1h14)
La colère d’un homme patient de Raúl Arévalo (2016 - 1h14)
La madre de Alberto Morais (2016 - 1h14)
La mano invisible de David Macián (2016 - 1h14)
L’homme aux mille visages de Alberto Rodríguez (2016 - 1h14)
Los del túnel de Pepón Montero (2016 - 1h14)
Psiconautas de Pedro Rivero & Alberto Vázquez (2016 - 1h14)
Que dios nos perdone de Rodrigo Sorogoyen (2016 - 1h14)
Quelques minutes après minuit de Juan Antonio Bayona (2016 - 1h14)
Vientos de La Habana de Félix Viscarret (2016 - 1h14)

Été 93 de Carla Simon.

DOCUMENTAIRES
Afectados de Silvia Munt (2016 - 1h14)
Dead slow ahead de Mauro Herce (2016 - 1h14)
Le mystère Jérôme Bosch de Andrés López Linares (2016 - 1h14)
María (y los demás) de Nely Reguera

COMPÉTITION DOCUMENTAIRE
Arreta de María Zafra & Raquel Marques (2016 - 1h00)
Donkeyote de Chico Pereira (2017 - 1h25)
El mar nos mira de lejos de Manuel Muñoz Rivas (2017 - 1h33)
Els Karamazoff de Carmen Rodríguez & Juan Gamero (2016 - 1h25)
Grab and run de Roser Corella (2017 - 1h25)
Un padre de Víctor Forniés (2016 - 1h01)

Premières oeuvres en compétition
Júlia ist de Elena Martín (2017 - 1h30)
La maldita primavera de Marc Ferrer (2017 - 1h02)

Abracadabra de Pablo Berger (Film de clôture)

MIRADAS. MÉMOIRE, CULTURE ET SOCIÉTE
Consacrée au documentaire, Miradas est un espace de réflexion sur les enjeux de
la société espagnole contemporaine.
Trois soirées en double programme présentés par des intervenants et invités
La cultura es un arma cargada de futuro
« Très souvent le combat contre la dictature espagnole a été montré sous la forme de répression policière, de manifestations de rue ou de grèves mais beaucoup plus rarement sous l’angle de la culture. Pourtant le monde culturel a été bien présent dans la bataille contre le franquisme que ce soit en Espagne ou dans l’exil notamment en France où de nombreux intellectuels s’étaient réfugiés. En Espagne le combat quotidien consistait à tenter de déjouer la censure et les interdictions, tandis qu’à Paris la liberté permettait de produire des oeuvres qui auraient été interdites à Madrid. Ce sont donc ces deux aspects d’un même combat que nous vous présentons, une compagnie théâtrale indépendante à Lebrija, Teatro Lebrijano, et un intellectuel en exil à Paris. »

Más allá del escenario de Nonio Parejo (2017 - 1h08)

Caballo de viento de Moisés Salama (2017 - 1h30) Scén. Moisés Salama, Alejandro Alvarado, Concha Barquero // Prod. Moisés Salama, Rosa Tapia-Ruano // Avec Fernando Fernández de Castro, Violeta García Morales, Antonio Pérez... Portrait d’un personnage dont l’histoire est intimement mêlée à celle de l’Espagne et à cette génération qui a connu les luttes étudiantes des années 1960, l’exil en France dans le milieu underground, l’addiction à l’héroïne, le retour à Madrid avec la démocratie et aujourd’hui la nouvelle situation politique : irruption du 15-M et avènement de Podemos..

Federica Montseny, Ada Colau : deux femmes en politique
Federica Montseny, dirigeante anarchiste, écrivaine et première femme nommée ministre en Europe pendant la IIe République. Ada Colau, membre actif du mouvement anti-globalisation, fondatrice et porte-parole de la PAH (Plateforme des victimes du Crédit Hypothécaire), élue maire de Barcelone en mai 2015. Malgré des contextes très différents, ces deux femmes se rejoignent dans le combat qu’elles ont dû mener pour s’imposer dans un milieu principalement composé d’hommes, dans leur façon de concevoir la politique et dans les mesures concrètes qu’elles font adopter, au Parlement pour l’une, et au conseil municipal, pour l’autre. Ada Colau n’oublie jamais le combat mené par Federica Montseny et, comme elle, consacre sa vie à la lutte pour une société plus juste.

Alcaldesa de Pau Faus
Alcadesa retrace le parcours d’Ada Colau depuis le début de la campagne électorale pour la mairie de Barcelone avec « Barcelona en comù », qui regroupe des associations et partis politiques de gauche, jusqu’à sa victoire finale. Le réalisateur nous fait le récit d’un événement historique mais nous fait également part des doutes d’Ada Colau sur la pratique du pouvoir.

Federica Montseny, l’indomptable de Jean-Michel Rodrigo
Marmitafilms Dirigeante anarchiste, Federica Montseny est nommée ministre de la Seconde République espagnole en 1936. Pendant son mandat, elle tente d’instaurer des lois sociales en particulier sur le droit des femmes. Après la Guerre d’Espagne, elle prend le chemin de l’exil vers Toulouse où elle poursuivra son combat libertaire. Vingt ans après sa disparition, sa pensée et son audace demeurent des références pour de nombreuses générations.

El fín de ETA de Justin Webster
Lorsqu’en 2000 une réunion informelle rassemble un élu local du PSOE et un dirigeant de Batasuna dans une ferme isolée du Pays Basque, qui aurait pu imaginer que cela préfigurait dix ans de négociations ? Dix ans de rendez-vous secrets en France, en Suisse et en Norvège sous les auspices de médiateurs comme Kofi Annan ou Gerry Adams. Un documentaire qui se regarde comme un thriller.

NO, un cuento flamenco de José Luis Tirado
Une histoire d’aujourd’hui ancrée dans la situation sociale et économique actuelle et traitée comme un opéra flamenco urbain et contemporain où l’action s’exprime par la danse, et les dialogues par le chant. No, la danseuse, personnage principal et fil conducteur, nous transporte dans plusieurs décors témoins des difficultés quotidiennes, de la précarité et de la lutte pour survivre.

España en dos trincheras. La guerra civil en color de Francesc Escribano, Luis Carrizo (2016 - 1h35) Scén. Manel Lucas // Prod. Minoria Absoluta, Sherlock Films, A contracorriente Films Sous l’autorité reconnue de l’historien britannique Anthony Beevor, España en dos trincheras nous retrace avec rigueur le récit de la guerre civile à partir des archives de la Filmoteca Española. La nouveauté de ce film très didactique est d’en avoir colorisé les images, ce qui le rend plus impressionnant et lui donne une proximité nouvelle et perturbatrice.