Collapsus. Survivre avec Auschwitz en mémoire.

Maurice Rajsfus (Lignes)
mardi 29 janvier 2008
par  CP
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Dans ce nouveau livre, Maurice Rajsfus revient encore une fois sur les non-dits, sur la réalité occultée, sur l’amnésie et sur l’instrumentalisation de l’histoire…
Et, enfin, sur les commémorations. « On commémore pour avoir la conscience tranquille. On commémore pour faire savoir aux populations laborieuses que les bons sentiments peuvent être proclamés, alors que l’instinct répressif reste toujours vif. On réprime les jeunes des banlieues, les sans-papiers, les chômeurs et ceux sur qui pèse la menace de la perte de leur emploi. On réprime socialement et politiquement. On réprime politiquement en expulsant des étrangers qui avaient cru trouver asile au pays des libertés. » Maurice Rajsfus, Collapsus. Survivre avec Auschwitz en mémoire .

Quel enseignement doit-on tirer du génocide perpétré par les nazis dans les camps de concentration et d’extermination — 5 millions de femmes, d’hommes et d’enfants assassinés —, un massacre de masse méthodiquement organisé ?
Le nazisme est un système qui a eu, en France, des complices serviles — les collaborateurs — et en premier lieu la police française qui arrêtait, exécutait les rafles et faisait même du zèle. Il ne faut pas oublier.

Maurice Rajsfus a porté l’étoile jaune. Sa famille a disparu, livrée aux nazis par la police française pour être envoyée dans les camps de la mort, c’est un rescapé « à perpétuité ».
Et dans ses pires cauchemars, écrit-il, il n’y a pas d’Allemands, mais des policiers français qui « ont été les meilleurs auxiliaires de la Gestapo, de l’été 1940 à l’été 1944 », ceux-là même qui tourneront, avec l’air du temps, résistants au cours de l’été 1944.

Collapsus. Survivre avec Auschwitz en mémoire est la somme de nombreuses réflexions sur cette époque, sur les conséquences, sur ce qui n’a pas vraiment changé. C’est aussi une analyse de la mémoire : « il n’est pas possible de vivre avec le seul souvenir des camps nazis. Car vivre avec ce seul souvenir amène à considérer les autres systèmes d’enfermement comme acceptables, voire nécessaires… »

Les années noires de l’Occupation, Maurice Rajsfus les a vécues, puis le retour des déporté-e-s, et le sentiment de culpabilité d’avoir échappé, lui, au judéocide. Ce qui reste inébranlable, c’est sa volonté de faire comprendre « les raisons profondes d’un terrible dérapage collectif qui peut rendre les êtres indifférents au mal. », de lutter contre une barbarie qui peut prendre d’autres formes : « Avoir été victime de la barbarie ne donne pas d’autres droits que celui de lutter contre la renaissance de la barbarie. »
Et alors, il dénonce : « Dans la France démocratique du début des années 2000, une centaine de centres de rétention ont été ouverts pour y enfermer des étrangers à qui le droit d’asile a été refusé. »

Aujourd’hui, à la lecture d’un éditorialiste — moraliste patenté et inquisiteur professionnel de la pensée unique — qui parle « d’une révolte avec un caractère ethnico-religieux » pour décrire ce qui s’est passé dans certaines banlieues et qui n’hésite pas à qualifier de « signes précurseurs inquiétants » d’un « pogrom anti-républicain » le fait qu’à l’issue du match de football France-Algérie, des jeunes aient sifflé La Marseillaise, on se dit que des livres comme Collapsus. Survivre avec Auschwitz en mémoire de Maurice Rajsfus sont plus que jamais nécessaires, que cette époque reflète une violence et une mauvaise foi extrêmes et que les masques tombent :
« Il ne faisait pas bon être un Juif étranger, à Paris, en 1942, il n’est pas particulièrement aisé, en 2005, d’avoir la peau colorée et de n’être pas muni d’une précieuse carte de séjour. Dans l’un et l’autre cas, la police était, et est, à l’affût. Sus aux Juifs, hier ! À la porte les "Bougnoules" et les "Bamboulas", aujourd’hui ! »