Congo-Brazzaville : silence de mort pour une guerre d’intérêt

Ba Sanga et…
dimanche 17 février 2008
par  CP
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Définir les exactions et les violences au Congo-Brazzaville comme une guerre tribale, quoi de plus commode pour passer à la trappe la stratégie de destruction d’un gouvernement qui a déjà sévi et pour balancer aux poubelles des rédactions les informations et les témoignages en provenance de ce pays de l’Afrique équatoriale ?! Finalement, qu’ils se détruisent entre eux et pour arrêter les débordements de la sauvagerie, un gouvernement fort - l’actuel gouvernement de Sassou Nguesso par exemple - voilà la solution ! Surtout que Sassou Nguesso — très lié à l’Élysée — a pris le pouvoir après un coup d’État militaire sous prétexte que l’ex-gouvernement ne respectait pas la constitution pour, finalement, une fois au pouvoir, abroger cette même constitution qu’il prétendait vouloir défendre… Logique non ? Logique de pouvoir.

La violence au Congo-Brazzaville : une guerre soi-disant "tribale" qui arrange beaucoup de dirigeants de même que certaines multinationales, dont ELF pour ne pas la citer, et tout ça sur fond de magouilles politico-financières. Les enjeux réels de cette guerre faite aux civils, il vaut mieux ne pas en parler. Ça ferait désordre et cynique une guerre d’intérêts. Hélas rien de nouveau dans cette région de l’Afrique depuis le début du siècle. On se souvient des souvenirs sur la colonisation de Félicien Challaye, Un livre noir de la colonisation.

Sur le travail forcé, l’esclavage subi par les populations d’Afrique équatoriale alors sous la coupe de compagnies dont certaines avaient reçu en concession plusieurs millions d’hectares, soit l’équivalent de 1/5éme de la France, on peut lire : "un agent de la compagnie concessionnaire fait enlever, dans deux villages mauvais payeurs [de l’impôt] 68 otages (58 femmes et 10 enfants) [qui] sont entassés dans un espace étroit, une sorte de cave, sans lumière, empestée par les respirations et les déjections ; on oublie de les nourrir ou on les nourrit à peine. Quand un jeune docteur, récemment arrivé, exige la libération des survivants, on constate qu’il reste 21 otages sur 68 (13 femmes et 8 enfants) ; 47 otages (45 femmes et deux enfants) sont morts de faim et de manque d’air dans cette prison maudite."
Non seulement le responsable de cette horreur ne sera pas condamné,
mais il sera promu à un poste à Brazzaville. C’était en 1904.

Et ces procédés, couverts par un consensus politique en France, ne s’arrêtent pas : la mission civilisatrice continue en toute bonne conscience. "Le mal que ces sociétés ont fait aux populations du Congo est irréparable. Certaines statistiques évaluent à 2 500 000 le nombre d’habitans de l’Afrique équatoriale en 1931, alors que d’autres statistiques fixaient ce nombre à 20 millions en 1911." L’effet mission civilisatrice et capitaliste ressemble plutôt à un meurtre de masse organisé. Indifférence, racisme et profit… Et pour couronner le tout, un exemple du lavage de cerveau à la française : "Français, y en a récompenser tirailleurs même chose soldats français, parce que Français et tirailleurs, y’en a même chose frères." Ça c’était la propagande pour la chair à canon.

Aujourd’hui, le silence sur la situation du Congo-Brazzaville est de plus en plus pesant, un silence des intérêts financiers et des dessous de table politiques. Sur les 2 millions et demi d’habitants, beaucoup ont tout perdu et ont fui Brazzaville de peur des massacres, des viols et des raids militaires.
Les armes utilisées par les forces armées étrangères et les milices du gouvernement ? Mitraillettes antiaériennes, mortiers de 80 mm, canons, lances roquettes, BM 21, MIG 21, Chars, hélicoptères pour bombarder les villages, les marchés…

Si l’on convertissait le fric qui passe dans ce catalogue des armements… en écoles, en hôpitaux, le pays irait certainement beaucoup mieux. Mais il ne faut pas rêver. C’est la surrenchère du côté militaire. L’usage des forces étrangères — angolaises, tchadiennes et zaïroises — et les milices privées (les cobras, les zoulous et les ninjas) est systématique.
Entre 1993 et 1994 : 5000 morts ; en 1997 : plus de 10 000 morts ; d’innombrables destructions qu’il s’agisse de maisons, d’édifices publics ou privés, des enfants de moins de 16 ans engagés dans les batailles, des milliers de réfugiés et de déplacés, des exécutions sommaires, des populations civiles qui s’enfoncent “dans les forêts, s’exposant à la famine et aux épidémies”… La spirale de la violence s’emballe.

Et toujours ce silence des médias et de la communauté internationale… Certains États parce que ça les arrange… Et les autres ?
Brazzaville, la "ville de la France libre", comme nous disait Ba Sanga dans les dernières Chroniques rebelles sur le Congo, ce sont des mots.
Et d’ailleurs quelle aide pourraient espérer les populations de la part de politiciens opportunistes ? Sur le terrain, le Congo n’est qu’une pièce de plus sur l’échiquier mondial. Alors, les populations…

Silence pour les matières premières bradées. Le Congo ne touche que 18% de la manne prétrolière et ce ne sont évidemment pas les populations qui en profitent. Et puis les armes qui vont servir à les tuer, ça coûte cher ! Les milices et les mercenaires aussi !