Je me tue à le dire de Xavier Seron. Lea de Marco Tullio Giordana. Race (La Couleur de la victoire) de Stephen Hopkins. Train To Busan de Yeon Sang-ho. Toni Erdmann Film de Maren Ade. Mimosas d’Oliver Laxe. L’effet aquatique de Solveig Anspach…

mardi 5 juillet 2016
par  CP
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Je me tue à le dire

Film de Xavier Seron

Au début, ça surprend… Et après aussi. Et si l’on se moquait de la mort ? Autant rire de l’inéluctable propose Xavier Seron avec ce premier long métrage totalement à contre courant du flot d’images et de sons qui arrivent sur les écrans chaque semaine.

Je me tue à le dire, il s’agit là d’humour noir, de sourire en coin, d’un clown triste et hypocondriaque qui s’invente une mort imminente à force de penser à ses mamelons… Seins et saints (avec l’auréole) se croisent et se permutent en anticipant les étapes mammaires du héros de l’histoire.

En fil rouge, une voix off — celle de Jean-Jacques Rausin — atone, impavide, frôlant l’ennui ou la désillusion et débitant des commentaires philosophiques inattendus : « Il paraît qu’au moment de mourir, on revoit le film de sa vie. Ça risque d’être chiant. » Ou encore « Tout ça, c’est la faute de ma mère. En me donnant la vie, elle m’a donné la mort. » Et voilà qu’Œdipe et son complexe s’invitent dans une bagnole de livraison, histoire de brouiller les pistes.

Bon je reprends… C’est l’histoire d’un mec plutôt paumé ayant une relation d’interdépendance avec sa mère. Jusqu’ici c’est simple, mais très vite ça se complique pour Michel Peneud ou Michel-Minou, crucifié entre sa petite amie et sa mère malade, coincé de surcroît entre l’essayage de cercueil, le compte à rebours, les castings, le boulot au magasin d’électroménager, la tribu de chats adoptés par sa mère qu’il faut nourrir et les courses au super marché. Pas étonnant qu’il n’ait pas en vie de revoir le film de sa vie au moment de mourir !

Je me tue à le dire de Xavier Seron est une surprise d’humour acide, de burlesque à la Ubu et de conte ordinaire déjanté. Chaque séquence est servie par une bande de comédien.nes allant à fond dans leurs rôles, s’en donnant à cœur joie dans les associations les plus drôles et les plus décalées. Cela donne une suite de rencontres qui jalonnent le film, rebondissent sur l’absurde de situations et se jouent des tabous.

Décidément, comme l’explique le réalisateur dans notre entretien, c’est un travail d’équilibriste. Xavier Seron mélange ses inspirations cinématographiques — Tati, Bertrand Blier, Wes Anderson et bien d’autres, auxquels j’ajouterai un zest de Monty Python —, détourne avec facétie des images religieuses baroques — La femme à barbe de José de Ribera, la Lactation miraculeuse de saint Bernard d’Alonso Cano — pour se les réapproprier à sa manière très personnelle. Donc on peut s’attendre à tout !

Je me tue à le dire de Xavier Seron, autrement dit une chronique sociale et familiale grinçante sur fond de noir et blanc contrasté et graphique, qui s’accompagne d’une bande son dans la foulée des images, c’est-à-dire décalée.

Avec Jean-Jacques Rausin, Myriam Boyer, Serge Riaboukine, Fanny Touron… Une musique originale de Thomas Barrière, Je me tue à le dire de Xavier Seron sera sur les écrans le 6 juillet.


La rencontre avec Xavier Seron et Jean-Jacques Rausin s’est déroulée le mardi 28 juin.

Lea

Film de Marco Tullio Giordana

Lea vit dans un village de Calabre, toute la famille est sous la coupe de la mafia. Son père est assassiné alors qu’elle est une enfant, et son frère n’a de cesse que de le venger. De l’entrée dans la mafia, on voit le serment, le sang et l’image sainte brûlée, puis le passage à l’acte de la vendetta par le clan.

Bien qu’elle soit plutôt rebelle aux traditions, Lea se conforme d’abord aux règles du clan jusqu’au jour où elle se révolte pour protéger sa fille Denise de la violence quotidienne. Elle habite Milan avec le père de sa fille, un petit malfrat qui vit de la drogue et du racket des immigrés, et bientôt elle ne supporte plus les cris, les règlements de compte, la « famille »… Elle retourne en Calabre et demande de l’aide à son frère, mais celui-ci lui conseille de prendre la direction du trafic pour se faire respecter. Lea refuse, mais comprend que la rupture avec le système mafieux, que se libérer de sa férule et gagner son indépendance signifie une fuite incessante… Toute sa vie.

C’est pourtant le choix qu’elle va faire, elle brave les règles « familiales » de la mafia et réclame la protection de la police. Denise grandit, de déménagement en déménagement, car Lea est recherchée par tout un réseau familial sur lequel repose la mafia calabraise. Abandonner le clan , surtout de la part d’une femme, c’est une trahison avec tout ce que cela implique et le père de Denise ne va pas se gêner pour faire payer à Lea le prix de son insoumission.

Le film s’inspire de la réalité, du combat de Lea Garofalo qui fut victime du système mafieux calabrais pour avoir voulu s’en émanciper. Avec ce film, Marco Tullio Giordana réalise la suite des Cent pas, son autre film réquisitoire tourné quinze ans auparavant sur l’assassinat d’un journaliste radio opposé à la mafia sicilienne. Les deux films ont été écrits en collaboration avec la même scénariste, Monica Zappelli. Lea était une femme qui luttait pour s’émanciper et assurer un autre avenir à sa fille. Peppino était un journaliste radio qui dénonçait les pratiques mafieuses.

L’histoire de Lea a marqué l’opinion en 2009, à la fois par l’horreur des faits et par le courage de Denise, sa fille, qui a dénoncé les assassins de sa mère, à commencer par son propre père. En Italie, Lea est un symbole de résistance pour toutes les femmes subissant une culture rétrograde qui alimente la possessivité et la violence.
Marco Tullio Giordana a également réalisé, entre autres films, Nos meilleures années (2003) et Piazza Fontana (2012).

Dans un entretien, il a déclaré : « cette histoire devait être racontée et à travers le cinéma, toucher le plus grand nombre. […] On m’a dit que lorsque Denise était petite, sa mère lui avait montré Les Cent pas. Quand je l’ai appris, j’ai compris combien il était important pour moi de faire ce film. »

Lea sera sur les écrans à partir du 13 juillet.

Race (La Couleur de la victoire)

Film de Stephen Hopkins

Le film de Stephen Hopkins, basé sur des archives, des documents historiques, des témoignages familiaux, des biographies et des ouvrages sociopolitiques de l’époque, est le premier à être réalisé sur Jesse Owens, athlète noir états-unien qui a battu plusieurs records du monde et remporté quatre médailles d’or aux Jeux olympiques de Berlin, en 1936.

Le titre anglais, Race, semble plus proche du contenu du film que l’adaptation française qui en est faite, la Couleur de la victoire. Car si les Jeux olympiques de 1936 représentent l’apothéose du film, les deux années qui précèdent montrent bien le climat délétère et raciste qui régnait aux Etats-Unis dans les années 1930.

La relation de Jesse Owens avec Larry Snyder, coach de l’université d’État de l’Ohio, est décisive dans sa vie du jeune homme de 19 ans lors de leur première rencontre ; une scène mémorable et finement interprétée par Stephen James et Jason Sudeikis qui marque le début d’une longue collaboration et d’une amitié jusqu’à Berlin et au-delà.
Aux Etats-Unis, la ségrégation dominait les mentalités, les « nègres » étaient encore considérés comme des esclaves, une « sous race ». En Allemagne, l’idéologie nazie triomphait, les familles juives, « non aryennes », les opposants politiques étaient pourchassé.es, assassiné.es, déporté.es dans les camps de concentration. Le régime nazi voyait dans les Jeux olympiques de 1936 — trois ans après l’arrivée au pouvoir de Hitler — un moyen de redorer son blason au plan international.

Dans ce contexte de racisme et de ségrégation, le débat était houleux au sein du comité olympique entre son président, Jeremiah Mahoney (William Hurt), et l’industriel Avery Brundage (Jeremy Irons). C’est finalement ce dernier qui va négocier avec les nazis les conditions de participation des sportifs états-uniens aux Jeux, c’est-à-dire planquer les signes d’une barbarie trop voyante. Cela renvoie évidemment aux méthodes employées depuis à l’occasion d’autres événements sportifs dans des pays totalitaires. Les tractations n’ont pas empêché qu’aux Etats-Unis une campagne de boycott soit lancée et que de fortes pressions sont exercées sur Owens. « Les enjeux terribles auxquels Owens devait faire face l’affectaient énormément sur le plan émotionnel. Le débat enfiévré autour du boycott éventuel des Jeux de Berlin par les États-Unisen signe de protestation contre la persécution des Juifs et d’autres communautésavait une incidence directe sur sa vie. »

L’importance de l’image autour de l’événement des Jeux et son exploitation à des fins de propagande à travers les «  rapports fluctuants entre la réalisatrice Leni Riefenstahl et le ministre allemand de la Propagande Joseph Goebbels » sont une autre facette du film. « Pour le régime nazi, les Jeux Olympiques représentaient leur entrée sur la scène mondiale. C’est ce qui a conféré aux Jeux de 1936 leur importance majeure. Leni Riefenstahl a convaincu Hitler que filmer les Jeux allait immortaliser le parti nazi d’une manière comparable au Triomphe de la volonté. Mais Goebbels se posait des questions sur ses réelles motivations et sur sa relation avec le Führer. »

Leni Riefenstahl a ainsi réalisé son chef d’œuvre documentaire, Les Dieux du stade, en remontant les images de Jesse Owens d’abord coupées au premier montage. Cet aspect de Race la Couleur de la victoire — donne à réfléchir sur les enjeux actuels, tant politiques qu’économiques, des Jeux olympiques et autres compétitions sportives.

Le film montre également le retour d’Owens aux Etats-Unis qui, malgré ses victoires, devra endure et lutter contre le racisme au quotidien, il devra aussi attendre des années pour que ses records soient homologués et ses victoires reconnues… « Toute sa vie, il s’est battu contre le racisme. [explique l’un des scénaristes] C’était un phénomène qu’il fallait absolument faire figurer à la fin du scénario, non pas sous forme de cartons, mais dans une scène retraçant un événement réel qui, malheureusement, lui rappelait la ségrégation qui sévissait dans son propre pays. » Racela Couleur de la victoire — est un film à voir car le racisme multiforme perdure et pour s’y opposer, la lutte n’est pas terminée.

Le film sera sur les écrans le 27 juillet.

Train to Busan

Yeon Sang-ho

Attention, les zombies sont partout et vous transforment en moins de deux en un ou une des leurs ! Si l’on attend du film de Yeon Sang-ho un blockbuster classique avec seulement des effets spéciaux, de l’hémoglobine et des personnages — montres et humains — clonés et sans grande personnalité, c’est une erreur et on sera déçu.

Ce Train pour Busan utilise effectivement les codes de films catastrophes, cependant les personnages existent, la critique sociale rend toute l’histoire crédible, de même que les épidémies, les catastrophes, nucléaires et autres, survenues ces derniers temps, ou encore le « chacun pour soi » qui règne en maître dans nos sociétés.

Mais revenons au prologue du film qui augure le cauchemar. Dans sa camionnette, un homme passe un barrage sanitaire, il est aspergé de produit de décontamination et, devant le mutisme des agents, se plaint en grognant du manque d’informations : « ces gens nous racontent que des bobards ! ». Sur la route, son téléphone sonne, il détourne son regard un instant et heurte un animal. Il sort de l’estafette, constate la mort de l’animal, grommelle un « Quelle journée ! » et repart. Pano de la caméra sur l’animal qui soudain frémit et se relève. Gros plan sur ses yeux… vitreux !

Retour à la normale. Dans son bureau de Séoul, un gestionnaire d’actifs ordonne la vente d’actions bien que son assistant le prévienne sur la gravité des conséquences de l’opération. Graves conséquences humaines, pour l’environnement ? La logique du profit se fiche pas mal des conséquences provoquées par des élucubrations boursières à court terme. Du moment que c’est immédiatement rentable ! Après nous le déluge…

Il rentre chez lui, échange quelques mots avec son ex-femme au téléphone à propos de sa fille dont il a la garde alternée. Très occupé, il ne voit pas que celle-ci a besoin d’autre chose que des mêmes cadeaux d’anniversaire. Alors la petite demande avec insistance de rejoindre sa mère à Busan et propose de s’y rendre seule, si son travail ne permet pas à son père de l’accompagner. Finalement, il cède et fera un aller-retour dans la matinée.

Le lendemain matin, dans un train similaire au TGV, la petite observe le quai pendant que son père téléphone au bureau. Soudain un homme est comme projeté sur le quai, mais la scène est fulgurante et l’enfant se tait. Au même moment, alors que les portes se ferment, une femme se glisse in extremis dans l’un des wagons. Elle titube et semble souffrante. Une hôtesse vient à son aide, mais la malade la saisit pour la mordre. Le virus se transmet rapidement dans plusieurs voitures et l’on apprend un peu plus tard que l’état d’urgence est décrété dans toute la Corée et que Busan semble être le seul endroit à ne pas être encore touché par la contagion.

L’horreur est dans le train, en huis clos. Le virus est aussi dans les rapports sociaux, les masques tombent quand il s’agit de sauver sa peau. Les inégalités sociales éclatent et le manque de solidarité fait rage dans un sauve-qui-peut général. Le réalisateur fait exister tous les personnages, même secondaires, et se sert de tous les espaces du train, toilettes, couloirs, portes coulissantes, porte-bagages pour créer des moments de tension et de suspens dans un décor qui n’a rien d’effrayant. Pas d’éclairage sophistiqué, mais de très bonnes trouvailles de mise en scène.

Le train fonce vers la seule ville qui semble épargnée. Impossible de tenter la fuite vers l’extérieur, car ce sont partout des hordes de zombies en mouvement, jusqu’à l’armée qui est zombifiée. Dans ce train infernal, les survivant.es forment un microcosme social : les deux sœurs au caractère opposé, la petite fille élevée par sa grand-mère en l’absence de ses parents désunis, le père gestionnaire d’actifs dont le travail passe avant la famille, la femme enceinte qui garde la tête froide et veut aider, son mari blagueur qui se bat pour sauver sa femme, la lycéenne et son petit ami de l’équipe de base-ball, enfin le directeur d’entreprise modèle d’égoïsme et de cynisme.

La question posée par le film est finalement : que ferions-nous dans une situation extrême ? Ou quelle est la part d’humanité en chacun.e de nous ?

Plusieurs références cinématographiques apparaissent au détour de certaines scènes, évidemment la Nuit des morts-vivants de Romero, le Bal des vampires de Polanski (le livre coincé dans les crocs du zombie), de beaucoup d’autres encore, par exemple Mars Attacks de Tim Burton (pour la chanson de fin), mais je n’en dirais pas plus.

Le Train to Busan est avant tout une fable politique sur un monde déshumanisé, inconscient des effets de la course au profit, en l’occurrence de la spéculation autour d’une industrie biochimique dangereuse… La seule chance d’échapper à la destruction, c’est l’entraide !

Le film sera sur les écrans le 17 août.

Toni Erdmann

Film de Maren Ade

Le film de Maren Ade, Tony Erdman, part des liens brisés entre une fille et son père. Lui, c’est un farceur invétéré, incapable de se prendre au sérieux, sa fille en revanche est un modèle d’Executive Woman qui travaille pour un cabinet international de conseil et qui est prête à tout pour décrocher un contrat et mener une affaire selon ses critères. Deux mondes opposés donc, celui du père et de sa fille.

Alors, lorsque ce dernier la rejoint à Bucarest où elle travaille depuis deux ans à faire venir des capitaux et implanter des entreprises étrangères à force de coupes franches dans les budgets et dans la masse salariale, on ne peut pas dire qu’elle se réjouisse de la venue de ce père encombrant, qui ne colle vraiment pas à l’image qu’elle se donne.
Il faut bien avouer que d’une part, la femme froide qui ne pense et ne parle que compétition, chiffres, challenge, management et profit, et d’autre part une sorte de vieux baba qui ne pense qu’à déconner, ça fait désordre ! Le père abrège ses vacances et repart finalement en Allemagne, non sans avoir mis quelque peu le souk dans certains pince fesses d’affairistes et commis quelques impairs. Sa fille peut alors respirer et reprendre son train train d’aliénée de la réussite.

Mais voilà qu’il revient grimé, avec postiche, sous une autre identité, Toni Erdman, soi-disant coach et conseiller, dont les dents rayent quelque peu le vernis habituel du milieu de la finance et qui déconcerte tout ce petit monde. On ne sait plus qui est le plus ridicule, du jeu de pouvoir des financiers, des codes de déshumanisation, de la Novlangue employée, de la vacuité des rapports humains, ou de ce clown qui casse l’ambiance, surjoue les tiques adoptés et se moque finalement de ce monde convenu de laquais qui se la pètent.

Toni Erdman est un film à voir pour l’acuité de l’observation de l’ultralibéralisme sur le terrain : la sacro-sainte COM, la manipulation, le léchage de bottes et le pouvoir du fric… Et jusqu’où aller pour « souder » une équipe gérée en fait par des rapports de domination et d’humiliation ?

Toni Erdmann de Maren Ade sera sur les écrans le 17 août.

Mimosas

la voie de l’Atlas

Oliver Laxe

La première image, c’est un mur peint représentant une ville traditionnelle du Sud marocain avec des ksours, sortes de citadelles ocre rouge qui se dressent près d’une rivière, sur un ciel bleu. En fond sonore, on entend une ville avec ses bruits de rues, de moteurs… La caméra panote lentement sur le tableau qui, par son côté naïf et figuratif, « introduit l’esprit du film », à la manière des pages d’un livre d’images que l’on tournait auparavant au début de certains films.

Il était une fois… Mimosas. La voie de l’Atlas de Oliver Laxe, un film où « il y a l’épique, avec les montagnes, les châteaux, les cascades… Mais il y a surtout le passage d’un monde à un autre : le son direct de la rue avec les voitures s’efface peu à peu derrière le son d’un vent qui nous transporte ailleurs, qui nous invite dans le conte. »

Le vent balaie un désert pierreux, une caravane se dirige vers la montagne. La voie est périlleuse pour qui tente de se frayer un chemin à travers le Haut Atlas. Les caravaniers s’interrogent : pourquoi ce choix de traverser la montagne multipliant ainsi les risques ? « Inutile de s’en faire » dit l’un d’eux, «  le Cheikh connaît le chemin ». Le vieux Cheikh ne s’inquiète guère des difficultés, se concentrant de toutes ses forces pour rejoindre la demeure de ses aïeux et y parvenir le plus rapidement possible. Et pour cela, il n’y a pas d’autre choix que d’emprunter le chemin de la montagne. Lors d’une halte, la mule du vieil homme quitte le campement et lorsque les caravaniers le retrouvent mort le lendemain, ils décident de rebrousser chemin.

Seuls deux hommes, Ahmed et Saïd, qui ont rejoint on ne sait trop pourquoi la caravane, se proposent auprès de la veuve pour mener le corps à Sijilmassa, la ville du défunt… Intervient alors l’ailleurs en la personne de Shakib, envoyé d’une ville où les taxis sont partout. Shakib, l’innocent, chargé de guider le groupe qui, entre temps, a croisé Mohamed et sa fille muette, Ikram. Commence alors le voyage onirique vers la ville de Sijilmassa, dont ne sait plus si elle existe ou si elle représente une quête inatteignable.
À l’arrivée dans la bouche du géant, gorges impressionnantes où dévale un cours d’eau, les doutes prennent forme : « les mules ne passeront pas » dit Ahmed, «  elles voleront. N’as-tu pas la foi ? » réplique Shakib. À plusieurs reprises, on est saisi par l’idée d’association entre le voyage et la nuit du destin, célébrée à la fin du ramadan, lorsque les entités de « l’autre monde » occupent l’espace quotidien.

Interprété avec naturel par des comédien.nes amateur.es, le film se déroule en trois temps, « l’exposition, le nœud, le dénouement », bien que la fin, les fins devrait-on dire, soient finalement ouvertes pour laisser un doute poétique et la notion de monde sans territoires propres, « déterritorialisé », et hors du temps.

Mimosas. La voie de l’Atlas de Oliver Laxe est un film rare où transparaît l’essence de la terre. Tournées en super 16, ce sont d’abord des images et des paysages à couper le souffle, c’est aussi une langue qui rythme l’âpre beauté d’un Atlas mythique. Le film oscille entre la réalité rude, sauvage et la quête de mondes parallèles qui se côtoient encore au Maroc, loin des itinéraires et des villes à touristes. Le réalisateur évoque l’inspiration du très beau film de Kaneto Shindo, l’Île nue (1966), de même que des films de Werner Herzog ou de Tarkovski. Mais, plus récemment, le film de George Ovashvili, la Terre éphémère (2014), possède aussi une beauté sobre qui communie avec la nature, l’imaginaire et l’universalité.

Mimosas. La voie de l’Atlas de Oliver Laxe a remporté le grand prix de la Semaine de la critique du 69e Festival de Cannes. Il sera sur les écrans le 24 août 2016. Ne le manquez pas.

L’effet aquatique

Film de Solveig Anspach

Dans une note, Solveig Anspach écrit : dans l’Effet aquatique, il y avait l’idée qu’il nous « transporte d’un monde aquatique domestique (la piscine de Montreuil), à un monde aquatique sauvage (les sources chaudes islandaises). » Il faut dire que le « transport » est réussi, comme est évident le dépaysement dans la seconde partie du film qui se déroule dans les paysages et les couleurs particulières de l’Islande.


Dernier volet d’une trilogie cinématographique, l’Effet aquatique est en effet la suite de Back Soon (2007) et de Queen of Montreuil (2011), il est complètement indépendant. Les trois histoires sont d’ailleurs autonomes, mais où y on retrouve certains des personnages.


Un joli film que l’Effet aquatique, un film drôle par ses dialogues et ses situations, burlesque même parfois, notamment dans la piscine avec la maître-nageuse Corinne qui n’a pas sa langue dans la poche, ni les yeux non plus. Ou encore lorsque Samir, amoureux d’Agathe, la suit en Islande et s’improvise représentant israélien au Congrès International des Maîtres-Nageurs. Pris au dépourvu quand on lui donne le micro, il invente un projet israélien et palestinien de construction de piscine, pour la paix — le projet Together —, et est acclamé par le congrès.

Le film se déroule entre Montreuil et l’Islande, deux lieux chers à Solveig Anspach, disparue il y a presque un an. Solveig est la réalisatrice de Louise Michel la rebelle et elle était venue en parler sur Radio Libertaire, dans l’émission Femmes Libres et dans les Chroniques rebelles.

L’Effet aquatique est actuellement sur les écrans.


SAMEDI 2 JUILLET

14 RUE DE TLEMCEN 75020 PARIS (M° Père Lachaise)

Projection de Federica Montseny l’indomptable
Documentaire réalisé par Jean-Michel Rodrigo avec à la caméra et au montage Marina Paugam

Elle est l’une des quatre ministres anarchistes qui participent au gouvernement de Largo Caballero en novembre 1936. Elle est nommée ministre de la Santé et prend une série de mesures révolutionnaires : libéralisation de l’avortement, soutien aux prostituées, création de lieux d’accueil pour les enfants et les personnes âgées, des centres de formation pour les femmes…

Documentaire TV.