Entretiens avec deux cinéasres : Pietro Marcello pour son film Martin Eden et Jean-Gabriel Périot pour son film documentaire Nos défaites. Sorties du 8 janvier 2020 : Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu. Nina Wu de Midi Z. Tommaso d’Abel Ferrara. La Sincérité de Charles Guérin Surville

dimanche 5 janvier 2020
par  CP
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Réflexions sur le cinéma avec deux cinéastes :
Pietro Marcello pour son film Martin Eden
et
Jean-Gabriel Périot pour son film documentaire Nos défaites.
Deux films sortis en octobre 2019.

Les Siffleurs
Film de Corneliu Porumboiu (8 janvier 2020)

Nina WU
Film de Midi Z (8 janvier 2020)

Tommaso
Film d’Abel Ferrara (8 janvier 2020)

La Sincérité
Film de Charles Guérin Surville (8 janvier 2020)

Martin Eden
Film de Pietro Marcello (16 octobre 2019)

Librement adapté du roman de Jack London Martin Eden.

Pietro Marcello transpose le roman de London à Naples, au cours du XXe siècle, sans que cela soit plus précis, pourtant, parmi les images d’archives, on reconnaît Errico Malatesta le 1er mai 1920. Il est vrai que les repères historiques se mélangent à dessein dans le film et le réalisateur s’en explique : « Nous avons imaginé que notre Martin traverserait le vingtième siècle, une transposition onirique du vingtième siècle, dépourvue de coordonnées temporelles, ne se situant plus dans la Californie du roman mais dans un Naples qui pourrait être n’importe quelle ville portuaire ». Martin Eden est donc un jeune marin, qui joue du coup de poing, lit beaucoup et s’exerce à écrire. Autour de lui, la misère, l’exploitation, les logements insalubres, la montée brutale de mouvements politiques et c’est cela qu’il veut raconter dans ce qu’il écrit, dans son style à lui, direct, cash, sans se soucier des règles pour plaire. Martin Eden, « c’est le roman de l’autodidacte, de celui qui croit en la culture comme instrument d’émancipation et qui est resté en partie déçu. Un livre d’une grande pertinence politique, qui révèle la capacité de Jack London à percevoir les nuances ternes de l’avenir, les perversions et les tourments du XXe siècle. »

Un jour, sur le port, une brute malmène un jeune homme auquel Martin vient en aide, celui-ci l’invite chez lui et l’introduit dans un autre monde, une autre partie de la ville, celle des gens lettrés et aisés. Impressionné par le décor, les livres, les tableaux, Martin rencontre Elena et tombe amoureux de la jolie et jeune bourgeoise. Mais la différence de classes, le décalage entre classes sociales le trouble et lui donne le sentiment de trahir ses origines. Cette impression de naviguer entre deux milieux, Jack London l’évoque aussi dans une nouvelle, publiée comme le roman en 1909, Au Sud de la fente.

Pietro Marcello démarre le récit du film par un constat en forme de dénouement. Une image gros plan, Martin Eden parle et écrit : « Le monde est plus fort que moi ». Et à partir de là se déroule sa vie, par ellipses pour remonter le temps, les images de l’enfance, notamment lorsqu’il danse avec sa sœur, des images qui reviennent de manière récurrente. Puis il y a les disputes avec son beau-frère, le refus d’être comme son entourage, sa soif de connaissance et de liberté, sa fascination pour Elena et la classe bourgeoise — « je veux devenir comme vous », lui dit-il —, et bien sûr son amitié pour Russ Brissenden, qui fait partie de la classe privilégiée mais la méprise.

Pietro Marcello a écrit le scénario de Martin Eden avec Maurizio Braucci avec lequel il a travaillé pour son précédent film, Bella e Perduta. « Le roman de Jack London a été pour chacun de nous un “roman de formation”, un livre qui plus qu’aucun autre a influencé notre jeunesse et nos rêves, en déterminant notre vision du monde. J’ai pensé à ce film pendant très longtemps, et finalement nous avons commencé à travailler à sa concrétisation, en développant un sujet à partir duquel nous avons écrit un scénario, en état de grâce. Avec Martin Eden, j’ai eu l’ambition de franchir une frontière nouvelle et dépasser mes frontières créatives par la fiction. Dans la réalisation de ce projet ambitieux, je n’ai jamais voulu perdre le contact avec le réel, mais tout au contraire repartir de celui-ci. » L’univers filmique mêle parfois des touches de couleurs variées, joue sur l’étalonnage et les qualités de supports, correspondant aux différentes phases du récit, imaginées par le réalisateur « à travers les références à la peinture et à la photographie de la fin du XIXe siècle, [pour] restituer le même type de densité et de réflexion historique.  »

Martin Eden est une réussite passionnante de libre adaptation d’un roman par le cinéma, le film parvient en effet à transcrire l’ambiance de doute, de candeur, de désenchantement, de violence du livre de London… Beaucoup de questions, après le film, reviennent sur l’individualisme, sur la situation contemporaine, car sur la plage, que l’on peut considérer comme celle du destin, se côtoient un groupe de chemises noires, des migrants et un homme qui crie « la guerre est déclarée ! »

Nos défaites
Film de Jean-Gabriel Périot (9 octobre 2019)


Rencontre avec un cinéaste, Jean-Gabriel Périot, pour son film documentaire, Nos défaites. Dans un livre, intitulé Ce que peut le cinéma, dans lequel il converse avec Alain Brossat, il confie rêver « d’un cinéma politique qui interroge de manière critique le monde tout en restant dans une inventivité formelle, un cinéma qui permettrait d’adresser des films à un public [divers] et non pas à un public par avance convaincu soit du fond politique, soit de la forme expérimentaliste de ces films »… Or, en voyant Nos défaites, force est de constater qu’il a réussi cette gageure. Sans pour autant d’ailleurs avoir choisi la facilité.

En partant de la réinterprétation d’extraits issus du cinéma politique des années 1960-1970 par des lycéen.nes, le réalisateur associe ces remake aux interviews des jeunes interprètes. Comment en effet appréhendent-ils/elles le monde d’aujourd’hui ? Le désir de le changer est-il une préoccupation et sous quelle forme s’exerce-t-elle ? Quelle est également la résonance, s’il y en a une, des textes politiques des générations précédentes sur leur langage et leur vision d’une réalité contemporaine ? Sans doute, une partie du public s’arrêtera à une première impression de « vide intellectuel » de ces jeunes, mais il faut plutôt interroger la responsabilité d’un « système » et d’institutions qui ne songent qu’à faire taire toute prise de conscience.

N’empêche que l’éveil des consciences à l’occasion d’événements peut rapidement faire basculer ce que l’on pourrait qualifier d’apathie. Le mouvement des Gilets jaunes en étant une illustration.

« Faire des films est avant tout une façon de me forcer à travailler, à réfléchir, à comprendre un tant soit peu le monde dans lequel je vis [explique Jean-Gabriel Périot]. Ma pratique du film est très intuitive et rien n’est plus difficile pour moi qu’expliciter ce que je cherche et comment les outils que j’utilise peuvent m’aider dans cette recherche. Ce qui peut paraître "évident" [pour le public] une fois un film réalisé ne l’a jamais été pour moi pendant le processus de travail ».

Ma première question à Jean-Gabriel porte sur le titre : pourquoi ne pas avoir préféré « L’important, c’est le combat, pas les victoires » à celui finalement retenu de Nos Défaites ?

Prochaines sorties au cinéma :

Les Siffleurs
Film de Corneliu Porumboiu (8 janvier 2020)


Si vous aimez les polars noirs états-uniens, façon années 1950,
vous serez immédiatement dans votre élément.
Un flic blaze et corrompu dont la vie est vide, une brune belle et sulfureuse à qui on le fait pas, une bande de mafieux qui cherche à récupérer l’argent de la drogue… Le seul qui sache où trouver le magot est en taule et pour le faire sortir, il faut évidemment un complice flic.

Pour échapper aux écoutes et autres mouchards, Cristi, le flic en question, doit apprendre le Silbo, une langue sifflée ancestrale qui se pratique depuis des milliers d’années sur l’île de La Gomera (une des sept îles principales des îles Canaries). Parce que si les matons et les flics entendent les sifflets, ça peut passer pour des oiseaux ? La langue sifflée, on avait appris que cette était vivante depuis le film Sibel, de xxxx , qui se passait dans le nord de la Turquie.

Des images superbes, une ambiance de coups fourrés, une commissaire encore plus corrompue qui donne ses ordres dans des endroits où elle sait qu’il n’y a pas de micros, le double jeu général, un hôtel où l’on écoute de l’opéra, les embuscades… Je vous l’ai dit : un vrai polar noir ! Avec les femmes qui tirent les ficelles.
Les Siffleurs de Corneliu Porumboiu est à voir à partir du 8 janvier 2020.

Nina WU
Film de Midi Z (8 janvier 2020)


Éblouissant

Tommaso
Film d’Abel Ferrara (8 janvier 2020)


Intime et touchant.

L’Adieu
Film de Lulu Wang (8 janvier 2020)


Une autre chronique familiale qui parle de mensonge et de culture…

La Sincérité
Film de Charles Guérin Surville (8 janvier 2020)