20es Journées cinématographiques à l’Écran de St Denis. Luciérnaga de Bani Khoshnoudi. La LloronaRetour ligne automatique de Jayro Bustamante

lundi 20 janvier 2020
par  CP
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20èmes Journées cinématographiques
à l’Écran de St Denis
Du 24 janvier au 8 février
« La vie est un songe »

Luciérnagas
Film de Bani Khoshnoudi (22 janvier 2019)

La Llorona
Film de Jayro Bustamante (22 janvier 2019)

20èmes Journées cinématographiques
à l’Écran de St Denis
Du 24 janvier au 8 février
« La vie est un songe »

Vincent Poli en détaille le programme…

Après les rebelles, c’est le rêve qui anime cette nouvelle édition des Journées cinématographiques de l’Écran St Denis du 24 janvier au 8 février. « La vie est un songe » est en effet le thème de ces 20es journées, empruntant son titre à la pièce de Calderon et en s’inspirant pour une part du film de David Lynch, Mulholland Drive.

Les 20es journées présentent une soixantaine de films très divers, qu’il s’agisse du format ou du genre avec un point en commun : le rêve et l’imagination… où l’on retrouve Ken Russell, Au-delà du réel, Richard Linklater, A Summer Darkly, adapté du roman de Philip K. Dick, Bertrand Mandico à qui est offert une carte blanche, et bien d’autres rencontres.
Ce sera un festival des surprises, la production des rêveurs s’amuse des genres, des codes en les détournant souvent, et certainement des conventions. En un mot, il faut se préparer à tout… Monde réel, univers virtuel, fantastique, réalisme magique, voyage dans un entre-deux imaginaire du 24 janvier au 8 février.

Et pour reprendre la présentation de Vincent Poli « La vingtième édition des Journées cinématographiques questionnera l’identité de ce cinéma qui, non content de nous renseigner simplement sur le monde, se plaît à nous ensorceler par ses images et ses récits. » Tout un programme !

Luciérnagas
Film de Bani Khoshnoudi (22 janvier 2019)


Ramin, jeune homme gay persécuté en Iran, embarque clandestinement sur un cargo quittant la Turquie, en espérant rejoindre l’Europe, mais le hasard fait qu’il se retrouve à Veracruz, au Mexique. Là, pour survivre, il fait des petits boulots, saisonnier agricole, journalier dans le bâtiment, comme tous les migrants de passage, en errance dans une ville aux bâtiments abandonnés. Sans parler la langue, Ramin se sent déraciné et cherche à retourner en Turquie. Son ami lui manque, mais en même temps la découverte d’une autre société et l’anonymat le fascinent. C’est au cours de l’un de ces emplois précaires qu’il rencontre Guillermo, un ancien membre de gang au Salvador, ayant fui son pays pour échapper au passé, et rêvant de partir au Nord. Tous deux se lient d’amitié, mais Ramin n’avoue pas son attirance pour les hommes.

De l’histoire personnelle de Ramin, la réalisatrice donne à voir ce qu’est l’immigration aujourd’hui. Les migrations n’ont jamais cessé depuis toujours, elles évoquent le déracinement, la nostalgie, l’exil, mais aussi le vertige de la découverte et parfois la perte de soi-même ou un nouveau départ…
« Je voulais faire un film qui reflèterait la situation mondiale 
de l’immigration [explique Bani Khoshnoudi], une histoire universelle qui montre cet instant
de transit, dans un lieu qui représente bien cette vérité. Veracruz, ville portuaire autrefois luxuriante et vibrante de culture, est aujourd’hui une accumulation de ruines qui s’oxydent et s’effondrent, tandis que la vie suit son cours calmement,
à un rythme tropical. C’est ici, dans ce port traversé par les esclaves durant l’époque coloniale, par des immigrants libanais à la fin du 19ème siècle ou encore par des exilés espagnols fuyant la guerre civile, que Ramin, le personnage principal, atterrit. »

Perdu dans un endroit aux antipodes de ce qu’il imaginait, Ramin est cependant curieux de cette culture si différente de la sienne. Et il y a Leti, sa logeuse, jeune femme mexicaine, volontaire, sensible, qui comprend le désarroi du jeune homme. Se noue alors une véritable amitié entre les deux. La caméra, très proche des personnages, leur confère un réalisme intime, troublant, et souligne les sentiments contradictoires qui les animent. Des personnages qui n’auraient jamais dû se rencontrer, Ramin — doux, nostalgique et indécis —, Guillermo — immature et brutal —, l’oncle de Leti — enfermé dans un passé révolu —, enfin Leti, lucide et indépendante, elle est certainement le caractère le plus positif du film… Ils et elle vont partager un temps « de petits moments précieux dans
le contexte riche et particulier qu’est Veracruz ». Un récit intime et universel à propos de vies en transit…

Et ces lucioles qui inspirent le film et en expliquent la genèse ?
C’est la première question à Bani Khoshnoudi…

La Llorona
Film de Jayro Bustamante (22 janvier 2019)


La Llorona, une chanson, une légende… c’est aussi l’histoire des assassinats durant la guerre civile au Guatemala, le génocide des Mayas, l’esclavage domestique et sexuel des femmes indiennes… La Llorona, une chanson mexicaine mythique réécrite et interprétée dans sa nouvelle version par Gaby Moreno, version introuvable, qui évoque les stigmates laissés par les massacres perpétrés entre 1981 et 1983 par l’un des dictateurs les plus sanguinaires.

Les massacres ont coïncidé avec l’arrivée des évangélistes et de leur main mise sur le pays de concert avec les militaires. Dans son précédent film, Tremblements, Jayro Bustamante y décrivait leur emprise sur la société guatémaltèque. La Llorona revient sur les faits historiques de la dictature et les conséquences d’un déni. La llorona, la pleureuse, « seuls les coupables l’entendent pleurer ».

Jayro Bustamante a réalisé un film d’horreur qui mêle à la fois l’histoire, la religion, le mysticisme, le patriarcat, le capitalisme, la corruption et l’impunité, mais aussi les fantômes qui hantent les coupables… Le procès des tortionnaires, où l’on assiste aux témoignages des femmes mayas, est poignant ; on y voit Rigoberta Manchu (Prix Nobel de la paix) près des femmes victimes et témoins du génocide.

Dès la première scène, on assiste à une cérémonie murmurée qui ressemble à une séance d’exorcisme dans la maison de l’un des tortionnaires, des vieillards, séniles, qui tremblent… S’ils sont condamnés, c’est la mort en prison : « Si le général tombe, nous tombons tous… » dit l’un d’eux.
Dans la maison du général, responsable de crimes contre l’humanité, l’entourent sa femme, Carmen, qui le défend, choisissant le déni, sa fille, troublée mais passive, dont le compagnon a disparu, sa petite fille Sara, qui pose des questions et veut savoir… Sara est la seule à ne pas avoir peur, les deux autres femmes ont peur du cauchemar de la culpabilité pour être restées silencieuses. La peur est centrale comme la fascination de la protection au détriment des droits humains.

La mémoire et le déni, une histoire universelle à laquelle le film de Jayro Bustamante participe sous forme de réalisme magique présent dans toute l’Amérique latine. Cela donne un film puissant et politique.
Du grand cinéma !

La Llorona de Jayro Bustamante est sur les écrans le 22 janvier