Jerico « L’envol infini des jours ». Film documentaire de Catalina Mesa. Différent ! L’autre cinéma espagnol. 20-26 juin. Sicilian Ghost Story. Film de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza

lundi 18 juin 2018
par  CP
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Jerico

« L’envol infini des jours »
Film documentaire de Catalina Mesa (20 juin 2018)
Entretien avec la réalisatrice.

Différent ! L’autre cinéma espagnol (20-26 juin) regard sur la programmation en compagnie de José Maria Riba

Sicilian Ghost Story Film de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (13 juin 2018)

Entretien avec les deux réalisateurs.

Si nombreux sont les films réalisés sur la mafia, rares sont ceux évoquant la violence des organisations mafieuses du point de vue de l’enfance ou de l’adolescence, et des réactions suscitées face à la fameuse loi du silence. En 2016, Marco Tullio Giordana abordait ce sujet dans un film, Lea, basé sur un crime perpétré par la mafia, qui avait provoqué de très vives réactions et d’importantes manifestations en Italie.

Fabio Grassadonia et Antonio Piazza adoptent une écriture différente, moins classique, pour traiter de cette violence. Leur choix de la fable cinématographique transcende l’horreur d’un fait-divers crapuleux — l’enlèvement, la séquestration pendant plus de deux ans, et l’assassinat en toute impunité d’un jeune adolescent —, leur choix renforce encore les conséquences de cette violence intériorisée. Sicilian Ghost Story est un conte moderne, une réflexion contre la banalisation de la violence, de l’hypocrisie et de l’oubli.

Jerico « L’envol infini des jours »
Film documentaire de Catalina Mesa

Avec le film documentaire de Catalina Mesa, Jericó. « L’envol infini des jours », il s’agit d’un village également, mais bien différent. C’est un village magnifique, attrayant, coloré — chaque maison a sa couleur —, tout en gardant une harmonie sereine dans sa diversité. Il est à l’image des femmes que l’on croise, que l’on rencontre et qui vont conter leurs souvenirs, avec humour et tendresse, facétie et émotion.

Ces femmes, à la personnalité forte et sensible, évoluent avec un regard apaisé dans l’univers qu’elles ont peu à peu créé tout au long de leur vie. Entre joie et mélancolie, elles évoquent les histoires d’amour, les petits bonheurs, les peines, les déboires parfois, et les véritables trésors qui décorent les maisons de chacune d’entre elles.

Elles s’appellent Chila, Luz, Fabiola, Elvira… Et on a soudain envie de les connaître, de partager une conversation, ou juste de s’asseoir près d’elles dans ce merveilleux village de la région d’Antioquia, au coeur de la Vallée du café, en Colombie.

Le film de Catalina Mesa est « joli » au vrai sens du terme, il fait du bien par le choix du propos, des plans, par la musique aussi et par les mots qui s’y échangent.


Jericó. « L’envol infini des jours » : un film documentaire ? Je dirai plutôt des leçons de vie.

Different ! L’autre cinéma espagnol
11ème année de découvertes du cinéma espagnol
8 films inédits,1 hommage, des rencontres…
Et une belle surprise pour la fête de la musique

Mercredi 20 juin - 20h30
Handia de Aitor Arregi et Jon Garaño
(1h54). Avec Ramón Agirre, Eneko Sagardoy, Joseba Usabiaga. L’histoire véridique du géant basque d’Altzo et ses frères. Le film aux dix prix Goya 2018 !
En présence de Aitor Arregi, Jon Garaño et du producteur Xabier Berzosa

Jeudi 21 juin - 20h30
Carmen y Lola de Arantxa Echevarría
(1h43)
Avec Rosy Rodríguez, Zaira Morales, Borja Moreno. Jeunes, femmes, gitanes et homosexuelles, un cocktail impossible ! Plébiscité lors du dernier Festival de Cannes. (1er long métrage)
En présence de Arantxa Echevarría, Rosy Rodríguez et Zaira Morales.

Carmen vit dans une communauté gitane de la banlieue de Madrid. Comme toutes les femmes qu’elle a rencontrées dans la communauté, elle est destinée à reproduire un schéma qui se répète de génération en génération : se marier et élever autant d’enfants que possible, jusqu’au jour où elle rencontre Lola. Cette dernière, gitane également, rêve d’aller à l’université, fait des graffitis d’oiseaux et aime les filles. Carmen développe rapidement une complicité avec Lola et elles découvrent un monde qui, inévitablement, les conduit à être rejetées par leurs familles.

Vendredi 22 juin - 20h30
Petra de Jaime Rosales
(1h47). Avec Bárbara Lennie, Marisa Paredes, Alex Brendemühl.
Avec des interprètes hors pair, un réalisateur au sommet de son art frappe fort à Cannes.
En présence de Jaime Rosales et Alex Brendemühl

Samedi 23 juin - 20h30
Hommage à l’acteur Juan Diego, suivi de No sé decir adiós de Lino Escalera (1h35). Avec Nathalie Poza, Juan Diego, Lola Dueñas.
Une chronique familiale dense et émouvante servie par des comédiens formidables
En présence de Juan Diego, Nathalie Poza et Lino Escalera

Dimanche 24 juin - 20h30
Incerta glòria de Agustí Villaronga
(1h56). Avec Núria Prims, Bruna Cusí, Marcel Borrà. Retour sur la guerre civile espagnole avec des histoires très personnelles, inattendues.
En présence de Agustí Villaronga (1987, Tras el cristal. 1989, El niño de la luna. 2000, El mar. 2010, Pain noir. 2012, Carta a Eva. 2015, El testament de la Rosa., Núria Prims et Bruna Cusí

Front de l’Aragon, 1937. Lluis, jeune officier républicain affecté à un poste temporairement inactif, rencontre une mystérieuse et peu scrupuleuse veuve, Carlana, dont il tombe passionnément amoureux. Celle-ci le convainc de falsifier un document qui fait d’elle la patronne de la commune. Le meilleur ami de Lluis, Soleràs, officier dégradé, découvre l’imposture et, en échange de son silence, demande à Lluis d’éloigner des bombardements de Barcelone son fils et sa femme, Trini, dont il est secrètement amoureux. Quand Trini arrive au village, elle découvre la trahison de Lluis et s’installe alors entre eux un « état de guerre » qui fera vaciller toutes leurs valeurs morales.

Lundi 25 juin - 20h30
La Nueve de Daniel Hernández
(14’) Avec Emilio Gutiérrez Caba, Sara Moraleda, Samy Khalil.
Avant que la mémoire s’efface… Court-métrage présenté au Short Film Corner, Cannes 2018
En présence de Daniel Hernández
Manuel se souvient… Il a perdu la plupart de sa famille pendant le bombardement nazi en Espagne. Après la défaite, Manuel rejoint la Neuvième compagnie, La Nueve, dans une lutte désespérée pour libérer l’Europe du nazisme et retrouver sa fille.

La mano invisible de David Macián (1h20). Avec Marta Larralde, Marina Salas, Josean Bengoetxea.
Le monde — ou le spectacle — du travail disséqué au scalpel devant des spectateurs voyeurs…
En présence de David Macián et Josean Bengoetxea En partenariat avec la Fondation Jean Jaurés

Mardi 26 juin - 20h30
Muchos hijos, un mono y un castillo de Gustavo Salmerón
(1h31). Avec Julita Salmerón, Antonio García Cabanes et la famille García Salmerón.
Elle avait trois rêves : avoir beaucoup d’enfants, un singe et un château… C’est tout, voilà.

Different ! L’autre cinéma espagnol
20-26 juin
MAJESTIC PASSY 18 rue de Passy 75016 Paris • Métro Passy – La Muette

Sicilian Ghost Story
Film de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza (13 juin 2018)

Dans un village sicilien, près d’un lac et à la lisière d’une forêt, Giuseppe et Luna, deux adolescents, découvrent l’amour. Le garçon est enlevé et séquestré par la mafia pour faire pression sur son père « repenti », et le silence entoure toute l’histoire par peur des représailles, silence de la population et de la police. Luna se rebelle contre ce silence complice, tente de le briser en poursuivant ses recherches pour sauver Giuseppe. Elle décide alors de descendre dans un monde sombre dont le passage est un lac, le lac des morts...

La mafia serait-elle une histoire d’adultes, une fatalité de la violence avec le silence comme règle ? C’est une des questions intéressantes soulevée par le film de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza, Sicilian Ghost Story, dans lequel la jeune Luna refuse de se conformer à la loi du silence et se rebelle contre le monde des adultes.

Or, sa révolte est nourrie par son imaginaire qui forme l’une des deux trames du récit. Par le croisement ou la superposition du rêve et de la réalité, le film, loin de minorer l’enlèvement et l’assassinat de l’adolescent, reflète non seulement l’univers de l’enfance, mais renforce la portée philosophique et politique de la réflexion. Luna, à l’orée de l’âge adulte, a seule la force de se rebeller contre la règle imposée et acceptée.

Sicilian Ghost Story de Fabio Grassadonia et Antonio Piazza est un conte moderne où l’histoire d’amour de deux enfants transcende une intrigue tragique et sordide, le fantastique jouant le rôle de fil conducteur dans un récit basé sur des faits réels. Les références à différents mythes sont d’autant plus présentes qu’elles ne sont pas explicites, émaillant cependant tout le récit cinématographique, grâce au traitement de l’image et de la bande son, créant des passages entre rêve et réalité, entre le révolte de Luna et le conformisme des adultes. C’est grâce à ce va-et-vient que Luna échappe à la pression familiale et au poids de l’indifférence. Mêlant sans cesse réalité et imaginaire, sa vision raffermit sa détermination à créer des passages vers un ailleurs, afin de rejoindre Giuseppe et le libérer de ses geôliers.

Dès le début du film, le climat de surnaturel est installé par la bande son, une image sombre et floue, la grotte et la roche humide comme un corps dissout ou de la matière en décomposition. Puis, il y a l’oiseau, le passage en eau trouble, une incursion dans la réalité pour immédiatement suivre Luna et Giuseppe dans la forêt, où les animaux vont accentuer l’impression de conte. Luna, personnage central, commence un voyage initiatique. Sicilian Ghost Story ou Luna à travers le miroir…

Lors de notre rencontre, la première question à Fabio Grassadonia et Antonio Piazza a été : pourquoi reprendre l’histoire du rapt et de l’assassinat de Giuseppe Di Matteo comme base à l’écriture du film ?

(Traduction : Federica Martucci.)