Frapper n’est pas aimer. Enquête sur les violences conjugales en France de Natacha Henry et Le Cœur à l’ouvrage de Thierry Périssé

Samedi 12 février 2011
dimanche 13 février 2011
par  CP
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Frapper n’est pas aimer

de Natacha Henry (Denoël)

Enquête sur les violences conjugales en France

et

Le Cœur à l’ouvrage

de Thierry Périssé (Chant d’orties)

Avec les deux auteur-es

Frapper n’est pas aimer. Enquête sur les violences conjugales en France… Ce livre est en fait plus qu’une enquête. Certes Natacha Henry donne des chiffres et fait le constat d’une réalité effrayante, mais elle témoigne surtout de ce qu’elle a vu, entendu sur le terrain, dans les foyers d’accueil, auprès de celles qui se délivrent peu à peu d’une emprise psychologique et sociale. Donner la parole aux femmes qui luttent, qui osent refuser les violences, qui prennent conscience, qui se reconstruisent, qui disent aux autres : « vous n’êtes pas seules ! », c’est cela que je retiens avant tout de Frapper n’est pas aimer.

Je connais le travail de Natacha Henry depuis longtemps, depuis cette contribution à plusieurs de ce qu’est l’image des femmes dans les médias — Dîtes-le avec des femmes, un bouquin de quatre auteures, journalistes engagées, impliquées dans une lutte contre le sexisme ordinaire dans les médias. Dans cet ouvrage collectif, Natacha Henry écrivait «  l’utilisation du genre masculin pour désigner les personnes des deux sexes est génératrice, dans le contexte de la société actuelle, d’une incertitude quant aux personnes, hommes ou femmes, concernées […] Le langage est la forme symbolique des relations de pouvoir et confère aux femmes leur légitimité. […] Le féminin est [donc] indispensable. Il rend les femmes visibles. »

Depuis Dîtes-le avec des femmes, il y a eu, entre autres ouvrages,
Les « mecs lourds » ou le Paternalisme lubrique (2003), Exciseuse
(co-écrit avec Linda Weil-Curiel), Les filles faciles n’existent pas (2008)… C’est-à-dire une constance dans le travail d’écriture de Natacha :
la volonté de mettre à mal les idées reçues et le mécanisme de
domination du patriarcat.

Dans Frapper n’est pas aimer, sur les violences faîtes aux femmes — décrétées grande cause nationale de l’année 2010 —, elle a entrepris un travail de longue haleine, elle a travaillé avec les associations qui aident
les femmes à se sortir de la dépendance. Les violences conjugales sont
« motivées par le désir de dominer l’autre, d’en faire une personne inférieure, de l’effrayer et de lui causer beaucoup de tort ».

L’ouvrage tient à la fois de l’enquête, du journal personnel, du témoignage… Avec une volonté militante certaine d’infléchir une évolution des mentalités et de défendre les droits des femmes. Les droits, c’est-à-dire l’égalité et l’autonomie.

Frapper n’est pas aimer a toutes les qualités d’un texte à la fois militant et destiné à l’information d’un large public qu’il faut absolument sensibiliser sur le problème des violences faites aux femmes. Un travail exemplaire et important.

En deuxième partie des chroniques, Le Cœur à l’ouvrage de Thierry Périssé, illustre le texte de Natacha Henry. C’est l’histoire d’Olivia, une femme issue d’un milieu populaire, une femme cassée qui tente de résister, malgré tout, à un compagnon violent, à une fatalité de la domination.

« Elle n’aurait pu dire pendant combien de temps il s’était acharné sur elle. Elle avait replié les bras sur son visage et fermé les yeux. Les coups avaient brisé son corps, ses cris, ses insultes avaient transpercé ses tympans. Quand tout s’arrêta, elle entendit sa propre respiration. Elle comprit qu’elle était vivante et en fut surprise. » L’enfant était « caché entre les vêtements dans le séchoir. Les yeux hagards, il était terrorisé. Elle se dit à nouveau qu’ils devaient partir, pourtant, au retour de Michel, ils étaient encore là. Cette fois, elle n’avait pas eu la force de le faire. »