Tom le cancre.

Film de Manuel Pradal
mardi 6 octobre 2015
par  CP
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Tom le cancre

Le cinéma fait le mur

Film de Manuel Pradal

Une classe de jeunes enfants s’égare dans la forêt à la suite du malaise de leur enseignante. Après leur rencontre avec Tom le cancre, un adolescent sauvage qui vit dans un arbre, les enfants se voient proposer un marché par Tom : il les guidera pour retrouver leur chemin, mais à la condition de désapprendre tout ce qu’on leur a inculqué à l’école. Commence alors une escapade entre magie, initiation et symboles du pouvoir, où les enfants sont des Candides ayant les pieds sur terre.

Tom le cancre, un conte, une fable philosophique où les enfants de cinq six ans sont les sages de l’histoire, où une maîtresse d’école fantasque mange des baies sauvages, comme l’Alice au pays des merveilles avalait des champignons, et veut épouser un homme loup, où cet homme loup répare les bagnoles, et où des gens du voyage se promènent aussi dans la forêt… Ajoutez à cela des trains que Tom emprunte avec les enfants, des cours de cancre très proches de la philosophie de Zazie dans le métro et vous avez une très belle histoire, des éclats de rire… Bref un conte facétieux et impertinent.

Mais ce n’est pas tout, et voilà ce que déclare le réalisateur à propos d’un cinéma qui fait le mur :

« Dans ma petite fabrique de films, Tom le cancre est mon film le plus heureux, le plus libre, le plus vivant. Film associatif avec des enfants, un été de tournage, deux ans de travail, 130 bénévoles. J’en ai fait le modeste, mais orgueilleux manifeste pour encourager tous les cinéastes comme moi, entre système et marginalité, à faire du cinéma sans salles de cinéma quand elles ne sont plus vos alliés naturels. 1000 lieux de sorties pour Tom le cancre. […] Places de villages, rue, écoles, églises, cafés... [à voir sur www.lecinemafaitlemur.com] C’est notre pari de diffusion nationale le 17 juin avec des amis du cinéma qui se disent que ça ne va pas si bien au pays du cinéma de l’exception culturelle et aux comptes toujours mirifiques de fin d’année du CNC.

D’abord, avant d’entrer dans le vif du sujet, une résonance personnelle. Comme tout cinéaste de province, d’Ardèche pour moi, je ne suis pas né au goût du cinéma dans les salles obscures de St Germain ou du quartier latin. Le cinéma pour moi, c’était avec la caravane itinérante de mes parents instituteurs, deux mois de vacances et autant de cinémas de plein air des campings. Ça sentait les pins, la bande son y ajoutait le passage nocturne des cigales aux grillons, et le ressac de la mer toujours, qui berçait joliment même les histoires tristes. Je me suis ensuite toujours débrouillé pour que mes films sortent à l’orée des beaux jours pour faire une tournée estivale.
[…] Je n’aime donc pas les salles obscures et encore moins les temples où on doit la fermer, pas bouger, pas fumer, pas se lever, pas savoir qui est son voisin. J’avais donc le penchant naturel pour le slogan le plus ravageur après le festival de Cannes : le cinéma sans salles de cinéma ! […]

Le système français, au nom des vertus de son exception culturelle se cabre et ne fait que réarmer son bouclier toujours plus petit contre le libéralisme à tout crin des chevaux de Troie [étatsuniens] sans se refonder offensivement avec cette nouvelle donne magnifique qu’est le numérique et qui appelle une autre façon de faire les films. […]

Aujourd’hui, je ne vois autour de moi, dans les tiroirs ou les festivals que des films classés sauvages, beaux, poétiques, inattendus, de réalisateurs [et réalisatrices jeunes ou confirmé-es] éjecté-es par le système, ils [et elles] ont produit, réalisé dans leur coin, parfois par défaut. Nous, pour Tom le cancre, ce fut par bonheur ! C’est si facile aujourd’hui, si tentant, si normal, mais alors, rançon de cette jouvence, l’accès aux salles devient quasi impossible car le système est verrouillé de l’intérieur.

Demandes aux CNC, commissions, visa, aides publiques... : soit vous faites la queue avec votre script comme il y a 20 ans, soit […] caméra à la main, vous tournez avant avis de ceux qui « pensent en rond et qui ont les idées courbes » comme le dirait Ferré, et vous êtes virés des salles. Alors chiche !! Oublions les salles si elles ne nous aiment plus ! […]

[D’abord] Les multiplexes avec du son en 8.1, ce n’est pas fait pour la poésie, c’est pour la galerie marchande tout autour. […]

Il faut alors repenser nos structures d’aides, les inverser […] Une idée, doter plus richement l’avance sur recette après réalisation qu’avant : jugement sur pièce, prime à la réussite artistique et aux risques financiers sans filet, remettre les fondamentaux de l’entreprise des films, même publique, sur ses deux pieds.

Ré-oxygéner et rééquilibrer le cinéma commercial en dérive [éthique et financière] de par son hyper marchandisation, grâce à un cinéma associatif, avec des salaires, mais pas de dividendes, fort, nourri, aidé, ouvert vers le public, dévoué à la liberté, au libre-arbitre, au beau geste. »

Tom le cancre [1] voyage depuis le 17 juin dans 1000 lieux alternatifs — c’est l’objectif —, une sortie hors des sentiers battus, pour une diffusion étalée sur tout l’été dans plusieurs centaines de communes françaises, qui ne disposent pas forcément de salles de cinéma... L’objectif est de 1000 communes, et il y en a déjà 400 dans toute la France.

C’est l’opération LE CINÉMA FAIT LE MUR ! Un cinéma buissonnier qui sort des sentiers battus par les multiplexes et les financiers, et qui se montre sur un mur comme le symbole de l’écran le plus accessible, et qui du coup devient un écran de partage, un horizon nouveau, une échappée belle le temps d’un été, voire au-delà. Du cinéma en circuit court, directement du réalisateur au public !

Pour plus d’informations sur ce mode de distribution alternatif et participatif : www.lecinemafaitlemur.com et www.tomlecancre.com


[1Tom le cancre de Manuel Pradal, avec Stéphanie Crayencour, Sacha Burdo, Steve Le Roi, l’image est de Yorgos Arvanitis, la musique de Carlo Crivelli et le montage d’Isabelle Dedieu.